‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 233 sur 289 · L | XXIII · texte numérisé non relu

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Nous ne savons pas dans le détail ce qui s’est passé à Arras entre 1477 et 1479’. Mais il semble bien qu'il y ait eu un conflit permanent entre les officiers du roi et les habitants. Jean de Daïllon, seigneur du Lude, commissaire, était un homme redouté; et son collègue, Guillaume de Cerisay, greffier au Parlement de Paris, se montra dur lui aussi. Sans doute, ils furent, comme ailleurs, âpres au gain. Des exécutions sommaires comme celles qu'avait faites Tristan, le prévôt des maréchaux, n'étaient pas pour rallier au roi la sympathie des habitants. Ils demeuraient appauvris; le commerce ne marchait plus. Il y avait à Arras des gens misérables et des esprits aigris.

Le roi s’imagine avoir été libéral en pardonnant à la cité une première fois. Il déclare nettement que la ville d'Arras « est de l’ancien patrimoine et domaine de la couronne de France? ». En 1479, le roi avait dû mettre dans Arras huit cents lances de la grande ordonnance qui veillaient nuit et jour à la sécurité du pays.

Mais telle était la situation que ces lances coûteuses demeuraient inutilisables. Elles n’osaient sortir de la ville pour courir sur les ennemis, les « Autrichois ». Et Louis

1. Cf. À. J. Paris, Louis XI et la ville d'Arras, Arras, 1868 ; l'analyse du Mémorial d'Arras BB. 9, registre aujourd'hui perdu ({nvenlaire des Archives communales d'Arras), deux registres de Comptes dans la série E ; Journal de Gérard Robert.

2. T. Boutiot, Louis XI et la ville d'Arras (Mémoires de l'Académie d'Arras, 1867, p. 172). En février 1479 on pose la première pierre du château de la Porte Saint- Michel et le roi donne à la cathédrale une image de Notre-Dame (Gérard Robert, p. 31).

croyait savoir que les habitants d'Arras étaient d’accord avec ses ennemis. Malgré leur serment solennel de fidélité, les gens d'Arras restaient en relation avec les Douaisiens, et même ils leur auraient prêté des secours faisant ainsi échouer une entreprise de l'armée royale contre Douai!.

Cette fois, la mesure était dépassée. Le 2 juin 1439, Louis donne l’ordre, aussi nouveau que cruel, de chasser d'Arras tous les habitants, de les remplacer par les bons et loyaux sujets des villes obéissantes de son royaume. Louis ordonne qu'une assemblée soit tenue à Paris, le 12 juin, sous la présidence de Philippe Luillier, seigneur de Morvilliers, capitaine de la Bastille, et d'Henri de Livres, conseiller au Parlement et prévôt des marchands. Toutes mesures seront prises pour repeupler Arras à l’aide de trois mille « ménagiers », ou chefs de famille, en possession d’un métier et d’un certain pécule?. Ces ménagiers devaient être élus par les communautés d'habitants. Arras va perdre jusqu’à son nom. Le roi lui imposera celui de Franchise qui sonne pour nous d'une manière si révolutionnaire. Mais il n'y a pas d'ironie dans l'emploi de ce mot. Franchise doit être la ville des libertés, la ville privilégiée du commerce du Nord où la draperie retrouvera son ancienne prospérité.

De tous les points de la France montent les ménagiers vers Arras, tandis que leshabitants en sortent. Les ménagiers s'installent contraints et forcés. Les villes essayent parfois

1. Au témoignage de Ilarduin (A. J. Paris, op. cil., p. 22); il faut reconnaître que ni le Journal de Gérard Robert ni Molinet ne mentionnent la participation de gens d'Arras dans l'aventure de Douai. Suivant Molinet, l'affaire aurait eu lieu le 16 juin.

2, Document publié par Boutiot, op. cil., p. 172-174.

3. Sur les ménagiers d'Orléans, cf. D. Lottin, Recherches, 1], p. 327; Arch. com. d'Orléans, CC. 564, fol. 53 “9; — sur ceux de Tours, Arch. com. CC. 44, fol. 58, 96, et Giraudet, Histoire de Tours, 1, p, 252 et A. Laroche, op. cil,; — sur ceux d'Angers, Arch, com. CC. 5, fol. 100; G. Port, Dictionnaire, art. Angers; — sur ceux de Lyôn. L. Caillet, Études sur les relations de la commune de Lyon, p. 339; — sur ceux de Compiègne, Arch. com.BB. 6, CC. 26 ; — sur ceux de Beauvais, Arch. com. BB. ro, fol, 227; — sur ceux d'Auvergne, E. Teilhard de Chardin, Comptes de voyage d'habitants de Montferrand à Arras (Bibl. de l'École des charles, 19oû,

de racheter à prix d'or cette contribution; elles doivent former des « bourses communes », c’est-à-dire des sociétés à capital, pour entretenir les « ménagiers ». Et sans doute elles se débarrassent parfois d'éléments peu désirables.

Les ménagiers se font inscrire au registre des bourgeois d'Arras. Leurs affaires ne sont pas prospères. Elles ne peuvent pas l’être au milieu de la guerre. Certains vendent leurs meubles, demandent des aumônes à leurs villes d'origine, qu'ils regretient. Le roi Louis ne veut pas comprendre. Il entend ici que les faits se plient à ses concepts. Si Franchise ne se relève pas, c’est que les ménagiers ne valent rien. Il veut connaître parmi eux les pauvres et les riches, les bons et les mauvais, les villes qui l'ont bien ou mal servi. Il exige de nouveaux expatriés. On passe des revues d’artisans. On renverra les gens de mauvaise conduite, ceux qui sont trop vieux, les inutiles qui ne trouvent pas sur place la matière première, les pauvres. Mais que faire de ceux qui demeurent désespérés par l'exil? Que faire des bons ouvriers qui ne veulent pas travailler à Franchise, dût-on les tuer, qui pleurent la cité natale, qui n'ont pas avec eux leur femme et leurs enfants? La ville demeure en ruines. La maladie visite la colonie. La population de Franchise s’est amoindrie et les exilés d'Arras, qui n’ont pas d’argent et ne savent comment vivre, sont une charge pour les autres cités de la France. Sur l’ordre du roi, la ville de Tours accorde Île logement à ceux qui veulent y demeurer; mais s'ils veulent s’en aller, on leur donne un petit secours. Et c’est sans doute la solution que lés marchands de Tours préfèrent.

Mais la lumière ne se fait toujours pas dans l'esprit du roi.

t. LXVIT). — La meilleure notice est celle de Henri Stein, Les habitants d'Évreur et te repeuplementl d'Arras en 1479 (Bibl. de l’École des chartes, 1. LXXXIV, 1923); Boutiot, op. cit., a publié les documents qui forment la base de nos informations. M. Besnier, archiviste d'Arras, a bien voulu me communiquer la copie d’un document concernant les ménagiers du Languedoc déposé par M. G. Sens aux archives du Gard,

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