Commynes, éd. de Mile Dupont, Preuves, t. 111, p
de martre, longue jusqu’à mi-jambe, avec ses deux bonnets d’écarlate sur la tête. Les gens des villes lui ont fait la grande révérence. Louis ôte les bonnets de sa tête, qui était presque chauve; et l’on voit quelques cheveux gris coupés court : « Messieurs, soyez les bienvenus, et merci de m'être venus voir. Et vous couvrez tous. » Ce que font les gens des villes. Mais le bon sire demeure la tête nue devant ses villes ; et sans que le chancelier l'ait annoncé, il parle. Louis dit qu’il veut trois choses pour le profit de tout le royaume. Le premier point touche les marchands. Il faut qu'ils puissent aller et venir librement, comme on le fait au royaume d'Angleterre. Le second point est qu’il voulait mettre ordre à la justice, afin de faire abréger les procès qui portent un tel dommage à tous par faveur et corruption. Le troisième point est qu'il voulait une seule loi pour tout le royaume, et qu’il n’y ait qu’un poids, une mesure, une monnaie ayant cours. Ainsi légifère en pensée le roi chauve et moribond qui tient à la main ses deux bonnets rouges.
C'est lui, l’homme de la paix’. L'homme de la violence et de la mauvaise foi sera Maximilien.
Mais le roi a encore des réveils terribles. Au mois de mai 1483, il a cassé Picrre Doriole, le chancelier, et il a nommé à sa place Guillaume de Rochefort, chevalier, fort honnête homme et lettré. Pierre Doriole élait cependant
1. « Ledit sire proposa encore d'autres choses qu'il seroit trop long de raconter, tousjours désirant le profit de son pauvre royaume, lequel en a bien besoin », ajoute Guillaume Savaron, le délégué des consuls de Clermont. Doyat écrit à Claude de Montfaucon qu'il convient de convoquer les treize bonnes villes pour les consulter sur ces points. (Reg. des délibérations de la ville de Clermont, cité par A. Bardoux, op. cil.).
2. Le roi demande une grande procession à Saint-Denis, le 7 février 1483, pour
sa santé, celle du Dauphin, et la « paix et tranquillilé du royaume » (Bibl. nat.,
ms. fr. 6989, fol. 173). :
3. On le verra bientôt donner ses instructions écrites à ce bon domestique et maître d'hôtel qu'est Olivier de la Marche pour engager les seigneurs de France à revenir sur le traité d'Arras; il enverra en Castille vers Ferdinand et Isabelle pour les engager à rentrer dans le Roussillon, et le prier de l'assister en Bourgogne (Lenglet du Fresnoy, Preuves, IV, p. 131, 137).
très intelligent'. 11 a conduit tous les procès du roi, celui de Nemours; et Louis l’avait marié à Charlotte de Bar, la riche veuve de Guillaume de Varye. Il a fait des affaires avec les trois galées de France, fermant le port d'Aigues-Mortes aux Vénitiens. En dépit de sa trahison, le roi lui avait donné ses sceaux. Mais c’est pour qu'il se montrât souple?. Pierre Doriole ne l’est plus en ces jours. Louis le brise“.
Certaines nouvelles inquiètent bien Édouard d'Angleterre qui voit Louis plus fort que jamais. Mais le roi a pour lui jusqu’au bout la chance. On lui apporte des messages d'Angleterre. Édouard vient de mourir, frappé d’apoplexie ; Gloucester, son neveu, prend le pouvoir*.
Louis, qui tant de fois a montré sa satisfaction quand ses adversaires furent frappés, ne laisse voir aucune joie. Il est lui-même trop près de sa fin. Il est vraiment aux pensers de la paix. Ila recommandé aux habitants d'Harfleur de ne commettre aucun acte d’hostilité contre les Anglais’. IL a envoyé, une fois de plus, vers le duc de Milan, « pour unir les choses d’Ytalie et résister tant mieulx aux ennempys de la
1. Voir le registre de ses affaires, Bibl. nat., ms. fr. 10 187.
2, Le roi lui avait écrit au mois de décembre 1482 : « Chancelier, je vous ai écrit que vous renvoissiez la cause qui est pendante en mon grand conseil... ainsi que je vous l'ai ordonné par mes lettres patentes, dont vous n'avez rien fait... Vous avez dissimulé. Je vous prie, beau sire, que en mes besognes vous ne me soyez pas si rigoureux, car je ne le vous ai pas esté es vostres.., » — « Chancellier, vous avez refusé de seeller les lettres de mon maistre d’ostel Bouthilat. Je sçay bien à l’apestit de qui vous le faites, et vous souviegne de la journée que vous pristes avec le Breton, et le despechez incontinant, sur vostre vie » (Ord., XIX, p. 108; Lettres, X,.p. 43).