LE DRAME DE LECTOURE ET LA FIN DE LA MAISON D’ARMAGNAC
Depuis des années, une famille féodale avait donné bien des soucis à la royauté dans le midi de la France’.
C'était la maison d' Armagnac dont les possessions se trouvaient heureusement dispersées entre le comté d'Armagnac, Je Fezenzaguet et d’autres terres, touchant à l'Espagne par la vallée d’Aure, proches de la Guyenne anglaise et de l'Aragon. Car les chefs de la maison d’Armagnac furent, durant le quinzième siècle, des hommes entreprenants, ambitieux, parfois de véritables démons. Le connétable Bernard VII qui succomba dans les émeutes parisiennes de 1418 avait été, un moment,avec ses routiers, le véritable chef de la France. Jean IV avait soutenu, au temps de Charles VII, les principes de la féodalité méridionale; on se rappelle que le dauphin Louis avait dù l’assiéger dans l'Ile-Jourdain où il fut fait prisonnier. |
Jean V, qui lui succède, est un soldat et un homme aux passions terribles. Il a commencé par servir la royauté; puis il se pose en cheflors de la succession du comté de Comminges et de l’affaire de l’archevêché d’Auch. Il vit avec sa sœur, qui est une belle et jeune femme, et qu'il aime; il lui fait des enfants. C'est un petit homme ramassé, au cou enfoncé
1. M. Charles Samaran a raconté d’une manière très documentée et vivante tous ces événements dans La Maison d'Armagnac au quinzième siècle. Cf. également B. de Mandrot, Louis XI, Jean V d'Armagnac et le drame de Lecloure ; Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. .
dans les épaules, au visage bourgeonné, aux yeux qui Ilouchent et aux cheveux roux.
Jean V veut faire régulariser son inceste avec sa sœur Isabelle, et il a acheté à la chancellerie romaine des bulles qu'un faussaire a modifiées sur son ordre. La honte d’un pareil scandale rejaillit sur tout le pays. Jean a bien promis de modifier sa conduite. Mais il retombe dans son crime et danssa passion; un troisième enfant naît de l'inceste. Le pape fulmine l'excommunication et Ile roi Charles, en 1455, envahit les terres du comte d’Armagnac. Jean passe la frontière, mais avec sa sœur, tandis que son DEQSES se poursuit devant le Parlement de Paris.
Le roi n'avait jamais montré, jusqu'à ce jour, aucun ressentiment envers le comte d’'Armagnac qui lui avait prêté son appui lors de sa révolte contre son père. Louis l'avait accueilli à Genappe en 1459, et il avait chassé avec lui. L’évêque d’Arras, Jean Jouffroy, un homme très attaché au service de la maison de Bourgogne, avait d’ailleurs plaidé la cause de Jean V avec une singulière indulgence. Les dieux antiques n'ont-ils pas succombé à la passion? Jupiter ne s'est-il pas uni à sa sœur? Jean Jouffroy cita les exemples d’inceste que nous fournit la Bible, cet Ammon qui fit violence à sa sœur Thamar. Faut-il s'étonner qu’un homme fût moins fort qu'un dieu? Or,le comte d'Armagnac a été vaincu par l’Amour-Dieu. Pie IT ne l’entendit pas ainsi, et il imposa à Jean V des pénitences et des pèlerinages. Mais quand Louis parvint au trône, le comte d'Armagnac avait été bien accueilli par lui. Le roi avait ordonné la revision de son procès et il fit son entrée solennelle à Paris en compagnie de l’incestueux. Le roi Louis l’avait envoyé en ambassadeur à Madrid pour négocier le renouvellement de la traditionnelle alliance de la France et de la Castille.
Les relations de Jean V et du roi étaient donc bonnes. Ses intrigues devaient le perdre et indisposer bientôt ses sujets contre lui. Car il les gouvernait à l’aide d'étrangers rapaces.