RÉSIGNATION
pagnole et l'amie de la duchesse de Chevreuse, il mêla ses larmes aux siennes et se répandit avec elle en touchantes et sincères effusions. Si parfois la violence de son mal lui arrachait des mouvements d'humeur, il s'en excusait presque aussitôt auprès de ceux qui les avaient subis* . Il se montrait envers tous d'une tendresse ineffable. En lui le roi n'existait plus ; il n'y avait plus que l'homme essentiellement bon et le chrétien plein de foi. « Je ne crois pas, a écrit le protestant Grotius, qu'on puisse trouver jamais, nonseulement un roi, mais un chrétien qui se dispose à la mort avec plus de piété*. »
Le 23 avril on s'attendit à le voir mourir. La nuit avait été fort mauvaise et le malade semblait être tombé au dernier degré d'affaiblissement. Il reçut à
* Mémoire fidèle des chose» qui se font passées» etc. L'idée d^wne belle mort, etc.y p. 38.
* Voici une lettre sigoiflcativd, écrite par Mazarin à Varcheyéque'Cardinal de Lyon, frère de Richelieu, le 18 avril 1643 : «... Dans Terabarras d'esprit où nous tient la maladie du roi et les appréhensions de Tavenir où noua jette le danger de sa vie, j'a! 'creu ne pouvoir trouver d'autre diversion k ma douleur que dans l'entretien de Vostre Eminence. Je ne respiroia pas encore de celle que m'avoit causée la mort de M. le cardinal-duc lorsque ce nouveau malheur m'est venu surcharger l'âme. La perte que fera la république chrétienne et particulièrement Ta France, si Dieu appelle k soi ce prince, est véritablement la plus grande qui me travaille. Mais, oatre cela, je ne puis tourner les yeux sur les honneurs et les bienfaits que j'en ai receus et sur les dernières bontés qu'il m'a tesraoignées que cette pensée se m^afilige extraordinairement, et Je croirois manquer de reconnoissance si jr manquois de tristesse. Les belles et admirables circonstances de «a maladie augmentent encore ce juste sentiment, quoique en quelque façon elles le diminuent, et je ne puis les considérer sans quelque plaisir de voir Télévation qu'elles apportent à sa gloire, ni y penser sans comprendre plus vivement la grandeur de la perte que nous courrons risaue de faire. En effet. il est impossible de s'imaginer une plus grande rorce d'esprit dans one grande foiblesse de corps, que celle qu'il a montré. Jamaia en cet estai personne n'a veu plus clair que lui en ses affaires, ni n'a fait des établisse* ments plus judicieux. Jamais personne n'a regardé la mort avec plus d'in* différence ni ne s'est soumis avec une plus extrême résignation k la volonté de Dieu. En un mot, si la Providence permet que cette maladie fasse la fin de la vie de ce prince, on pourra dire que jamais vie n'aura esté plus charitablement, plus chrétiennement et plus courageusement remplie... > {let-^ très du cardinal Maxarin, t. I, p. 167.)