‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 231 sur 289 · GUINEGATE · texte numérisé non relu

GUINEGATE

secours de Thérouanne, avec 8000 francs-archers. Le duc d'Autriche a levé le siège, et il s'est établi à Guinegate, non loin de Saint-Omer. Il a avec lui une grosse armée, 20000 hommes ou plus, quelques Anglais et des Allemands. La cavalerie française, qui était nombreuse, a chargé dans un mouvement tournant l'aile des gens d'armes bourguignons qu'ils séparent des Picards, et ils les poussent, le fer au dos, jusqu'à l’Aire. C’est toujours la vieille et mauvaise habitude française où les chefs chargent avec les soldats. MM. de Ravenstein, de Torcy et d’Esquerdes mènent le train, la « chasse ». Mais les piétons du duc d'Autriche n'avaient pas bougé, et deux cents gentilshommes à pied, suivant la tactique anglaise, leur donnaient l'exemple. On les reconnaissait à leur bras droit, qui était nu, pour montrer qu'ils ne se souciaient pas de leurs adversaires. Il y a là M. de Romont, fils de la maison de Savoie, le comte Engelbert de Nassau. Et leur vertu fait tenir bon la piétaille, tandis que les francs-archers du roi Louis s’égaillent à piller les chariots du duc d'Autriche. Les Bourguignons portent le massacre parmi eux. Le duc d'Autriche avait perdu plus de monde que nous, sans doute, mais le champ lui demeura; et, s’il en avait eu l’idée, il aurait pu marcher sur Arras sans rencontrer personne’. Waste de Montespedon, le bailli de Rouen, un vieux serviteur du roi, est parmi les morts®.

L'affaire avait été chaude; le combat dur, incertain. Mais ce ne fut pas tout de même le triomphe que Jean Molinet célébra dans sa chanson tendancieuse :

Chante, Clyo, joüe de ta musette.

Petiz enfans qui sçavez contrepoint, Et nous montrez, par vos chants fleuretés,

Comment François ont esté escrotez, Ruez par terre et gallez, mal à point."

Philippe de Commynes était avec le roi quand on lui

1. Commynes, I, p. 34-36 ; Molinet, II, p. 199-224; Chr. Scand., IL, p. go-gr. 2. Chr. Scand., Il, p. 92. |

apporta ces nouvelles!. Louis en fut affligé. Heureux joueur, il était accoutumé à gagner. Le roi laisse voir son dépit. Car il sait bien qu’à la bataille, il ne faut rien remettre au hasard. Il ne l'aurait pas fait s’il avait commandé. Et quand il attaquait, c'était avec des forces si importantes, des armées si bien garnies d'artillerie que nul n’osait lui résister et tenir devant lui. Louis s’arrêtait devant les places qu'il savait mal défendues, où il avait des intelligences. Son artillerie étaitimprenable, couverte par tant de gens. Le roi était tacticien et marchand. Il avait trop vécu, dans sa jeunesse, aux armées pour ne pas connaître les mœurs des mercenaires et se méfier d'eux.

Tandis qu'on rapporte au roi Louis l'affaire de Guinegate, il s'impatiente, s'inquiète. Lui a-t-on dit toute la vérité? La bataille n'a-t-elle pas été perdue sur tous les points? Est-ce bien vrai le récit qu'on lui fait? Car si la bataille avait été perdue, c'était tout son travail annihilé, tout ce qu'il avait conquis sur la maison de Bourgogne remis en question. Quand on l'a rassuré, Louis donne ses ordres. On ne fera plus rien sans ses indications. 11 dit alors qu'il est content de Mgr d’Esquerdes *. Le pense-t-il ? |

Mais déjà il délibère de traiter avec le jeune duc d'Autriche, se réservant de le brider par ses propres sujets de façon à ce qu'il n'ait aucun moyen de porter quelque nouveau coup à la France. Le roi Louis paye toujours bien; il ne barguigne pas sur les moyens. Il a déjà dans la tête un projet: unir le dauphin Charles à .la fille du duc d'Autriche. Qu’on le laisse libre en Bourgogne, et il pourrait bien lui rendre l'Artois. Arras n’a plus de valeur. La ville est détruite. Louis

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