Chr. Scand., I], p
Mais Commynes travatlle pendant ce temps. Et Dovyat, J’admirable Doyat, va tenir les Grands jours en Auvergne.
Quel diable d'homme, cet actif serviteur, qui vaut une armée! Car il tient en échec, à lui seul, la maison de Bourbon, le petit capitaine de Cusset! Il est du pays et le connaît. Il en a fait son royaume, l’ancien clerc, l’ancien soldat : on le voit calme, au milieu de l'émeute à Riom. A Montferrand, il à restauré la justice royale. Le voici baron de Montréal, obtenant le consulat et l’élection pour Clermont, au nez de l’évêque. Ainsi il humilie la noblesse et le clergé. À Clermont, il y aura de l'activité, des denrées, de la propreté. Doyat fait son petit roi Louis et s'en acquitte fort bien. Il est brave comme son maître et paye de sa personne en temps de disette ou d’épidémies. Il ne croit pas plus aux sorciers que Louis. Mais les Grands jours, dans ‘ce pauvre pays, c’est la consolidation de l'autorité monarchique, la justice. Doyat sera injurié. On lui reprochera . son passé d’aventurier. Îl sait tout de sa montagne d’Auvergne ; et il fait arrêter les mulets qui portent en Bretagne, parmi les ballots de soie, les armes de Milan. Doyat joue au seigneur dans sa maison de Montmole, au milieu de ses oiseaux, de ses chevaux de prix, de ses lévriers d'Écosse. Sa famille gagne des places. Il trouve de l'argent pour les troupes de son maître. Mais Louis le réclame ; il ne veut plus se séparer de lui. C'est un: autre lui-même.
Commynes, Louis l'a envoyé en Savoie vers le duc Philibert, son neveu, qu'il soupçonne d'être le complice d’un attentat -contre Philibert de Groslée,seigneur d’Illiers, son gouverneur. Le roi le réclame aussi à Beaujeu.
Comme Louis est maigre et défait! Comment peut-il encore aller par ses pays? Son grand cœur le soutient‘. Alors le roi apprend la nouvelle de la mort. de Marie de Bourgogne. Elle
1. Ord., XVIII, p. 641. — 2. Ibid , .p. 666. : 3. Voir A. Bardoux, op. cit. — 4. Commynes, Il, p. 46.
a fait à Bruges une chute de cheval et on ensevelit à Notre- Dame la jeune princesse pieuse à Marie .
Le roi, si près de la tombe, se réjouit de cetie mort. Il conte la nouvelle à Commynes*. Il en a « très grand joye ».
Ge n'est pas chez lui cruauté. Le plaisir du joueur qui gagne encore l’anime. Une dernière belle partie où il poussera les pièces sur l’échiquier. |
Les enfants de l’archiduchesse demeurent en la garde des Gantois. Le roi les connaît enclins aux luttes contre la maison de Bourgogne. Louis a perdu au mariage, il gagnera au décès. L’archiduc d'Autriche est un étranger jeune et pauvre. Son père, l'Empereur, est avare.
Louis fait travailler les Gantois par Mgr d’Esquerdes. On pourrait faire le mariage du dauphin de France avec la fille du duc, Marguerite. Il s'adresse à Guillaume Rym, homme sage et malin, l'échevin, l'idole des Gantois, à Jean Coppenolle, clerc des échevins et chaussetier, qui a grand crédit parmi le peuple. Car la populace a confiance dans les siens.
Toutes ces hypothèses tournent dans la tête de Louis qui n’a plus que les os, et sa lucidité par instants. C’est le dernier calcul du calculateur.
1. Elle mourut le 27 mars 1482. Voir la Complainte pour le trespas Marie de Bourgogne, de Jean Molinet : Faictz et dictz, fol. 46. 2. Commynes, II, p. 47.
Le roi Louis n’avait jamais renoncé à ses desseins sur la Catalogne. Lors de l'ambassade de 1463, ne s'était-il pas proclamé lui-même Catalan ? Il affirmait que ses gens d'armes ne feraient jamais rien contre la Catalogne et contre Barcelone. Car il n’était pas un Castillan violateur de promesses; il était Français et Gatalan, c'est-à-dire ami de la vérité. Et les deux États avaient des relations économiques fréquentes, des intérêts communs!. Louis voulait dire par à qu’il était le petit-fils de Yolande d'Aragon. Il s’informait du langage usité à Barcelone, car il lui était revenu qu’on y parlait le castillan et l’aragonais. Si les Catalans étaient véritablement libres, le roi ferait tout ce qui était en son pouvoir pour le bonheur de la Catalogne. Et Louis disait, d'une manière imagée, qu'entre les Catalans et lui il n’y avait pas de montagnes”.
On le voit, le roi Louis pensait toujours à la Catalogne française, projet qui pouvait bien paraître alarmant pour les ambassadeurs de ce pays qui rompirent bientôt les négociations. Mais le roi Louis eut d’autres préoccupations qui ne lui permirent pas de donner suite à ses projets. Et bientôt on vit les Catalans rechercher un nouveau protecteur. Ils le