SENTIMENTS DU ROI
Mais ce qu'il importe de connaître, et ce que nous avons surtout pour but de mettre en lumière, ce sont les sentiments du roi. Or, dans ses Mémoires pour servir à t histoire de PEurope, le père d'Avrigny raconte « que le roi, avant de partir pour Versailles, avait ordonné à Saint-Simon d'envoyer dire au cardinal de se rendre près de lui. Cet ordre fut porté au cardinal par un gentilhomme que Saint- Simon lui envoya, et dès lors ce ministre comprit que le roi était résolu de le maintenir malgré la reine-mère, et il se rendit à Versailles, où le roi lui déclara qu'il le soutiendrait contre tous ses ennemis *. » Le père Griffet confirme ce fait important en donnant quelques détails plus explicites. Il déclare tenir de la bouche même de Saint-Simon, auteur des Mémoires et fils du favori de Louis XIII, « qu'en partant pour Versailles le roi chargea son favori de faire dire au cardinal de s'y rendre aussitôt. Le premier écuyer ne perdit pas de temps. Il envoya incontinent un de ses gentilhommes porter à Richelieu cette agréable nouvelle. Le gentilhomme étant arrivé chez le cardinal, on lui dit que son Éminenco ne voulait voir personne. Comme il connaissait l'importance de la commission, il ne se rebuta point. Il dit qu'il venait de la part de M. de Saint-Simon et qu'il fallait absolument qu'on le fît entrer. On avertit Richelieu, qui s'entretenait alors avec le cardinal de la Valette. Le gentilhomme fut introduit dans le
* Mémoirei pour servir à Vhistoire de VRurope cm dix- septième iiêcle, par le P. fl'Avrigny, t. II, p. 79, édition de 1753.
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cabinet où il n'eut pâs plutôt exposé sa commission qu'il aperçut un chang;ement extraordinaire sur le visage du cardinal de Richelieu. Ce ministre passa tout à coup d'une extrême tristesse à tous les transports de la joie la plus vive. L'envoyé de M. de Saint- Simon fut comLIé de politesses et de remerclments, et le cardinal ne différa pas un moment de prendre la route de Versailles'. »
Ce récit, fait au P. Griffet par le fils du favori de Louis XIII, est pleinement confirmé par un appendice des Mémoires de Saint-Simon, dans lequel l'illustre écrivain expose, à son tour, tout ce qu'il a entendu raconter par son père sur ce point capital de l'histoire de Richelieu, Dans cette narration trèsprécise, et que M. A. Cochut a publiée le premier en 1834*, quelques détails nouveaux, tels que le nom de l'envoyé de Saint-Simon, le jeune de Tourville, sont donnés ; mais au fond rien n'est changé et les confidences faites verbalement au P. Griffet sont entièrement conformes au récit laissé à la postérité, n en ressort la preuve indéniable qu'en partant pour Versailles Louis XIII y entraîna Richelieu, et que jamais, en aucun moment, celui-ci n'a été en disgrâce. Il l'a craint, parce qu'il était timide et qu'il se sentait fort attaqué : incontestablement ses craintes étaient vaines Mais il est d'autres témoignages aussi décisifs qui, ' tous, établissent que Louis XIII a eu la volonté im-