‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 240 sur 289 · Lenglet du Fresnoy, Preuves, II, p · texte numérisé non relu

Lenglet du Fresnoy, Preuves, II, p

médecin! Ce n’est pas que Louis ait jamais eu grande confiance en eux *.

Commynes regarde son roi. Il ne semble pas souffrir, mais il entend mal. Et Louis regarde Commynes et lui fait signe qu’il doit coucher dans sa chambre. Il articule quelques mots. Et pendant quinze jours le bon Commynes lui sert de valet de chambre dans ses nécessités, ce qu’il tient à grand honneur. Le roi regarde toujours Commynes qui jadis, à Péronne, lui a sauvé la vie. Celui-là est habile à le comprendre, à le deviner, à le servir. Il se confesse devant lui. Le roi a peu de choses à dire. Il s’est toujours confessé chaque semaine.

Alors le roi sort de sa torpeur, d’un mauvais songe. Il demande qui sont ceux qui l’ont tenu par force, et il les chasse de sa maison : Mgr de Segré et Gilbert de Grassay. Car c'était sa crainte de n'être plus obéi, de n'être plus le maître. Il a dû faire un rêve affreux, en rapport avec la calomnie dont on l'avait chargé jadis d’avoir voulu empoisonner son père. Car il.imagine qu’on a voulu l’'empoisonner à la requête de son fils. Et il ne veut pas, comme on l’a fait pour Charles, qu’on lui donne par force de la nourriture.

Mais l’épouvante se dissipe. Et Louis s’informe. Quelles dépêches ont été envoyées, quelles résolutions ont été prises au conseil? C’est Louis d’Amboise, évêque d'Albi, qui rédigeait les dépèches, avec son frère,le gouverneur de Bourgogne, Pierre de Rohan, le maréchal de Gié et le seigneur du Lude; ils étaient logés dans deux petites pièces, sous la chambre du roi. Louis regarde les lettres closes reçues,

1. Commynes, 11, p. 40.—Commynes est devenu alors un grand et riche personnage. En 1480, le roi lui a donné Talmont, Olonne, la Chaulme, Château-Gaultier, Brandois, Berrye, d’où le procès des La Trémoiïlle (Ord., XVIII, p. 542).

2. Son médecin ordinaire, Thomas Quissarme, vient d’être anobli, le 4 mars 1481. Lettres, IX, p. 10-11. — Au mois de juillet 148r, amortissement au prieur el chapitre de Notre-Dame du château de Loches, le roi croyant avoir été guéri, lors de sa dernière maladie, par la Vicrge honorée à Loches (Bibl. nat., ms. fr. 698$, fol. 134, d’après Arch. nat., JJ, 209,n° r16).

celles qui arrivent à chaque heure. On lui montre les principales dont Philippe de Commynes donne lecture. On voit bien que Louis fait semblant de les lire, les prenant à la main. Il dit quelques mots ou fait un signe pour indiquer les réponses. Durant cette quinzaine, on fait peu d’expéditions. On attend la fin du mal. Car Louis n’est pas un maître avec lequel il ne fallait pas « charrier droit? ».

La parole et le sens lui sont revenus. Mais le roi demeure dans Ia crainte d’une nouvelle crise. Il entend mettre sa conscience. tout à fait à l’abri. Il pense au cardinal Balue qui est consigné à Tours depuis onze ans. Qu'il aille se faire pendre à Rome, puisque depuis si longtemps le Saint-Siège réclame sa délivrance! Cela fera toujours plaisir au légat. Et Louis se fait absoudre, comme d’une faute, de la longue détention de celui qui l’a desservi?. Il le fait soigner par son propre médecin, Chrétien Chastel®.

Cette seconde attaque avait coïncidé avec une réorganisation de l’armée, conseillée sans doute par d’Esquerdes, lieutenant du roi en Picardie. Il faut au roi vingt mille hommes de pied, toujours payés, et deux mille cinq cents pionniers. Il veut mille cinq cents hommes d'armes de son: ordonnance. Louis a cassé les francs-archers, dégoûté par leur indiscipline et leur lächeté. Les piquenaires auront un camp sur la Somme. Le roi veut des chariots pour abriter ses gens d'armes, dés tentes, des pavillons que l’on trouva d’ailleurs sur les prises du duc de Bourgogne.

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