XX VII
Longtemps le roi avait administré en quelque sorte la ville de Tours, où on le connaissait si bien. On l'avait vu devenir tous les jours plus exigeant. Il veut un pont sur le Cher; il réquisitionne des chariots pour mener ses grands « fardeaux » de toiles quand il va chasser à Tusseau. 11 lui faut du monde‘. Louis demandait au maire que l'on fît le plan du tracé de la Loire et de ses îles, un toisage de la ville à la corde®. Il fait réquisitionner charpentiers et menuisiers pour amener du bois au Plessis‘. Il exige deux ponts pour traverser les boires, quand il se rend l'hiver, en plein mois de janvier, à sa chasse du bois des Plantes. Il parlemente avec les bourgeois pour obtenir au meilleur compte (et il y a perte pour la ville) l'argent blanc destiné à faire le treillis de la châsse de Saint-Martin“. Le roi pense toujours à agrandir la ville vers Saint-Pierre-des-Corps, aux dépens d’un bras de la Loire dont il fait ouvrir le grand lit, du côté de Marmoutier, depuis Saint-Georges®. L’abbés’y opposera inutilement. Neuf cents ouvriers sont fournis chaque jour par la ville, sous la direction d'Hardouin de Maillé, chargé de la direc- ‘tion de l’entreprise. Pendant la guerre de Flandres, il exigeait que deux mille piques fussent fabriquées aux dépens de la cité et menées à Paris£.
+ Arch. com. de Tours, CC. 43, fol. 72 vo.
. Ibid, fol. a v°. — 3. Ibid, fol. 94 19. — &. Ibid., fol. 170.
. Ibid,, CC. 44, fol. 94 r°. — Ce travail dans la tranchée était pénible. . Jbid., CC. 44, fol. 92 v°.
Ainsi le roi n’est pas un maître facile : il faut faire grande chère aux ambassades qui se présentent, même en son absence, baïiller aux gens de Metz dragées, poires de bonchrétien, sucre, cannelle et gingembre d’Asie'. Les élus ne “sont pas toujours reçus au Plessis; mais ils doivent toujours payer les pages, qui se montrent insupportables*. Le roi mande Jean Briçonnet l'aîné : c’est pour lui parler d’une cloche qu'il voudrait pour Sainte-CatherineS. M. de Maillé agit avec la même désinvolture; il demandera à acheter un tapis de l'hôtel de ville : on le lui donne“. Une autre fois, le roi a fait venir le maire, et il le conduit à sa cuisine. Il voudrait un « écuellier » pour garder sa vaisselle d'argent. Ses gens demandent le vin : on leur donne un écu°. Mais ce maître est un justicier. Un jour, comme il revenait de Notre- Dame-de-Pitié, Louis a rencontré la femme de Jean Rouen, fourbisseur, qui lui dit que son mari avait été tué par des gens de sa maison, tandis qu'il faisait le guet de la ville, et elle demande justice. Les coupables se sont mis en franchise à Saint-Côme : on encerclera le vieux prieuré, et on ira chercher l’un de ceux qui avaient fait le coup, Thibaud Allart, chevaucheur de l'écurie du roi, jusqu'à Paris, jusqu’à Arras.
Les gens de Tours savent donc reconnaître sa Justice et ses bienfaits, quand Louis leur octroie la concession du sel pour l'accroissement de la ville’. Puis vient le grand hiver de 148r, la mauvaise année qui fut ruineuse pour toute la région. I] n'y a ni blé, ni semences, ni foin; le peuple était affaméà. En 1482, c’est la grande inondation de la Loire, qui emporte tout, le bois, les levées : on ne sait plus comment circuler ni reconnaître les varennes. Louis fait prendre des mesures très
. Arch. com. de Tours, CC. 44, fol. 93.
. Ibid., fol. 95 v°. — Cf. Giraudet, op. cil,, p. 249.
. Ibid., fol. 96. — 4. Ibid., CC. 43, fol. 181. — 5. Ibid., CC. 44, fol. 105 vo. . Jbid., fol. 106, 108. — 9. Ibid., CC. 44, fol. r4r.
. Guillaume Oudin, p. 134.