‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 71 sur 137 · GRANDS RÉSULTATS DU RÈGNE · texte numérisé non relu

GRANDS RÉSULTATS DU RÈGNE

1659, le traité des Pyrénées réduisit l'Espagne ; que si la France acquit par là l'Artois, la Flandre, l'Alsace, la Franche-Comté et le Roussillon, ces magnifiques résultats, obtenus par Mazarin, avaient été préparés par Richelieu?

Devant une œuvre aussi prodigieuse, comment s'étonner que Louis XIII ait chéri celui qui la lui a proposée et a si puissamment contribué à son accomplissement? Le jour même où Richelieu devint premier ministre, Sully, du fond de sa retraite, s'écria : « Le roi vient d'être comme inspiré de Dieu*. » Le grand serviteur d'Henri IV avait eu le pressentiment de ce que pourraient accomplir ces deux forces unies poiu* le bien commun de la nation. Il serait étrangement surpris s'il pouvait lire dans les historiens d'aujourd'hui que Louis XIII a supporté Richelieu comme un lourd fardeau et une chaîne embarrassante.

Ce pays, qui est celui où la vérité, quand elle éclate à tous les yeux, trouve pour triompher le plus de forces, est également celui où, la paresse des esprits étant complice, l'erreur demeure le plus longtemps. Aussi les abus y sont indéracinables et les révolutions irrésistibles. D'autre part, le peuple français ne se pique tant d'être sceptique que parce qu'il se sait le plus crédule de l'univers. C'est lui qui adopte le mieux les opinions toutes faites, et, con^me il est excessif en tout, dans ses engouements comme

* ŒeonomieB royales, collection Michaud et Poujoulat, 2* série, t» III, p. 357, col. 1. Chapitre daté de 1625.

IIH INJUSTICE DE LA PQSTÉBITÉ

dans ses répulsions, il a d'autant plus rabaissé Louis XIII qu'il admirait davantage Richelieu. Tandis qu'on a donné à celui-ci tout le mérite des grandes choses accomplies de 1 624 à i 642 , on a fait de Louis XIII une espèce de roi fainéant engourdi dans sa mollesse, incapable de gouverner parce qu'il a eu un ministre de génie, incapable d'aimer parce qu'il n'a pas eu de maîtresses. Comme Richelieu n'a rien négligé pour sa gloire et que ses Mémoires, dictés par lui à ses secrétaires, et ses innombrables papiers d'État ont témoigné pour lui devant la postérité, celle-ci n a rien ignoré de ses actes. Louis XIII, moins soucieux de sa renommée et plus enclin à s'effacer, a surtout agi dans le conseil. Son action est presque insensible après deux siècles écoulés; elle échappe à l'examen superficiel. Seul, Richelieu, revenant à la vie, pourrait lui rendre une justice complète. Il montrerait Louis XIII sacrifiant tour à tour sa mère, son frère, la reine, madame de Hautefort, mademoiselle de la Fayette, Cinq-Mars, non pas à lui le cardinal, mais au bien de l'État. Il montrerait le roi n'hésitant pas, parce que le succès de l'œuvre commune y est intéressé, à laisser aller Marie de Médicis en exil, dans un couvent la femme qu*il aime, à envoyer sur l'échafaud le favori qu'il a distingué. Il le montrerait enfin plein de sollicitude pour la précieuse vie de son ministre, accourant à Rueil chaque fois qu'elle est en danger, lui octroyant des gardes, lui reconunandant la prudence, lui désignant ses ennemis et lui donnant à son lit de

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mort les marques de la plus sincère, de la plus vive douleur.

Richelieu disparu, le roi tient toutes les promesses qu'il lui a faites ; il poursuit par lui-même la politique du cardinal S et, de même qu'en 1630, moribond à Lyon, il avait conseillé à Gaston, son héritier présomptif, de prendre Richelieu comme premier ministre, de même, près de mourir à Paris, il imposera à Anne d'Autriche Mazarin, le continuateur désigné par Richelieu. Cette union a donc été indissoluble; elle a produit ses effets au-delà même du tombeau. C'est qu'elle était fondée sur une inclination mutuelle autant que sur la raison. Richelieu aimait Louis XIII par gratitude et il en était aimé parce qu'il immolait sa santé et sa vie au bien de l'État. Ils se sont livrés l'un et l'autre sans réserves. L'œuvre à accomplir valait bien cette abnégation. Us ont choisi et atteint le but de concert. Voilà pourquoi, ayant été unis dans l'entreprise, nous avons tenu à ne pas les séparer après le succès, et, sans amoindrir le grand ministre, à remettre à sa véritable place son royal, son indispensable auxiliaire, son constant, son fidèle ami.

1 Voir une lettre écrite par Louis XIII, deux jours après la mort de Richelieu, le 6 décembre 1643, au marquis de Fontenay-Mareuil, son ambassadeur à Rome. Nous publierons plus loin cette lettre importante.

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