‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 54 sur 137 · PREUVES DE LA RÉSERVE · texte numérisé non relu

PREUVES DE LA RÉSERVE

Comment M. Cousin a-t-il pu soutenir sa thèse et publier en même temps la lettre que nous venons de reproduire? Si Louis XIII avait désapprouvé les projets de retraite de mademoiselle de la Fayette; si le P. Cari'é avait été chargé par Richelieu d'agir contrairement aux intentions du roi, la ' lettre que nous venons de citer eût été ou dénuée de sens, ou pour le cardinal une cruelle offense que le dominicain n'aurait osé se permettre. Madame 9e Motteville, dont noua avons déjà invoqué le témoignage pour prouver Tancienneté et la persistance de la vocation religieuse de mademoiselle de la Fayette, n'est pas moins affirmative pour décharger le cardinal de l'accusation malveillante portée contre lui par plusieurs de ses contemporains. « On a dit, lisonsnous dans les Mémoires de cette dame ordinairement contraire à Richelieu, on a dit que le cardinal s'étoit servi de la dévotion de la Fayette pour en priver le roi, et que, ne pouvant avoir la Fayette à ses gages, il se servit en même temps de son confesseur pour lui donner des' scrupules de la complaisance qu'elle avoit pour le roi ; ce qui fut conduit si finement par leurs directeurs, que l'amour' de Dieu triompha de l'humain. La Fayette se retira dans un couvent, et le roi se résolut de le souffrir. La vérité est que Dieu la destinait à ce bonheur \>} Si, à toutes ces affirmations, nous ajoutons le rapprochement des dates, que restera-t-il des arguments do ceux qui accusent Richc-

* Mémoirtt de madame de Motteviile, collection Mlcbaud, 2* série, i. X. p. 33.

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lieu d'avoir, grâce à l'influence du P. Carré, déterminé mademoiselle de la Fayette à entrer au couvent? Celle-ci s'est enfermée dans la maison de la Visitation le 19 mai 1637 ; or le P. Carré avait cessé le 25 avril 1636 d'être son confesseur, et avait été remplacé, dès cette époque, par le P. Armand, jésuite, choisi par les parents de la fille d'honneur, par ceux qui voulaient, à tout prix, -la maintenir à la cour*. L'ambition de ces parents, les tristes manteuvres auxquelles elle les a poussés, le fol aveuglement qui en a été la conséquence, ne sont niés par personne. « Mademoiselle Filandre, lisons-nous dans une lettre du P. Carré, m'a confirmé aujourd'hui qu'elle, avoit ouï dire que l'oncle de mademoiselle de la Fayette (F évoque de Limoges) prétendoit par sbn moyen parvenir au gouvernement; mais je ne puis' croire à un pareil aveuglement*. » Le 12 mars, le P. Carré écrit encore : « La grand'mère (madame de la Flotte, grand'mère de madame de Hautefort) me dit qu'un grand et intime ami de l'oncle lui avoit dit que ledit oncle n'espéroit pas moins qu'un chapeau par le moyen de la petite ; qu'il étoit grandement entreprenant'. » Et dans le Journal du P. Caussin, recueil de notes réunies par le cardinal sur ce religieux, nous trouvons cette phrase significative : « Le sieur évèque de Limoges a dit plusieurs fois à une femme

< Le P. Carré annonçait lui-même cet événement à Richelieu le 25 avril. (V. sa lettre, Arch, des ajf, étrangères, t. LXXVIII, fol. 3:29, et dans Madame de ffautefort, p. 316.)

■ Même volume, fol. 150, et Madame de Haute fort, p. 311, lettre datée du 14 février 1636.

> Mêmes sources, fol. 223 et p* 315.

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