SES CAUSES
coin du Louvre, de voir la faveur de sa mère livrer le gouvernement de la France à un étranger incapable. Il voulut aimer sa femme, mais elle lui fut antipathique avant même d'être connue de lui, et certains froissements d'amour-propre, trop de réserve chez le roi, une dignité excessive chez la reine, achevèrent d'élever entre les deux royaux époux une barrière insurmontable. Il se sentit tout d'abord attiré vers Gaston, qui le nommait, après la catastrophe de 1610, « son petit papa, » et dont il était volontiers le protecteur et l'ami. Mais Gaston ne tarda pas à se ranger parmi les ennemis de Louis XIII. Ceux avec qui celui-ci jouait et vivait, ceux parmi lesquels il aurait pu placer son affection, son honnête naturelle l'empêchait de les aimer, parce qu'ils étaient des bâtards. Il se jeta avec passion dans un vif amour pour son père ; celui-là, il pouvait le chérir, l'admirer, et en fils dévoué et en bon Français. Mais le poignard de Ravaillac vint brusquement ravir au Dauphin celui qui fut longtemps pour lui le principal, le seul objet de son admiration et de sa tendresse.
Là est la seule cause de la mélancolie persévérante et invincible de Louis XIII. Ses sentiments les plus chers furent presque toujours contrariés. Tout enfant, il ne put pas aimer ceux avec lesquels il vivait. Plus tard le sentiment du devoir l'empêcha de vivre avec mademoiselle de Lafayette et madame de Hautefort, qu'il aimait. Les détracteurs de celui dont nous étudions le caractère veulent voir dans
Ai LUYNES.
son tempérament la seule cause de Tétat lang^uissant de son âme. C'est là une profonde erreur. Louis XIII était doué d'une santé qui, d'abord assez vigoureuse, ne fut que beaucoup plus tard atteinte par le régime désastreux propre aux médecins du temps. En une seule année Bouvart, médecin de Louis XIII, le fit saigner quarante-sept fois, lui fit prendre deux cent douze médecines et deux cent quinze lavements ^ Quel corps n'eût pas été affaibli par un tel traitement ? On doit constater au contraire que Louis XII] a dû naître très-robuste et très-sain, pour avoir pu résister jusqu'à quarante*deux ans à l'intervention d'une science aussi meurtrière. Non, chez Louis XIU, l'épuisement physique n'a pas été la cause mais l'aggravation de la langueur morale, laquelle a précédé cet épuisement, et cette langueur morale, les causes que nous venons de donner suffisent ample* ment à l'expliquer.
La première personne à qui Louis XIII ait entièrement livré son esprit et donné toute sa confiance est Luynes, et, comme beaucoup ont dénigré Luynes, ont nié ses grandes qualités et les éminents services qu'il a rendus, on a pu ainsi montrer dans Louis XIII un prince capricieux, faisant dépendre le sort de la France de la faveur dont jouit auprès de lui un oiseleur obscur et vulgaire. Luynes fut un favori. Mais Richelieu et Mazarin aussi furent des favoris, si Ton entend par favori celui qui tient le
• ArrAi><*« curii*Hset de Vhittoire de France de Cimber et Daojou, 2* série, I. V, p. 63.