I. Laurent de Médicis — II. Julien de Médicis
Médaille frappée à l'occasion de la conjuration des Pazzi, avril 1478
d'Amboise ne sont pas autorisés à entendre la messe dans la
chapelle du château. On leur fera construire une église paroissiale. |
Quand un visiteur vient, Bourré descend dans la ville pour le recevoir; après dîner,on monte un instant voir le dauphin. La ville d'Amboise est interdite aux étrangers. Il ne faut pas ÿ laisser entrer la peste. Il n’y a aucun logis pour eux, pas même pour le beau-frère de Bourré! Louis sait la brutalité et la ruse de son temps. Il n’a pas confiance. Des hommes veillent, jour et nuit, sur les courtines du château. On voit les lueurs des fagots où ils se chauffent{. Bourré ne quitte jamais le dauphin, même pour rendre un hommage. Ainsi il a laissé en Anjou ses beaux châteaux où.vivent sa femme et ses enfants, la terre où est son cœur. Ce n'est pas sans mélancolie. Bourré construit des châteaux où il n’habitera jamais. [Il demande parfois des congés. Mais le roi est dur à lui-même et aux autres : « Monsieur du Plessis, j'ai veu ce que m'avez écript. Vous ne vous en irez point en votre maison ?. » Pendant cinq ans, Bourré songe à sa vie active d'autrefois, quand il courait après l’argent dans les provinces, quand il recevait le grand aventurier Warwick, quand il faisait des mariages princiers | Louis lui demande parfois encore des conseils. Il reçoit un parent du roi, sa nièce, la sénéchale d'Anjou, qui est grosse : « Qu'on la traite bien, qu’on la loge près de la reine », écrit le roi. Car nul n'est introduit sans un ordre exprès et des instructions. Le roi Louis savait qu'on voulait lui enlever son fils.
Près du vieux serviteur, le petit Charles a grandi. Charlotte
1. Une exemption de tailles et de subsides est accordée, au mois d'octobre 1483, aux habitants d'Amboise pour les indemniser de leurs gardes aux portes, le jour et la nuit (Ord., XIV, p. 60). — Le roi rappelle que le dauphin est né à Amboise « et que en icelle il est et a esté nourry ». Ces gardes avaient été prises par crainte de la peste et d’autres maladies épidémiques.
2. Bibl. nat., ms. fr. 20427, fol. II. — Bourré surveille les constructions du roi à Cléry (Bibl. nat., ms. fr. 20489, fol. 20"°, 10498, fol. r2).
Il, — 2
de Savoie, sa mère, a veillé sur lui. On ne sait qui luia enseigné le rudiment; pour le droit, il a écouté Guillaume Cousinot et Guy Pot.
Mais c’est le roi qui veut lui faire enseigner l'histoire de France, et qui a fait recueillir par Pierre Choisnet, son médecin et astrologien, les meilleures maximes qui doivent guider un prince dans la paix et dans la guerre. Louis veut que Charles puisse profiter de son expérience. Ce beau livre, et si bien écrit, c'est le Rozier des guerres, qui est surtoutun livre de paix.
Pierre Choisnet, le médecin, l’astrologue, est un Normand qui a fait divers voyages pour Île roi. Il connaît sa pensée’. C'est un lettré, qui rime très faiblement, mais un moraliste qui sait écrire avec fermeté en prose. Il n’est ni humaniste, ni rhétoriqueur. Il est pieux. C’est un homme de son temps, qui excelle dans les formules brèves. Il aime son maitre, pour lequel il prie ; et il a formé le recueil de ses prières particulières. Pierre Choisnet a reçu, sans doute du roi, l'ordre de composer un traité destiné à l'éducation du dauphin. Choisnet a relu, à son intention, les livres classiques sur la matière : Végèce qui contient l’art de la guerre, les allégories du Jeu des échecs de Gessoles, Gilles de Rome et son Gouvernement des rois et des princes, et surtout Aristote, traduit par Nicole Oresme qui, au temps de Charles V, a résumé toute la matière politique. Choisnet a écouté parler le roi; il l'a vu vivre, recueillant son exemple et ses maximes.
Alors Pierre Choisnet peut tracer d’après ces sources le portrait idéal du prince pour le dauphin Charles. Il dira que
1. Pierre Choisnet, mentionné comme astrologien du roi en 1470 (Bibl. nat., ms. fr. 31511, fol. 313), puis comme médecin, pensionné à 200 1. (/bid., fol. 358). Cette année-là, au mois de janvier, le roy dépêche un chevaucheur d'écurie « toute nuyt devers Pierre Choinet, astrologue dudit seigneur, lui porter lettres touchant sa venue devers icellui seigneur ». (Bibl. nat., ms. fr. 6:58, fol. 12.) Le roi le mande aux Forges, près de Chinon, à Saint-Florent et autres lienx, durant sa première attaque (Jbid., fol. 3780). Il reçoit 200 1. pour s'entretenir en 1480 (fbid.. fol. 385Y0), Cf. Pierre Champion et Ch. Samaran, op. cit.
le roi est un homme comme un autre, qui doit faire ici-bas son salut, qui attend, comme un autre, la mort et le jugement. Un prince n'existe que pour le bien commun, la chose publique, la république. La justice est l’origine de la servitude volontaire des hommes. En faisant régner la bonne loi, le roi obtient l’obéissance de ses sujets : la servitude est fondée aussi sur l'amour. Ni iniquité, ni violence. Le roi est le bon jardinier du jardin de son peuple. Garder les lois, agrandir son domaine, peupler les terres désertes, tel est l'office du souverain. Il doit gouverner par lui-même et tout connaître : il n’y a pas de petites et de grandes besognes. Punir les mauvais, récompenser les bons, craindre les flatteurs, telle devra être la règle de sa conduite. Les trois piliers du gouvernement sont la justice, le respect du peuple, un mutuel amour entre le roi et ses sujets.
La guerre (la chevalerie) est une science qu'il doit connaître. Mais son principal devoir consiste d’abord à conserver son royaume en paix. La guerre ne peut être faite qu'avec l’assentiment de la nation. Mais jamais la guerre n’a rapporté un denier à personne. La préparer, si elle est inévitable, et relever, dans ce cas, le moral de chacun. Le roi ne doit pas combattre lui-même. C’est un chef qui apaise les rivalités de ses chefs, qui doit penser à tout, à ravitailler ses hommes, à les appuyer de son artillerie, à faire régner la discipline. Il n'abandonne rien à l'aventure. La bataille n’a pour but que la paix, qui lui méritera la paix de Dieu. Il faut porter la guerre chez l’ennemi. Mais la bataille sera toujours la chose du monde la plus périlleuse. Se déBer du nombre; préférer la subtilité à la force.
Et Pierre Choisnet revient aux devoirs du roi. La piété est pour lui une obligation spéciale puisque Dieu est le gardien de la cité. Le roi doit honorer les pasteurs et l’Église. Ses ressources se limiteront à son domaine, aux subsides accoutumés. La défense du commun, la justice seront sa loi. Il aura de bons administrateurs, de bons juges, ses
seconds. I] veillera à l’entretien du royaume par les travaux publics. Justice impitoyable pour les malfaiteurs, surtout à titre d'exemple. Que le roi demeure pondéré et calme, sans laisser deviner rien deses sentiments. Le prince est le miroir de son peuple et pour lui un vivant exemple
Et Pierre Choisnet a compilé, sur l’ordre du roi, une chronique abrégée de l’histoire de France à l’usage du dauphin *.
Louis aime l’histoire de France, comme il aime la France, son domaine. Nous savons qu'il à fait appointer frère Jean Castel « chroniqueur de France ». Dans le petit nombre de livres que le roi a lus, et qui le suivaient dans ses voyages enfermés dans un coffre de bois, il y a des livres de droit, de médecine, les Chroniques de Saint-Denis et un Froissarl ®. |
1. Ce très beau livre, oublié, a dù devenir classique de bonne heure. Il a été publié plusieurs fois après 1522 (Bibl. nat., Rés. L. 35) et démarqué dans le Guidon des guerres, attribué faussement au chevalier de la Tour Landry (Bibl. nat., Rés. Y® 22). M. Maurice Diamant-Berger, qui l'a réimprimé en 1925 sur les presses de François Bernouard, a signalé certains rapprochements avec Machiavel. Mais ils viennent de l'émploi de sources communes de Végèce (Mercure de France, 1925). Ge livre n'est en rien machiavélique. |
2. Une étude partielle a été donnée par A. Hellot, dans la Revue historique, t. XXIX, 1885.
3. L. Delisle, le Cabinet des manuscrits, 1, p. 39. — Le roi avait certainement une bibliothèque au Plessis, car un inventaire de ses livres, que nous ne possédons plus, fut fait en 1480 (Bibl. nat., ms, fr. 20685, fol. 726, cité pur A. Gandilhon. op. cil., t. XXI, p. 64; Bibl. nat., ms. 325711, fol, 3881; Laurens Palmier était garde de ses livres avec Pierre Predonaull. (Bibl. nat., ms. fr. 32511, fol. 332). On peut citer, parmi les livres de Louis XI, un Lucain glosé; huit livres de Xénophon; lc Traité de la figure de l'Image du monde par Jean de Beauvau, évêque d'Angers; l'Histoire romaine de Tite Live, manuscrit copié en 1467 dans la maison du cardinal Balue et s“isi, qu’il fit terminer à ses frais par Robert du Val et Pasquier Bonhomme (ms. de Tours, 984); deux belles Bibles conservées à la Bibliothèque nationale (mss. lat. 25 et 11936); une Relation de l'Histoire du Mont-Saint-Michel et des miracles du saint, commandée à l'abbé en 1482 (lat. b430?); une Vie de Charlemagne, présent de l'ambassadeur Donato Acciajuoli (Fitz William Museum); les Généalogies des rois de France et du duc de Bourgogne, enluminées par un scribe du bailliage d'Amiens; un Trailé des différends entre les rois de France et d'Angleterre: un Abrégé d'histoire de France (Bibl. nat., ms. fr. 4943); Un De gestis Britonum ; la SJorliades de Philelphe; un Cours de lois en cinq volumes; la Justification de ses droits sur la Bourgogne; un petit traité du Régime; une copie du Rhasès qui appar-
Louis a possédé une très jolie petite chronique de France, enluminée*, en français. Et nous avons tout lieu de croire qu'il a lu le travail historique de Pierre Choisnet et qu'il l’a même annoté”. Le compilateur semble bien avoir en vue son maître. « Les nobles roys de France ont toujours entendu et travaillé à dilater et eslargir leur royaume », dira-t-il. C'est ce que Louis a promis de faire au serment du sacre. Louis a souligné toutes les divisions fatales du royaume, noté tout ce qui était relatif aux ducs de Guyenne, salué le premier Charlemagne, remarqué les conspirations des enfants contre leur père, les troubles du royaume, les trahisons des frères du roi, les dissimulations, l’histoire de Charles le Simple, prisonnier à Péronne, les affaires de Flandre et de Bourgogne, les rapports de la France et de l'Angleterre, tout ce qui a rempli sa vie. | |
Alors le roi Louis est satisfait. Et il envoie le livre à son cher fils, qu'il ne voit presque jamais, avec son salut : « Pour ce que, comme les bons odeurs confortent les eperiz, pareillement font les bonnes et vertueuses auctorités des saiges, et que desirons que quant, par la grâce de Dieu, tu vendras régner et gouverner ce noble royaume de France, remply de bonnes meurs et vertus, tu saiches et aÿes presl entre les mains et dedans ton cueur ce que convient et est très nécessaire au bon gouvernement d'icelluy, je t’'envoye ce présent Rosier touchant la garde et déffence de la chose publique. Duquel Rosier, quant tu seras venu en l'aage de flourissant
jeunesse, tu odourèeras chacun jour une rose, et tu y trou-
veras plus de délectation et de confort qu’en toutes les roses du monde... et congnoistras de tes prédécesseurs lesquelx auront mieulx fais %... »
tenait à la Faculté de médecine pour laquelle il bailla caution de 12 marcs de vaisselle et cent écus d'or; un traité de la Propriété de oyseaulx (Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, et A. Gandilhon, op. cit., t. XXI, p. 64-66).
1, Bibl. nat., ms. fr. 4943. — 2. Voir les rubriques du ms. fr. 442.
3. Cette préface ne se lit que dans le ms. fr. 442, c’est-à-dire dans les papiers de Pierre Choisnet.
1 A Cp er nr
C’est la rose du roi Louis à son enfant, c’est le Rozier des Guerres.
Mais si le roi Louis s’est montré bon père en le faisant instruire, il a agi avec prudence en faisant garder strictement son fils dans le grand château d'Amboise.
Louis a frappé à la tête un traître comme le connétable, un autre traître comme Nemours, mais il n’a jamais détruit entièrement l'esprit de révolte chez les féodaux'. Ceux-ci voyaient maintenant le roi Louis diminué par les attaques de la maladie. Le dauphin était un enfant dont ils pensaient s'emparer. On ne parlait que de la mort prochaine du roi; mais il leur faisait la surprise de guérir et montrait « aussi bonne chère que devant ». Le duc de Bretagne reprenait cependant courage. Il pensait avoir les Anglais derrière lui. On reverrait la belle vie d'autrefois, le temps où régnaient les capitaines. Un de ces mécontents était un écervelé, nourri dans la maison du roi, René, comte du Perche, le fils du duc d’Alençon, deux fois condamné comme traître. Fils d'un fou, dangereux tout de même, il allait répétant « que le malheur ne serait pas toujours en ung lieu ». À l’aide des Bretons, Renéespérait recouvrer sa terre. La guerre est un hasard. On peut toujours réussir. René pensait mettre avec lui les Suisses, les gentilhommes d'Anjou, du Maineet de la Normandie. Il avait un projet pour transformer le parc d'artillerie de son père et il avait inventé un projectile nouveau, un boulet de canon avec des ‘barres de fer. Ces projets transpirèrent au temps où le roi Louis avait été visiter son camp au Pont de l'Arche. Du Lude fait une enquête à la Flèche. René s’affole et pense passer en Bretagne. Louis fait arrêter le conspirateur et Pierre Doriole l’interroge à Chinon, le 21 août 148r. René donne des réponses vagues,
1. Tout ce qui suit est tiré du procès de René d'Alençon, comte du Perche, un
document des plus intéressants sur les dernières années de Louis XI (Arch. nat., J, 949,n° 9). | |
embarrassées : il voulait fuir, prendre la mer, gagner Rhodes « pour mettre sa personne à seurlé », disait-il. Son abri sera provisoirement la tour du château de Chinon, la cage de fer d’un pas et demi de long dans laquelle il resta douze semaines, puis le donjon de Vincennes{.— a sentence contre Charles d’Armagnac est rendue le 21 août. Il est condamné à l'amende et à la prison perpétuelle?.
Ainsi Louis se défend et défend son enfant.
Le 21 septembre 1482, Jean Bourré regarde son roi. Le vieux serviteur n’a que soixante-huit ans. Il est, comme nous le voyons sur son portraiti : figure grave et fine, avec son bonnet noir sur ses mèches grises, grand et courbé, la main sur la poitrine. Si Louis revient amélioré du voyage de Saint-Claude, il est encore bien malade. Il y a dans la salle du château d'Amboise, M. de Beaujeu, le comte de Marle, maréchal de France, l’archevêque de Narbonne, MM. du Bouchage, de Précigny, de Solliers, Jean de Doyat, le gouverneur d'Auvergne, Olivier Guérin, le maître de l'hôtel“. Louis fait lire à son fils les instructions qu'il lui laisse sur l'administration du royaume.
L'enfant, qui a douze ans, écoute ce père qu’il n’a presque jamais vu. Louis considère le terme des choses, les jours si brefs qui nous sont donnés. Mais Dieu lui a fait une grande grâce ; il l’a fait chef, gouverneur et prince de la plus notable région et nation qui soit sur la terre. C’est le royaume de France où plusieurs de ses prédécesseurs ont acquis le nom de rois très chrétiens en combattant les infidèles, en extir-
1. Le 22 mars 1483, la cour rendit son jugement. René d’Alençon est condamné à demaader pardon au roi et à lui prêter serment d'obéissance. Le roi met dans ses places des capitaines (Bibl. nat., Du Puy 250).
2, Ibid. |
3. Le portrait conservé jadis au château de Jarzé, aujourd'hui au Plessis-Bourré, <st une copie du dix-septième siècle faite d’après ua vitrail aujourd'hui disparu. Voir Gaignières, t. VII, p. 67-68.
4. Ord., XIX, p. 56; Lenglet du Fresnoy, Preuves, IV, p. 89; Musée des Archives, n° 5rr.
pant l’hérésie, en entretenant les libertés de l’Église et du Saint-Siège. Et plusieurs sont aujourd'hui des saints tenant très glorieuse compagnie à Dieu dans son Paradis. Ce royaume, par l'intercession de la très glorieuse Vierge Marie, Louis l’avait accru de toutes parts, à force de sollicitude et de diligence, à l’aide de vrais et loyaux officiers, serviteurs et sujets, en dépit des princes, des seigneurs du sang, des grands qui avaient conspiré contre lui et la chose publique, trahi, conduit des guerres, d'où une merveilleuse effusion de sang humain, la désolation du peuple; car ils avaient mené querelles et divisions qui durent encore, et peuvent durer après lui, si on n’y met bonne provision.
Le roi a pensé à ces choses, à son âge, à son mal, tandis qu'il visitait le corps saint et ami de Mgr saint Claude. Il se trouve quelque peu soulagé à son retour. Ila voulu voir son très cher et très aimé fils Charles, dauphin du Viennois, « et lui remontrer plusieurs belles et notables choses à l'édifiement de sa vie, en bonnes mœurs et conduite de la couronne de France, s'il plaît à Dieu qu'elle lui advienne après nous ».
Alors le roi parle à l’enfant. Il dit son désir de le voir, après lui, parvenir à la couronne de France, « son vray héritaige », souhaitant qu'il puisse l’entretenir si bien que ce soit à sa louange, au profit de ses sujets et de la chose publique!
Comme un père peut le faire à son fils, le roi lui commande de prendre conseil et avis de ceux de son rang, des seigneurs et capitaines sages et expérimentés, de ceux-là principalement qui ont été de bons sujets et serviteurs de son grand-père et de son père.
Et quand il parviendrait à la couronne, Louis ordonnait expressément à son fils de maintenir en fonction tous ceux qui avaient une charge, un emploi, de quelque condition qu'ils soient.
Pour qu’il comprît mieux le sens de son ordonnance, le père se confessait à son fils. Il lui disait les dommages irré-
parables arrivés, peu après son avènement à la couronne, pour n'avoir pas conservé dans leur charge les officiers de son père, la destruction de plusieurs pays et sujets, « et qui encores dure sans y avoir fin de paix! ».
Mais, grâce à Dieu, Louis n'avait rien perdu de la couronne ; il l'avait augmentée de grandes terres et seigneuries, et il espérait bientôt y mettre tranquillité et union. Mais si son fils faisait ce qu’il avait fait lui-même, pis encore pourrait arriver
Alors Louis l’interroge : « Que vous en semble ? N’estes vous pas bien content, délibéré, et en bon propos, vouloir et intention de faire, entretenir et accomplir les choses dessus dictes, mêmement touchant les dites charges et offices ? »
L'enfant fait une douce réponse : il dit qu'il obéirait, remplirait les commandements et ordonnances de son. père, ce dont il le remerciait très humblement. Cela ne suffit pas à Louis. Il demande au petit Charles d'aller trouver plusieurs officiers qui se tenaient là, de parler avèc eux des ordonnances qu’il vient de lui donner, et qu’il pense sérieusement à remplir toutes ses promesses. 11 répond : « Monsieur, à l’aide de Dieu, et quant son bon plaisir sera que ces choses adviennent, je obéiray à vos commandemans et plaisirs, et feray, entretiendray et accompliray ce que m'avez enjoinct, commandé et enchargé. »
Alors le roi reprend : « Louis, puisque par amour de nous, le voulez, levez la main! » |
Puisque l'enfant a juré, Louis peut lui nommer les seigneurs, ses adversaires et ceux du royaume, causes de tous nos maux: et il lui désigne les bons serviteurs.
Louis demande à Parent, le notaire, de dresser l'acte.
1, Gaguin a donné un résumé de ces instructions, mais d'après la Chronique Scandaleuse. Il ajoute un trait peu vraisemblable : « Ne croy pas à ta mère car comme elle soit de Suvoye, elle m'a tousjours semblé favoriser les Bourguignons. Aultrement, c'est-à-dire quant au résidu de sa qualité, tousjours l’ay estimée bonne et pudique » (Traduction P. Desrey, 1514, fol 2r3"°).
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