PRÉDICTION DE ROCROY
dani de bien contempler son père, afin qu'il pût conserver de lui un profond et durable souvenir. Après ravoir longtemps considéré, le Dauphin sort. Lorsqu'il est dans la galerie, on lui demande s'il se souviendra du roi son père : « Oh I oui, répond l'enfant, je l'ai bien remarqué. Il tenoit la bouche et les yeux ouverts. — Voudriez-vous bien estreroy ? ajoutet-on. — Non, dit-il. — Et si vostre papa mouroit? — Si mon papa mouroit, réplique l'enfant en sanglotant, je me jetterois dcms le fossé du cha8teau^ » Comme il avait déjà tenu deux fois ce propos, sa gouvernante le fit, à partir de ce moment, surveiller avec soin.
A six heures, le roi se réveillant en sursaut, il se produisit un fait étrange qu'attestent plusieurs témoignages également dignes de foi*. Louis, se soulevant avec effort, appelle auprès de lui le prince de Gondé et lui dit : « Je viens de voir le duc d'Eughien votre fils en venir aux mains avec les ennemis. Le combat a été rude et opiniâtre. La victoire a longtemps balancé, mais elle est demeurée aux nostres qui sont maistres du champ de bataille. » Neuf jours après, le 19 mai, le duc d'Enghien remportait la victoire de Rocroy.
Cette prophétique vision, dans laquelle le prince de Condé vit une preuve de trouble d'esprit' jusqu'au
* Mémoire fidèle de$ choses qui se sont passées, etc.
* L'idée d'une belle mort^ etc., pp. 47 et 48. — Mémoire fidèle des ekoees qui se sont passées, ete,
s « Le prince de Condé, lisoni-nous dans le récit inspiré par le P. Dinet, le prince de Condé se contenta de répondre qa*il y avoit beaucoup d'apparence que les deux armées se choqueroient et qiril espéroit, Dieu aidant, que les