‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 21 sur 289 · LA TRÉVE AVEC LES ANGLAIS ET LE RACHAT DES VILLES DE PICARDIE · texte numérisé non relu

LA TRÉVE AVEC LES ANGLAIS ET LE RACHAT DES VILLES DE PICARDIE

: Le roi Louis vient de faire crier à son de trompe par tout le royaume qu'il y a inimitié mortelle entre lui et le roi Édouard, qu'il interdit tous rapports de commerce entre Français et Anglais sous peine de mort. Et les Anglais se vengent en descendant dans l'île de Ré, puisque le roi ne veut plus qu'on leur vende du vin et des vivres (août-septembre 1462). Une armée de corsaires croise devant les ports de Normandie et de Guyenne. Mais les Français sont sur leurs gardes. L'armée du roi est prête, dit-on, à passer en Angleterre. Alors, le roi Édouard fait dire à Louis qu'il n'est pas nécessaire de tant travailler pour venir le chercher si loin, car lui-même a l'intention de le visiter dans son propre royaume et qu'il en prendra la peine pour eux deux. Le roi Louis sourit et répond qu'il sera le très bien venu, reçu suivant les us et coutumes. Il apprécie le courage du jeune roi Édouard ; mais il ajoute qu'il ne sera pas aussi facile de le faire que de le dire!.

Alors le roi de France fait publier qu'il anoblira tous ceux qui voudraient faire commerce en son royaume ; il permet à tous les nobles l’exercice de la marchandise, sans préjudice du nom et de leur état. C’est une bonne manière, d’ailleurs,

1. Chastellain, IV, p. 2971. — Nous avons utilisé les sommaires de la thèse de Georges Périnelle, Étude sur les relations de Louis XI avec l'Angleterre.

La

de trouver de l'argent. Le roi en amasse en ce temps-là, autant qu'il peut. Louis ne donne rien, dépense encore moins, prend l'argent de tous côtés par des impositions nouvelles ou par des économies sur les offices. Tous sentent alors sa main redoutable et éprouvent son peu de douceur. On le craint, comme on craint ses gens. Un seul luxe, en ces jours : une multitude de chiens couchants, d'oiseaux qui souillent les lits. Les logis où passe le roi sont moins une cour qu’une « chiennerie ! ». Mais, sans sa grâce et congé, nul ne chasse, même sur ses propres terres. Le roi l’a interdit. Voilà qui ne lui conciliera pas le cœur de ses sujets, des nobles surtout *?. Et Louis fait couper une oreille au pauvre gentilhomme normand qui a chassé un lièvre sur sa terreÿ.

À la fin d'août, les Anglais descendaient en Bretagne, mettant les gens à réquisition, prenant des queues de vin, faisant mille maux.

Mais voici venir en France, après la défaite des Écossais, Marguerite d'Anjou, la reine d'Angleterre qui se souvient

qu’elle est fille du roi de Sicile et nièce du roi de France.

Son mari, le roi Henri VI, est pour quelque temps à l'abri. Elle prend avec elle son fils Édouard, le prince de Galles, passe la mer et débarque à l'Écluse. Comme elle est malheureuse, pauvre et abandonnée, avec son fils qui n'a qu’une petite robe! C'est Pierre de Brézé qui la nourrit, qui lui donne du pain. Car elle a tout dépensé pour soutenir la guerre contre ses ennemis‘. Et Philippe Pot ét Brézé vont pour la saluer à l’Écluse quand Marguerite se rend vers le duc de Bourgogne qui fait en ce temps-là un pèlerinage à Boulogne‘.

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