SES GRANDES QUALITÉS
premier rang dans la faveur du souverain. C'est le propre du pouvoir absolu que le génie du plus grand politique soit dans la nécessité, pour pouvoir s'exercer, de plaire au maître. Que Luynes, dont on a dit que pour le haïr il fallait ne pas le voir, çiit plu d'abord au jeune prince par une grâce charmante, par un esprit ouvert et prompt auxquels nul ne demeurait insensible, c'est, ce nous semble, assez naturel. Mais celui qui avait d'abord amusé l'adolescent pénétra bientôt dans la confiance la plus intime du roi par les grandes choses qu'il accomplit ou qu'il prépara. Il frappe, ou tout au moins, il tient la main de celui qui frappe l'odieux, le funeste maréchal d'Ancre ; il rappelle plusieurs ministres d'Henri IV ; il reprend au dehors comme au dedans les glorieux desseins du grand roi; il contient l'Espagne, défend l'Italie, soutient le Piémont en mariant une des sœurs de Louis XIII, la princesse Christine avec Victor -Amédée; renouvelle l'alliance anglaise en unissant le prince de Galles avec une autre sœur de Louis XIII, la princesse Henriette; il repousse avec énergie les efforts de la noblesse et la désarme devant la royauté ; enfin, attaquant de front les protestants, dont les prétentions excessives deviennent un péril pour la couronne, il leur impose l'égalité civile et religieuse*. Le temps lui manque pour accomplir jusqu'au bout cette politique dont il se contente d'indiquer les traits essentiels, et prématurément
I Voir les très-intéressants articles publiés sur Luynes par Cousin, dans le Journal des Savants, de mai 1861 à janvier 1863.