G. Bricard, Jean Bourré, p
Le temps du roi Louis c’est celui des fables d'Ésope. On voudrait pouvoir écrire la vie du roi comme une fable : elle abonderait en moralités. Tout ceci est bien dans l’esprit de l'époque. En 1495, on voit Jean Tiercelin, seigneur de Brosse, envoyé par Louis XI à l'Empereur pour l’engager à ne pas porter secours au duc de Bourgogne. L'Empereur pourra récupérer des seigneuries que le duc de Bourgogne tient dans l’Empire, et le roi celles qui relevaient de la couronne, comme la Flandre et l’Artois. L'Empereur répond par une fable: :
Près d’une ville d'Allemagne il y avait un grand ours qui faisait beaucoup de mal. Trois compagnons de la cité, qui hantaient les tavernes, vont chez le tavernier et lui demandent de leur faire encore crédit d’un écot : avant deux jours ils le paieront de la peau de cet ours dévastateur car elle valait beaucoup d'argent. Ils dînent chez l'hôte et vont là où hantait l'ours. Comme les compagnons approchaient de la caverne, ils, trouvèrent l'ours plus près d'eux qu'ils ne pensaien}i; ils eurent peur et prirent la fuite. L'un monta sur un arbre, l’autre courut vers la ville. Mais l'ours prit le troisième, le roula sous lui, approchant son museau . fort près de son oreille. Or cette bête est de telle nature que quand elle tient un homme qui ne remue plus, elle l’abandonne, le croyant mort. Ainsi l'ours s’éloigna du pauvre homme sans lui faire de mal et se retira dans sa caverne; et l'homme prit son chemin vers la ville. Alors le compagnon perché sur l'arbre le rejoignit. Et il lui demanda ce que l'ours lui avait dit en conseil, car longtemps il lui avait tenu le museau à l'oreille : « À quoy son compaignon luy respondit : « Il me disoit que jamais je ne « marchandasse de la peau de l'ours jusques ad ce que la « beste fust morte. » Et avecques ceste fable paia l'Empereur « nostre homme, sans faire aultre responce. »