SECONDE PARTIE
Lettres inédites de Louis xni à nichelieu.
1622. — Intrigues de cour après la mort de Luynes. — Nouvelle campagne contre les protestants. — Ils sont battus dans Die de Rié. — Voyage de Louis XIII en Guyenne. — Maladie de Marie de Médicis.
1626. — Lutte de Marie de Médicis et du prince de Condé. — Le roi suit les conseils de celui-ci. — Siège de Montpellier. — Départ du prince de Condé. Son retour à la cour. — Désaccord de la famille royale. — Arrestation du maréchal d'Ornano. — Richelieu offre sa démission. — Le roi la refuse.
— Arrestation des princes de Vendôme.
1627. — Les Anglais débarquent dans Tlle de Ré. — Arrivée de Louis XIII et de Richelieu au camp de la Rochelle. — Situation critique des Français dans nie de Ré. — Les Anglais sont repoussés et forcés de se rembarquer.
— Participation de Louis XIII à tous ces événements.
1629. — Sévérité de Louis XIII pour les princes de Vendôme. — Mort du grand prieur. — Guerre de la succession de Mantoue. — Louis XIII part pour Vltalie. — Traité de Suse. — Évacuation du Montferrat par les Espagnols. — Louis XIII donne au cardinal les abbayes possédées par le grand prieur. — Refus de Richelieu.
1630. — Les négociations et la guerre continuent en Italie. — Invasion du Mantouan par les Espagnols et les Impériaux. — Richelieu prlacipal ministre. — Il part pour ITtalie. — Nouvelles négociations. — Prise de Pignerol par les Français. — Richelieu envahit la Savoie. — Louis XIII à l'armée dltalie. — Louis XIII et Mazarin. — Nouvelles intrigues de cour. — Le roi malade à Lyon. — Richelieu quitte la Savoie pour rejoindre le roi. — Louis XIII presse son arrivée.
1631. — La chambre de TArsenal. — Troubles de Provence. — Le duc de Guise s'expatrie. — Le maréchal de Vitry, gouverneur de Provence. — Chàteauneuf. — Sa condamnation.
1632. — Révolte de Monsieur et du duc de Montmorency. — Déclaration contre le duc d'Orléans. — Louis XIII part pour le Languedoc. — Bataille de Castelnaudary. — Retour de Louis XIII à Paris. — Maladie de Richelieu à Bordeaux. — Mort de Gustave-Adolphe. — Richelieu revient à Paris.
— Son entrevue avec Louis XIII.
1633. — Madame de Chevreuse. — Ses intrigaes incessantes. — Elle est exilée. — Nouvelle phase de la politique française. — Richelieu prend en main la direction de la guerre de Trente ans. — Ses alliés en Allemagne. — Négociations avec la Hollande. — Marie de Médicis tente de se rapprocher de Inouïs XIII. — Indifférence de celui-ci. ~ Sollicitude de Louis XlII pour Richelieu. — Le roi envahit la Lorraine. — Son entrée à Nancy. — Maladie de Richelieu à Saint-Dixier. — Craintes que cette maladie inspire au roi. — Louis XIII exprime chaleureusement son affection pour Richelieu.
1634. — Sollicitude constante du roi à Tégard ducardinaL— Formation d'une nouveUe cavalerie. — Initiative de Louis XIII. — Le duc d'Orléans quitte la France. -> Colère du roi. -> Conditions qu'il met au retour de Monsieur.
— Qaston signe un traité avec les Espagnols. — Indignation de Louis XIII. —Faiblesse de Monsieur. — Il traite avec le roi, s'échappe de Bruxelles et rentre en France. — Louis XIII journaliste. — Négociations avec la Hollande. — Traité du 8 février 1635. — Mauvaise foi des Espagnols. — Fêtes de cour. r~ Prise de Heidelberg par les Français.
1635. — La France déclare la guerre à TEspagne. — Bataille d'Avein. — Insuccès de la campagne de Flandre. — Nouvelle maladie de Richelieu. — Saint-Simon est exilé de la cour. — Combat de Vanloo. — Exil du marquis de Hautefort et du prince de MarsiUac. — Préparatifs de guerre. — Mouvement d'humeur de Louis XIII. — Il s'excuse auprès de Richelieu. — Incurie de l'administration militaire. — Louis XIII part pour la Lorraine.
— Prise de Saint-Mihiel. — Absence de discipline dans l'armée française.
— Intrigues contre Richelieu. — Retour de Louis XIII à Saint-Oermain. ' — François de Barradat revient à la cour. — Les Espagnols s*empareat
des lies de Lérins. — Travaux d'organisation militaire de Louis XtlI. — Projets d'impôts nouveaux. — Opposition du parlement. — Louis XIU surmonte toutes les résistances.
1636#— Le duc de Parme à Paris. — Invasion de la Picardie par les Espagnols. — Ils prennent Corbie. ~ Terreur des Parisiens. — Fermeté de Louis Xni et de Richelieu. ~ Reprise de Corbie. — Journal du siège rédigé par Louis XIII. — Les Impériaux envahissent la Bourgogne. — Ils sont repoussés. ~ Fuite de Monsieur et du comte de Soissons. — Louis XIII négocie avec son frère. ~ Monsieur se soumet. — Traité avec le comte de Soissons.
1637. ~ Reprise des lies de Lérins sur les Espagnols. — DisgrAce do maréchal de Vltry.
1638. — Prise de Verceil par les Espagnols. — Préparatifs faits par le prince de Condé pour entrer en Espagne. -> Succès du dUc de Weihiar en Alsace.
1640. -- Détention du prlnde palatin. — Arrestation du grince Casimir. — Le roi de Pologne réclame la misé en liberté dto son frère. — Celui-ci sort de Vincennes. — Ambassade enVoyée l^n Pologne. — Caractère du jeune
Dauphin. — Préparatifs pour la campagne suivante. — Querelles du roi avec Cinq-Mars.
1641. — Situation du duc de Lorraine. — Il traite avec la France. ^ Mauvaise foi de ce prince. — L* armée française envahit de nouveau la Lorraine et chasse le duc de ses États. — Campagne de Catalogne. — Procès du duc de Vendôme. — Sa fuite en Angleterre. — Assemblée de Mantes. — Les députés du clei^é adoptent les nouveaux impôts.
1642. — Louis XIII en Roussillon. — Maladie du roi et du cardinal. — Bataille de Honnecourt. — Afifaire de Cinq-Mars. — Derniers projets de campagne formés par Lous XIII et Richelieu. — - Dernière lettre connue de Louis XIII au cardinal.
A motmeny l'évesque de Lusson,
Aspremont, (16) avril (1622) *.
Monsieur l'évesque de Lusson, j'estime que les soings que vous avez de me faire savoir la disposition de la reyne ma mère, ce sont nouvelles que je ne puis apprendre (sans) grand desplaisir, qui seroit plus grand, n'estoit que vous m'asseurez quils ne peult arriver aucun accident fascheux, ce qui me sera à consolation, attendant que j'en scache la guérison entière. Je souhaite que ce soit au retour du marquis de T, que j'envoie pour la visiter de ma part, et luy dire des nouvelles qui la réjouiront, comme aussy tous ceux qui ayment la prospérité de mes affaires, dont vous tenant du nombre, je seray bien ayse que vous en sçachiez le subject, ainsy que j ay dict audict marquis de T, auquel me remettant, je prie Dieu qu'il vous tienne en sa garde. (Bibliothèque Nationale. Fonds français, t. 3722, fol. 21, n» 49.) — {Copie!)
Après la mort du connétable de Luynes, ses pro-
1. Ce document, qui n^est pas daté dans la copie que nous avons trouvée à Ut Bibliothèque nationale, ne porte, comme nous Tavons indiqué, que la mention : Asru^mont, ce avril. UUe lettre de Richelieu à M. de Puysieux, conseiller d*£tat en 1022, datée du 14 avril {Papiers de Richelieu, t. I. p. 709), «§t une indication du journal d'Héroard nous font placer la lettre que noUs donnons ici à la date du 16 avril 1622. En effet, Richelieu apprend à M. de Puysieui le 14 avril que Tindisposition dé la reine-mèré l'empêche d'accompagner le roi. Comme elle le désirerait, et Héroard nous rapporte qu*après la Bataille qu il livra aux protestants, le 16 avril, Louis XÎÎI alla le soir coucher k Asprehiont» Cette petite ville du département de la Vendée formait à cette époque un marquisat possédé par une branche de la famille de Rochechouartt C*est de la que Louis XIII, en même temps qu'il écrivait à Richelieu, envoyait à sa mère un gentilhomme chargé de lui apprendre les événements heureux de la journée^
jets semblaient abandonnés. Marie de Médicis, qui voulait profiter de cet événement pour tenter de reprendre son autorité sur son fils, essayait do le détourner de recommencer la guerre contre les huguenots, espérant de le dominer plus facilement à Paris que dans les camps. Mais Luynes avait entouré Louis de ses créatures; Condé, Schomberg, le cardinal de Retz et surtout Bassompierre, désiraient, de leur côté, ramener le roi sur les champs de bataille, bien moins par zèle pour la religion que pour tenir Louis XIII éloigné de Paris et de sa mère, craignant que, s'il restait là, ils ne perdissent de leur autorité; les catholiques du Midi suppliaient le roi de continuer les hostilités, et le clergé lui offrait un million pour qu'il entreprît le siège de la Rochelle. Cette question fut enfin résolue en faveur de la guerre, au printemps de 1622. Le roi quitta sa capitale, le 20 mars, pour se rendre en Languedoc par Orléans, le Berry et Lyon ; mais, arrivé à Orléans, il changea d'itinéraire, en apprenant l'entreprise de M. de Soubise dans le bas Poitou, et se dirigea sur Nantes, en passant par Blois, Tours et Ancenis. Arrivé à Nantes, il en partit le 12 avril pour aller attaquer les révoltés, qui s'étaient cantonnés dans l'île de Rié, îlot entouré par l'Océan et deux petites rivières. La bataille eut lieu le 16. Louis, levé dès minuit, prit toutes ses dispositions pour le combat. Le prince de Condé, le comte de Soissons et le duc de Vendôme commandaient chacun un corps d'armée. Les protestants se défendirent à peine. Le roi qui traversa, à la pointe du jour, avec ses gardes, un gué fort large, qui sépare l'île de Rié de celle de Périé, ayant de Teau jusqu'à la ceinture, no trouva
aucun ennemi sur l'autre bord pour lui disputer le passage. Dès qu'il fut en présence des révoltés, ils abandonnèrent le terrain et s'enfuirent en désordre. Cette facile victoire ne coûta aucun homme à l'armée royale et fort peu de blessés. Les protestants, au contraire, y perdirent, selon Héroard, plus de trois mille hommes, leurs canons, leurs drapeaux et tous leurs bagages. Cette affaire fut décisive, et Louis XIII put reprendre sans danger le cours de son voyage en Languedoc, en passant par la Guyenne.
A monsieur Févesque de Lusson.
(Fin d'ayril 1622.)
Monsieur Tévesque de Lusson, m'aiant asseuré par vos lettres que la reyne ma mère estoit en bonne disposition, j'ayois receu une très-grande joie du recouvrement de sa santé, qui m'a esté de peu de durée, aprenant par vos secondes le changement survenu. Je vous prie d'accompagner mon affection de vos soings près d'elle pour luy faire rendre tous le secours qu'il sera possible, vous asseurant que ne sçauriez me rendre service plus agréable.' J'ay bien du regret de n'avoir à présent près de moi que mon premier médecm, ne me pouvant quitter. Je lu^ envoie celuy de A et me promets que vous ne manquerez poinct de renare tous les devoirs que vous jugerez nécessaires ; partant je prie Dieu qu'il vous tienne en sa saincte garde. (Idem^ fol. 22, n» 40.) — (Copie.)
Nous datons cette lettre de la fin d'avril, car nous supposons que la mention que nous avons trouvée indiquée au bas de ce document a été exactement reproduite par le copiste. Richelieu, dans ses Mémoires, après avoir raconté la défaite de Soubise, ajoute : « La reine, après avoir fait rendre grâces à Dieu de ce bon succès, ne perdit pas de temps pour faire connaître ce qui en pouvait arriver, et, pour
prévenir semblables inconvénients à Tavenir, elle voulut en diligence joindre le roi pour ne plus l'abandonner , mais elle tomba malade à Nantes. Son mal fut si long et si fâcheux qu'il lui fut impossible, à son grand regret, de penser à autre voyage qu'à celui de Fougues, que le genre de son indisposition requérait par Tavis dos médecins S » Nous avons vu dans la lettre précédente Louis XIII remercier Richelieu de ravoir instruit de la maladie de sa mère, et donner en même temps à celle-ci des nouvelles du combat qu'il venait de livrer aux protestants. Il est donc évident que Marie de Médicis était malade avant ce combat, et que Richelieu, ayant probablement oublié cette première indisposition, n'a voulu parler dans ses Mémoires que d'une rechute plus grave qui retint la reine-mère à Pougues-les-Eaux jusqu'au mois d'août. Il est impossible que les choses se soient passées autrement, puisque Héroard nous apprend que Louis XIII ne resta pas à Aspremont. Si cela est, Richelieu n'aurait gardé aucun souvenir de la lettre qu'il écrivit le 44 avril à M. de Puysieux*, et de celle qu'il dut écrire au roi pour lui apprendre la rechute de sa mère, et à laquelle Louis XIII répond ici, ou peut-être a-t-il voulu éviter de surcharger ses Mémoires d'un fait aussi insignifiant.
Au cardinal de Richelieu.
Paris, l6 30 mai lOM.
Mon cousin, aiant escript il y a trois ou quatre jours 4 mon cousin le prince de Condé, sur ce qu'il m'a fait dire avoir un
« Mémoire» de RieheUeu, Uv. XHI, coUection Michaod, ?• série, i. Vtl, p. 264, col. I.
• PapifTÊ de Biehelieu, 1. 1, p. 700.
Dt: LOUIS XIII A RICHELIEU. 131
désir très-grand de vous voir, que j'aurois fort agréable vostre entrevue, je vous faicts la présente pour vous disposer à le recevoir et affin que vous aiez plus de liberté de causer avec luy ; ie vous commande d'ouïr et entendre tout ce qu'il voudra dire nors et excepté pour ce qui concerne son retour du Gué, s*il vous parle vous lui direz n'avoir aucune liberté de luy respondre sur ce subiect, que tous discours en seroient inutiles puisque l'ordre qu il peut recevoir pour ce regard despend de moy seul et de Testât de mes affaires. Il sçayt la croïance que j'ay en vous, me servant comme vous faictes. Je la tesmoigne avec satisfaction et prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa garde et vous donne une parfaicte sancté. {Idem, fol. 20, n^ 36.) — (Copie.)
Henri de Bourbon, prince de Condé, qui se souvenait que Marie de Médicis l'avait fait enfermer à la Bastille, s'efforça, à la mort de Luynes dont il était devenu l'allié politique, d'enlever à la reinemère la suprématie dans le conseil. CeUe-ci, assistée de Richelieu, désirait que la guerre contre les huguenots ne- fût pas continuée; Condé, au contraire, voulait que l'on achevât ce que Luynes avait commencé. Le conseil fut de cet avis et une seconde campagne eut lieu. Le roi, partout vainqueur, vint enfin mettre le siège devant Montpellier, où, dès qu'il vit les calvinistes réduits à la dernière extrémité, il résolut de signer une paix qu'il pouvait faire en toute sûreté. Condé seul s'y opposa ; il désirait que l'on achevât de ruiner le parti protestant et espérait s'en faire honneur. Il ne voulut pas prendre part au traité et partit en pèlerinage. Dès ce moment il fut compté parmi les mécontents et resta en disgrâce. En 1626, las enfin d'être éloigné de la cour et voyant que le pouvoir de Richelieu s'affermissait chaque jour davantage, il chercha à rentrer en grâce, comme l'indique la lettre que nous donnons ici. Le cardinal essaye dans ses Mémoires de se donner le
mérite d'avoir ramené le prince de Coudé dans le parti du roi. « Entre plusieurs avis que le cardinal donna au roi pour anéantir cette épouvantable faction, dit-il à propos de la conspiration de Chalais, un des principaux fut qu'il fallait diviser ceux qui étaient liés' ensemble... en les mettant tous en soupçon les uns des autres... il conseilla au roi de lui permettre une entrevue avec mondit sieur le Prince, qui la demandait... Sa Majesté Teut agréable... M. le prince vint à Limours*. »
La vérité ici est un peu travestie. En réalité, Gondé, ambitieux et avide de richesses, désirait ménager sa rentrée au conseil, et profitait de Tarrestation du maréchal d'Ornano, gouverneur de Monsieur; mis à la Bastille le 4 mai précédent, et qu'il n'aimait pas, pour négocier son propre retour à la cour. En venant ainsi trouver Richelieu, le prince se mit en quelque sorte à sa dévotion, et celui-ci lui dicta ses actes et même ses paroles, ainsi qu'il résulte d'une pièce publiée par M. Avenel. D'après ce document, Condé s'engage « à dire partout qu'il est asseuré de la bonne volonté du roy et de la reyne sa mère... qu'il n'a point parlé de son retour, qu'il le remet à la volonté du roy, lequel sçaura bien l'employer aux occasions selon qu'il luy plaira, cognoissant mieux ce qu'il luy fault que luy mesme... Il dira encore que le cardinal l'a asseuré de son amitié, ayant eu commandement du roy de ce faire, selon qu'il luy a dict ingénuement'... » Il subit tout cela en silence, et dès ce moment, comprenant que sa fortune était entièrement entre les mains du cardinal, il lui ap-
< Mémoire» de lUrhelieu, t. VII, p. 3H3, col. I. • Papier» d« Hichelieu, t. VII, p. 582.
porta son concours et s'abandonna de plus en plus à lui, à ce point que, s'il faut en croire mademoiselle de Montpensier, Richelieu fut obligé de défendre contre lui-même sa dignité de prince du sang. Elle raconte en effet que, plus tard, lorsqu'il demanda à Richelieu la main de sa nièce, mademoiselle de Rrézé, pour le duc d'Enghien, il lui offrit en même temps de marier mademoiselle de Rourbon au jeune marquis de Rrézé. A cette demande le cardinal répondit « qu'il voulait bien donner des demoiselles à des princes, et non pas des gentilshommes à des princesses ^ » Ce triste prince n'eut d'ailleurs, comme l'a fait remarquer Voltaire, qu'une gloire : celle d'être le père du grand Condé '•
la rot au cardinal de Richelieu.
Blois, le 9 juin 1626.
Mon cousin, j*ai vu toutes les raisons oui vous font désirer votre repos, que je désire avec votre santé plus que vous, pourvu que vous la trouviez dans le soin et la conduite principale de mes affaires. Tout, grâce à Dieu, y a bien succéclé depuis que vous y êtes; j*ai toute confiance en vous, et il est vrai que je n*ai jamais trouvé personne qui me servît à mon gré comme vous. C'est ce qui me fait désirer et vous prier de ne point vous retirer, car mes affaires iroient mal. Je veux bien vous soulager ea tout ce qui se pourra, et vous décharger de toutes visites, et je vous permets aaller prendre du relâche de fois à autre, vous aimant autant absent que présent. Je sais bien que vous ne laissez pas de songer â mes anaires. Je vous prie die n'appréhender point les calomnies, l'on ne s'en sçauroit garantir â ma cour. Je connois bien les esprits, et je vous ai toujours averti de ceux qui vous portoient envie, et je ne connoîtrai jamais qu'aucun ait quelque pensée contre vous que je ne vous le die. Je vois bien que vous méprisez tout pour mon service.
« Mémobrea de mademcMelle de Montpensier, collection Michaud, 3* série, t. IV, p. 14, col. 1.
* Siècle de Louis XIV. Liste des princes de la maison de France.
Monsieur et beaucoup de grands vous en veulent à mon occasion; mais assurez-vous que ie vous protégerai contre qui que ce soit, et que je ne vous aoandonnerai jamais. La reine ma mère vous en promet autant. Il y a longtemps que je vous ai dit qu'il falloit fortifier mon conseil; c'est vous qui avez toujours reculé de peur des changements, mais il n'est plus temps de s'amuser à tout ce qu'on en dira; c'est assez que c'est moi qui le veut. Au reste si ceux que j'y mettrai n'ont habitude avec vous, ils ne suivront pas xo» avis, principalement vous étant quelquefois absent, à cause de vos indispositions.
Ne vous amusez poinct à tout ce qu'on en dira; je dissiperai toutes les calomnies que l'on sçauroit' dire contre vous, faisant connoitre que c'est moi qui veux que ceux qui sont dans mon conseil ayent habitude avec tous. Asseurez-vous que je ne changerai jamais et que quiconque vous attaquera, vous m'aurez pour second. {Imprimé. — Histoire de Louis XIII par ie P. Griffet, 1. 1, p. 500.)
Tous les (grands n'étaient pas de la trempe du prince de Gondé, tous n'étaient pas décidés à plier sous le joug impérieux de Richelieu sans essayer de lutter contre cette nouvelle puissance. Mais, pour s'élever contre le premier ministre, il leur fallait une occasion et un chef. Ils crurent avoir trouvé l'un ot l'autre en 1626, lorsque Louis XIII, se voyant sans enfants, voulut en même temps assurer l'avenir do la monarchie et se conformer au vœu de Henri I V en mariant son frère Gaston, alors duc d'Anjou, qui venait d'atteindre sa dix-septième année, avec mademoiselle de Montpensier, la plus riche héritière du royaume. L'entourage du jeune prince saisit ce prétexte pour l'éloigner du roi et de sa mère, en le dissuadant d'accomplir leur désir et en lui faisant entendre qu'il serait plus puissant s'il épousait une princesse étrangère. Les mécontents profitèrent dr ces désaccords do la famille royale. Ils tentèrent d*agiter plusieurs provinces. Mais Richelieu veillait ; il lit arrêter le maréchal d'Ornano, gouverneur du duc
d'Anjou, et envoya en même temps que lui, à la Bastille, ses deux frères et plusieurs de ceux qu'on savait lui être dévoués. Le duc de Vendôme, frère naturel du roi, effrayé de ce premier coup de force, essaya de se fortifier dans son gouvernement de Bretag^ne ; mais, dès qu'il vit Louis XIII se mettre en route pour prévenir sa révolte, il résolut d'aller, accompagné de son frère, le grand prieur, au-devant du roi pour faire sa soumission. C'est à cette époque que se rattache la lettre que nous donnons ici; le cardinal, voyant qu'il fallait s'attaquer aux propres frères du roi, craignit peut-être une défaillance de la part de celui-ci ; ce sentiment ne nous étonnerait pas ; nous verrons Richelieu le ressentir plus d'une fois encore. Cette fois, il écrivit deux lettres au roi pour lui demander la permission de se retirer. Mais la réponse du roi dut le rassurer en partie; ses actes, comme nous allons le voir, le rassurèrent complètement, et il n'hésita plus dès lors à frapper tous les complices de ce premier complot.
Au cardinal de Richelieu.
Blois, le 13 juin 1626.
• Mon cousin, aiant trouvé bon de faire arrester mes frères naturels, les duc de Vendosme et grand Prieur, pour bonnes et grandes considérations importantes à mon estât et repos de mes subjects, j'ay bien voulu vous en donner advis et vous prier de vous rendre près de moy le plus tost que votre santé le pourra permettre. Je vous attends en ce lieu et prie Dieu vous avoir toujours, mon cousin, en sa saincte protection. (Bibl, nation., t. 3722, fol. 22, n* 42.) — (Copie.)
Les ennemis de Richelieu ont affirmé qu'il avait préparé l'arrestation du duc de Vendôme et de son
frère. Cette lettradégage complètement sa responsabilité d*un fait dans lequel on s'était plu à voir de la duplicité. Dans ses Mémoires, il ne nous montre pas d'ailleurs avoir su que les deux princes seraient arrêtés à leur arrivée à Blois. Lui-même était loin du roi, et en ce moment il prenait les eaux à Limours. Louis XIII, dans cette affaire, agit donc seul et sans la participation de son ministre. Si cette lettre ne suffisait pas pour l'établir, nous en trouverions une nouvelle preuve dans une autre adressée au roi par Richelieu, le 13 juin 1636, dans laquelle il lui dit : « Yostre Majesté est si prudente et si sage qu'elle ne sauroit faillir en ses conseils. Je suis extrêmement fâché que MM. de Vendôme et le grand prieur luy ayent donné suject de les réduire au poinct qu'ils sont; mais Yostre Majesté doit tant à son Estât qu'elle ne peut être que louée des résolutions qu'elle prend pour empescher l'effet des mauvaises volontés que l'on auroit au préjudice de son repos. Je me rendray demain à deux lieues de Yostre Majesté pour estre Lundy auprès d'elle, pour obéir à ses commandements'... » Cette lettre, comme on le voit, est une réponse à celle du roi. Toutes deux démontrent que Louis XIII eut seul l'initiative des arrestations et qu'il voulut donner à son ministre, par un acte personnel, une preuve do la protection dont il le couvrait; elles indiquent de plus que Richelieu s'est trompé dans ses Mémoires, en affirmant que les princes furent « arrêtés le 12 et que le cardinal... arriva le jour même de leur prise'. » Nous trouvons un second témoignage de l'erreur dans laquelle Ri-
I pâmer» de JliehêlUu, t II, p. 214.
t M*fmoir§» de niektiieu, Ur. XVII, t; VII, p. 387, col. 1.
DE LOUIS Xill A RICHELIEU. 137
chelieu est tombé en rédigeant ses Mémoires, dans le Journal d'Héroard, qui raconte, à la date du 4 3 juin, que le roi commanda à trois heures du matin à M. du Hallier, capitaine des gardes, et au marquis de Mouy, capitaine des grandes gardes, d'aller de sa part arrêter ses deux frères. Le médecin de Louis XIII ajoute qu'on les mena le même jour par eau à Amboise*. L'heure matinale de l'arrestation a pu tromper beaucoup de contemporains sur le jour exact de ce coup de force.
A mon cousin le cardinal de Richelieu ■.
8 novembre 1627.
Mon cousin, étant arrivé au Plomb', des matelots me sont venus dire qu'ils voioient vingt barques au port de Notre-Dame, près Sainte-Marie ^, nous sommes allés au Moulin de là où nous avons veu ce que les matelots nous avoient dict et encore davantage, nous croions que c'est Monsieur de Schomberg parce qu'il n'y avoit aucune barque hier au soir; je fais embarquer tout le reste pour passer cette nuict. En finissant cette lettre nous voions une grande fumée à Saint-Martin, nous ne savons si c'est au bourg ou dans le port.
Du bord de la mer du Plomb, ce huict novembre 1627 à midy. Louis. {Arch, des aff, étrang. — France, t. V, fol. 4.) — {Original.)
1 Journal d'Héroard, juin 1626.
t Cette lettre est écrite au verso de la note inédite suivante, envoyée le 7 novembre par Richelieu à Louis XIII :
« Cahusac est revenu aujourd'huy du Plomb, qui dit quil y a peu de barques prêtes, peu de matelots et peu de vivres. Partant, il est besoing^ que 8a Majesté envoie, demain matin, s'il luy plaict, un homme du Plomb pour faire toutes les diligences nécessaires, pour faire charger les vivres et les faire passer promptement. J'ai envoie deux fois à Marans et deux fois à donne pour raire passer ce secours. »
M J''ai des nouvelles assurées de Bordeaux que les vaisseaux de Maçonne seront prêts à partir le 15 décembre ; Votre Majesté donnera, s'il luy plaict, l'ordre qu'elle jugera nécessaire pour les faire venir, sur quoy je recevray rhonneur de ses commandements. »
u Le secrétaire de M. de Schomberg m'a dit que son maître luy avoit mandé qu'il se mettoit ce matin à la mer pour se laisser porter à la marée en Ré. »
s I^ Plomb est un petit port à six kilomètres au nord de La Rochelle.
* Dans nie de Ré, entre la citadelle de Saint-Martin et le fort de la Prée.
Le 22 juillet 1627, une armée anglaise, forte de dix mille hommes, débarquait dans Tlle de Ré, et l'occupait entièrement, sauf la citadelle de Saint- Martin et le fort de la Prée, dans lesquels Toiras, gouverneur d'Aunis, s'était jeté avec le reste de ses troupes, après avoir essayé, dans un combat malheureux, d'empêcher le débarquement. Rien n'était prêt pour repousser les étrangers ; l'armée royale, assez nombreuse pour s'opposer à une descente, sur le continent, n'était pas assez forte, et de plus manquait des vaisseaux nécessaires pour prendire l'offensive. Ses chefs d'ailleurs, les ducs d'Orléans et d'Angoulême, avaient besoin, pour agir, d'être dirigés eux-mêmes. Richelieu était à Paris, le roi* était malade. Les Rochelois, qui craignaient de trouver dans les Anglais de nouveaux maîtres, hésitèrent quelque temps à s'unir à eux. Gela permit au cardinal de réunir des troupes, de les organiser, de trouver de l'argent, d'acheter des armes, des vaisseaux, et do les envoyer sur les lieux. Son infatigable énergie suffit à tout, et lorsque le roi et lui quittèrent Paris, le 24 septembre, pour aller se mettre à la tête de Tarmée, il avait la certitude que ses efforts seraient couronnés de succès, et que les Anglais seraient obligés d'abandonner les idées de conquête qui les avaient guidés dans leur expédition.
Louis XIII et son ministre, arrivés au camp, devant la Rochelle, le 12 octobre, se préparèrent au.\ opérations qui devaient amener le départ des envahisseurs. On ne peut qu'admirer le génie que déploya Richelieu à cette époque : il voyait tout, il surveillait tout, il préparait tout. En même' temps qu'il réunissait dans les ports de la vMe des barques des-
finées à conduire des troupes en Ré, qu'il envoyait dans plusieurs- directions des soldats qui devaient s'embarquer, qu'il s'occupait de tcfus les détails d'armement et d'équipement, qu'il renseignait même les généraux sur les conditions favorables des vents et des marées qui devaient leur permettre de sortir des ports pour aller attaquer les Anglais, il réunissait une flotte assez puissante pour empêcher de la part de ceux-ci un retour offensif, et préparait déjà les éléments de la digue destinée à fermer le port de la Rochelle, et qui pourtant ne pouvait être établie que lorsque Ton n'aurait plus à compter avec la présence de l'étranger.
Cependant il était urgent d'agir. Toiras avait mandé, le 25 octobre, qu'il n'avait plus de vivres que jusqu'au 13 novembre. Aussi, dans ces derniers jours, le cardinal multiplie les ordres pour réunir les vivres qui devaient être transportés à Saint-Martin, à l'aide d'un coup de main, pour le cas où l'on no réussirait pas à dégager complètement l'île. Dès lo 2 novembre, toutes les troupes étaient embarquées ; mais les vents étaient contraires, et les barques furent contraintes de relâcher pendant trois jours à Marans et à Olonne. Le 6 novembre seulement, la Meilleraye put entrer à Saint-Martin avec trois cents hommes. Ce jour-là, les Anglais attaquèrent la citadelle, mais sans succès : ils perdirent six cents hommes dans ce combat. Le lendemain, Schomberg, qui avait le commandement du corps de débarquement, put enfin aborder dans l'île avec le reste de ses troupes. Le combat n'eut lieu que le 8. Au premier choc, les ennemis lâchèrent pied, et abandonnèrent l'île de Ré pour se retirer dans l'île de l'Oie, avec laquelle ils
avaient établi une chaussée de communication. Schomberg les suivit en les chargeant. Ce fut pour eux une véritable déroute, car ils s'embarquèrent à grand^peine, en laissant aux mains des Français trois canons et plusieurs prisonniers démarque. Le sol de Tîle était jonché de leurs corps. Seize cent soixantecinq hommes, diile Mercure français, furent comptés morts sur la place. Buckingham, qui commandait l'expédition, blessé lui-même, se hâta de rentrer en Angleterre avec les débris d'une armée dont il avait promis tant de merveilles aux Rochelois.'
Le roi eut une grande part dans la préparation de cet heureux résultat. « Il donnait, dit Richelieu, les journées aux soins de conduire son entreprise'jusqu'à la fin, et les nuits, il avait tant d'inquiétudes, que ses serviteurs demeuraient dans la peine que cela n'altérât sa santé. » Et plus loin, il ajoute : « Le passage des troupes du roi en Ré a été fait par sa résolution, conduit par son jugement, et exécuté par son bonheur. )> Apres ce premier succès, Richelieu put sans crainte commencer la digue qui devait lui permettre de tenter le siège de la Rochelle avec la certitude qu'il réussirait.dans cette entreprise V
Les princes de Vendôme, arrêtés en 1626 et enformés à Vincennes, y étaient encore en 4629, et Louis XIII ne semblait nullement disposé à mettre en liberté ses frères naturels. Dès 1627 il leur avait
1 Mêmoireê de Richelieu, liv. XVIU, t. VU. pp. 471, 472, 473; Mercure françttiê, t. XIII, n. 882 et suivantes ; t. XIV. ir« partie : Papier» de Hieheliem, publiés par II. Avanel, t. II, pantim^
DE LOUIS XIll A RICHELIEU. 141
accordé des lettres d'abolition, mais sous divers prétextes on en retardait Tentérinement. Cependant la santé du grand-prieur, sans doute plus délicate que celle du duc de Vendôme, s'était altérée pendant sa détention. Sa maladie prit un caractère si grave que, sur la demande que fit son frère au roi, celui-ci lui accorda, au commencement de 1628, la permission de se promener dans les jardins de la forteresse. Cela ne devait pas le sauver. Son mal s'aggrava de jour en jour, et, le 8 février 1 629, il mourut sans avoir pu fléchir l'inflexible sévérité de Louis XIII. A ce moment, celui-ci, tout fier encore du succès qu'il venait d'obtenir à la Rochelle*, était en route pour l'Italie, où il allait commencer une nouvelle campagne, à propos de la succession de M antoue. Le nouveau duc deMantoue, étant prince français, déplaisait en effet aux Espagnols, qui ne voulaient en aucune façon de l'influence française en Italie, et au duc de Savoie, qui, convoitant le Montferrat, ne voyait pas d'un bon œil que son voisin pût s'appuyer sur l'alliance de la France. Mais, d'autre part, le pape, le duc de Parme et le duc de Modène étaient fatigués de la domination des Espagnols en Italie, et désiraient qu'une intervention de Louis XIII pût les contenir.
Le roi partit de Paris le 18 janvier, et Richelieu le suivit à quelques jours d'intervalle, pour cette campagne qui devait être si rapide et se terminer d'une façon si glorieuse par le traité de Suze, conclu avec le duc de Savoie le H mars suivant, et l'évacuation du Montferrat, qu'abandonnèrent les Espagnols, effrayés de la promptitude des opérations de l'armée française. C'est en route que Louis XIII apprit la
1 On sait que La Rochelle fut prise le 29 octobre 1628.
mort du grand-prieur de France. Il était alors tout près de Grenoble, où il arriva le lendemain, 44 février. Aussitôt qu'il eut reçu la nouvelle de la mort de son frère naturel, il écrivit à Richelieu, qui se trouvait à Chiran, à quelques lieues de là, la lettre suivante :
Au cardinal dé Richelieu.
La Tour du Hn, le 13"« février 1629.
Mon cousin, ayant apris par une lettre de la Heyne, madame ma mère, que le granci prieur étoit mort, je vous ay voulu escrire ce mot pour vous aire que je vous donne les deux meilleures abbayes que possédoit ledict ^and prieur. Four aux deux aultres je les donne à mon cousin, le cardinal de BeruUe. Celle-cy nVstant a aultre fin, je prieroy le bon Dieu qu'il vous conserve et garde aussv longtemps que je le désire. — Louis. (Bibl. nation. — Fonds Dupuy, t. 94, fol. \ 5, — (Copie.) — Idem, Sorbonne, t. H 3o, loi. 234'. — (Copie.) — Imprimé. — Recueil d'Aubéry , t. I, p. 305.)
Le cardinal refusa, dans une lettre écrite le même jour, le présent que lui faisait le roi, sous prétexte « qu'ayant été dans les conseils lorsque les intérêts de l'État contraignirent le roi de faire arrêter le grand prieur, il lui semblait qu'il contreviendrait au ccpur qu'il a plu à Dieu de lui donner si il profitait de son malheur et prenait part à sa dépouille*. » Il proposa en même temps, s'il faut en croire ses Mé^ moires^ de donner ces deux abbayes que le roi lui offrait au cardinal de Bérulle. Pourtant nous devons remarquer que sa lettre de remercîment ne fait aucune mention de ce conseil, et que le roi avait spon-
' Papier» de Richelieu, t. III, p. 231.
tanément songé à donner les deux autres abbayes à ce cardinal.
A mon cousin le cardinal de Richelieu.
Mon cousin, je ne manqueroy de me rendre à Fontainebleau vendredy à midy *, auquel jour et heure, j'espère vous y trouver. Asseurez-vous toujours de mon affection, qui durera juLques au dernier soupir de ma vie *. — Louis. A MaJesherbe, ce 16 octobre 1629.
Monsegneur' c'est mis un chicot dans le pies, j'ay envoyé cherche mon maréchal pour le luy oster. — {Arch. des a/f. étrang, — France, t. V, fol. 5.) — {Original,)
Le roi au cardinal de Richelieu, après la prise de Pignerol *.
Mon cousin, la première que vous aurez de moi est que je me plains de vous, de ce que vous vous excusez de me donner conseil par vos lettres. Cependant, pour respondre à tous les articles de vos dépesches, je vous diroy que j'ay veu et examiné avec mon conseil tous les poincts des propositions qu'on vous a foictes sur le subject de la paix.
Sa Sainteté ne doibt poinct faire de difficulté, à mon advis, de s'obliger à estre contre cedx qui manqueront à un traicté, puisque c'est une action de Père commun et que tous les prmces
1 Le 16 octopre était un mardi, le rendez-vous donné était donc pour le vendredi 19.
* Richelieu était alors à Fontainebleau ; le rendez-vous était sans doute pour la réunion d'un conseil, dans lequel devaient être discutées les questions pendantes. Les secrétaires d'État se réunissaient tantôt où était le roi, tantôt à la résidence du cardinal, surtout lorsque celui-ci était indisposé.
' Ce nom désignait, sans doute, un des chevaux favoris du roi. On sait que Louis XIII, grand chasseur , aimait beaucoup ses chiens et ses chevaux et qu'il en prenait grand soin.
* Cette indication, que nous trouvons en tête de la lettre dans le Recueil d'Aubéry, nous semble une erreur ; les conditions de la paix changèrent complètement après la prise de la citadelle de Pignerol, qui eut lieu le 29 mars 1630, et les propositions au sujet desquelles le roi écrit au cardinal furent faites seulement, comme on va le voir, vers le milieu de février. Les négociations' entamées à ce propos prirent fin dans le^premiers jours de mars, époque à laquelle Richelieu informa Louis XIII de toute cette affaire, et lui demanda son avis. A ce moment, le roi était à Paris, et le cardinal se trouvait sur la frontière d'Italie ; aussi nous pensons pouvoir placer la réponse de Louis à la date du 10 mars 1630.
l>ii LETTRES INÉDITES
contre qui elle peult être en ce cas l'en prient. Cependant, si elle en faict et que les princes d'Italie entrent pour caution, on s'en peult contenter.
Quant au poinct de la garnison de Cazal, vous sçavez bien que mon intention n'est poinct d'y tenir longtemps des François, hors un cas de nécessité. Si monsieur de Mantoue en a besoin, mon dessein est bien de l'en secourir ; mais de promettre par un traicté au'il n'y en doive poinct avoir, cela ne se peult en façon du monae.
Quant à l'article du traicté de Monçon *, la foy qu'on doibt avoir au marquis Spinola fait que je me contenteroy qu'on mette dans le traicté général que les contraventions audict traicté seront touttes réparées, et que les Grisons demeureront dans tous leurs Etats et sur tous leurs subjects comme ils étoient auparavant l'année 46i7, sans que les Valtelins puissent prétendre aultre exception de leur juridiction, que celle de la justice civile et crimmelle accordée par le traicté, moyennant vingt-cinq mille écus tous les ans ; ce qu'ils doibvent paier, pourveu que le marquis Spinola promète particulièrement faire réparer de bonne foi les contraventions qu*on désire.
Pour ce qui est du déboisement des passages, il n'y peult y avoir de diflculté de la part des Impériaux, estant novateurs comme ils sont, puisoue pour moi je n en fais aucune d'exécuter le traicté de Suse. Il lault faire entrer les Suisses en union avec les Grisons pour leur conservation. Le sieur Bouthillier vous escrira plus au long me contentant de vous mander mon intention sur les points où il y a contestation. Cependant, je prie Dieu, mon cousin qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Escript à Paris le (<0»«) ]our de (mars) IttSO.
Imprimé, - Becueil d'Aubéry^ t. II, p. 848.)
La paix, après le traité de Suse, n'avait été réellement qu'une suspension d'armes. Les Espagnols et les impériaux n'avaient fait taire leurs prétentions que parce que leurs armées d'Italie n'étaient pas alors en mesure de soutenir la campagne. Les négociations pour une paix définitive avec eux continuèrent.
' Le traité de Mooçon avait été conclu avec les Espagnols, le 5 mars 16t6, pour mettre fin aux troubles de la Valteline. Ce traité conservait aux Valtelins le droit d'élire leurs magistrats sous la condition expresse de pay<»r aux Grisons une redevance annuelle de 25,000 écus ; les forteresses de cmu» contrée devaient être démolies, et de plus on s'était engagé à n'^r tolén*r que IVxercice de la religion catholique.
DE LOUIS XIll A RICUELIËU. ii5
Pendant ce temps, ils levaient des troupes, les organisaient, poussaient le duc de Savoie à violer le traité que les succès si rapides des Français lui avaient imposé, et s'apprêtaient à reprendre l'offensive. Mais Richelieu aussi continuait à se préparer à une nouvelle campagne, car il savait, dit-il, « que les Espagnols ne faisaient rien que par la force, et que leurs négociations étaient frauduleuses ^ )>
Au mois d'octobre 1629, Colalte, général de l'empereur, envahit le Mantouan avec 30,000 hommes, tandis que le marquis Spinola en faisait autant avec 18,000 Espagnols. Richelieu, dès lors, se résolut à reprendre les hostilités. Louis XIII voulut encore aller commander son armée en personne ; mais le cardinal lui représenta que, la peste sévissant dans les contrées qu'il fallait traverser pour aller en Italie, on ne pouvait lui conseiller de quitter Paris, et que d'ailleurs les intrigues de Monsieur et de ses partisans devaient l'engager à rester près de sa capitale pour les surveiller et déjouer leurs projets. Louis se rendit à ces avis, et le 24 décembre il nomma son ministre lieutenant général représentant la personne du roi, ayant le droit de recevoir et d'écouter les ambassadeurs et les députés des villes, et de traiter avec eux comme si le roi eût été présent. Il avait de plus sous ses ordres les maréchaux Schomberg, la Force etCréqui. Ce fut à cette occasion que, pour indiquer l'autorité qu'il avait sur eux, il prit le titre de gêné-ralissime.
Parti de Paris le 29 décembre, le cardinal arriva à Grenoble le 1" février. Voyant la lutte imminente, le pape, qui désirait la paix, s'entremit alors pourl'ob-
Mémoires de Richelieu^ liv. XXI, t. VIII, p. 140, col. 1.
i46 LETTRES INÉDITES
tenir. Il envoya le cardinal Barberini dans le Piémont en qualité de légat pour entamer les négociations. Celui-ci dépêcha le nonce Pénsirole à Embrun, où à ce moment se trouvait Richelieu. L'entrevue eut lieu le 19 février, et, les propositions du nonce étant inacceptables, le cardinal lui donna lo texte des conditions auxquelles il consentait à traiter. Ce document commence ainsi : « Sa Sainteté, commo père commun des chrétiens, ayant fait des instances très-pressantes, tant à l'empereur qu'aux deux couronnes, de terminer à lamiable les différends mus et arrivés en Italie pour raison de la succession des duchés de Mantoue et Montferrat, Sa Majesté Impériale et lesdites deux couronnes, pour témoigner le respect qu'elles doivent à Sa Sainteté, et le désir qu'elles ont du repos de l'Italie, ont convenu et arrêté entre elles ce qui s'ensuit. » Suivent divers articles concernant les prétentions du roi d'Espagne, de l'empereur, des ducs de Savoie et de Guastalla. Richelieu proposait de faire cesser avec des subventions les réclamations des deux derniers; puis il ajoutait « que le traité deMonçon serait actuellement exécuté, et que, bien que, par icelui,la disposition des passages, l'imposition des daces et gabelles, l'institution des lois et statuts, les traités de paix, d'alliance et de guerre, le droit de battre monnaie, et généralement tous autres droits de souveraineté en la Yalteline, comté de Bormio et de Chiavennes appartins* sent aux Grispns et non aux habitants desdits lieux les présents articles en serviraient toutefois de déclaration plus expresse, pour obliger plus étroitement les partis à l'exécution du traité ; que l'empereur et les deux rois promettaient de bonne foi d'«m-
pêcher qu'à Tavenir les Grisons soient troublés en la jouissance desdits droits, et de faire que les Valtelins payent annuellement les 2S,000 écus de cens auxdits Grisons, au lieu de Futilité publique et particulière de la justice et magistrature desdits Valtelins et comtes de Bormio et Chiavennes, etc. ^ » Le nonce emporta ce projet de traité et le rapporta, le 2 mars, avec les annotations jugées nécessaires par les alliés. C'est alors que Richelieu, ne voulant rien conclure sans l'assentiment du roi, quoique celui-ci lui en eût donné le pouvoir, lui envoya ce travail pour avoir son avis sur les nouvelles concessions demandées par les négociateurs. En comparant la réponse de Louis XIII au projet de traité rédigé par Richelieu et annoté par les généraux ennemis, on se convaincra que le roi indiquait dans cette réponse sa propre pensée au sujet des prétentions nouvelles élevées par les belligérants. Mais on ne put s'arranger; ni Colalte, ni le marquis Spinola, ni les princes italiens, ne voulurent céder sur aucun point. Quelques jours après, la prise de Pignerol changeant complètement la face des affaires, on continua les hostilités avec moins d'espérances que jamais d'arriver à conclure une paix durable.
A mon cousin le cardinal de Richelieu.
(3 juillet 1630) *.
Mon cousin, sitôt que j'ay veu la lettre que vous avez es-
• Mémoires de Richelieu^, liv. XXI, t. VIII, p. 155 et suivantes. — Papiers t/e Richelieu, t. IV, p. 553.
* Nous donnons a cette lettre la date du 3 juillet, parce qu'elle accuse Réception d'une autre lettre à Bouthiilier, du même jour, et que, d'ailleurs, le roi n^eût pas écrit à Richelieu le 2 juillet, puisque ce jour-là ils étaient ensemble à Aigueb^lle^ ùt que, le 4, ils étaient, de nouveau, réunis à Saint- Jean-de-Maoriénnë.
cripte à M. Bouthillier ^ je me suis résolu d'aler demain loger à la Chambre ' et après demain à Saint- Jean , si je n*ay de vos nouvelles qui me facent changer de dessein. Je me portois bien ce matin, mais cest après dîner, sur les deux heures, mon mai de tête m'a repris ; tout ne m'empêchera pas mon dessein, ie ne manqueroy de faire suivre la personne que vous me manaés *. Asseurez vous de mon affection qui sera toujours telle que vous la pouvez désirer. — Louis. Jiiillet, i630. — (Arch. des aff. étrang. — France^ t. V, fol 7.) — {OriginaU)
Après la prise de Pignerol, Richelieu espérait que ce succès en imposerait à TEspag^e et à Tempereur, et qu'ils accepteraient plus facilement les conditions de paix qu'il proposait. Il n'en fut rien. Tou^ deux devinrent plus exigeants encore, et le duc de Savoie, avec lequel le cardinal venait de rompre en lui enlevant Pignerol, se rejeta définitivement dans Tal* liance espagnole et autrichienne, et refusa de laisser traverser ses États par Tannée française. Richelieu se résolut à envahir la Savoie, et comme ses premiers succès lui en faisaient espérer d'autres, et qu'il ne redoutait plus d'aventurer le prestige royal dans une défaite, il pressa le roi de venir lui-même à la tète de l'armée. Louis XIII était alors à Troyes, où il recevait la soumission de son frère Gaston, à qui il donna, en signe de pardon, le commandement de
* Claude Bouthillier, ancien conseiller au Parlement, alors conseiller d'État, fut nommé surintendant des finances avec Claude Bullion, en 103S. Louis XIII le nomma, dans son testament, conseiller de la Régente, mais Anne d'Autriche repoussa ses services, et il fut obligé de se retirer de la Cour.
■ La Chambre est une petite ville de Savoie, située entre Aiguebell^^ sous-('harbonnière et SainWean-de-Maurienne. Le roi et le cardinal, arnv«*« tous deux le f juillet à Aiguebelle, en étaient partis le lendemain, Richelieu pour pousser jusau'àla Chanil>re, et de là jusqu'à Saint-Jean- de-Maurtenne* ix>uis XI II pour s arrêter à Arfçentine, entre Aiguebelle et la Chambre. Cest d'Argentine ou'il écrivit la lettre oue nous donnons.
* C'est de Masarin que Ix>uis XlII parle ici. Dans la lettre de Richelieu à Bouthillier, dont il est question plus haut, lo cardinal dit entre autres chosen : « Il sera bon, tandis auc Mazariu sera près du roi. de lui donner sans faire semblant de rien quelque personne afiflaée qui empesche oue quelque malin ne lui parle à l'oreille... " Papiers de RitheUe», t. III, p. ih.
Tarmée de Champagne et le gouvernement de Paris, n partit pour Lyon, où il arriva le 2 mai. Richelieu, qui craignait toujours que les intrigues de ses ennemis ne lui enlevassent la faveur du roi, vint audevant de lui pour combattre les objections que ses adversaires faisaient à ses projets. Il eut facilement raison d'intrigues auxquelles il accordait autant d'importance que leurs auteurs eux-mêmes, mais auxquelles Louis XIII était peu disposé à céder. On entra dans la Savoie, qui fut rapidement conquise. Les Espagnols et le duc de Savoie, effrayés de nouveau, entamèrent de nouvelles négociations. Mazarin vint, en leur nom, trouver Louis XIII à Annecy, d'où il repartit le 28 mai, après avoir obtenu l'offre de la restitution de Pignerol. En partant, il promit de revenir le 18 juin, mais les nouvelles exigences des Espagnols et des impériaux reculèrent son retour, n ne revint au camp français que le 3 juillet, pour déclarer qu'il ne rapportait aucune réponse. Richelieu espérait mieux, mais il dut se contenter d'une relation que lui laissa Mazarin de ce qui s'était passé entre lui, le comte.de Colalte, le marquis Spinola et le duc de Savoie depuis sa première entrevue avec le roi à Annecy*. Louis XIII, parti d'Ar- • gentinele jour même où il écrivait la lettre que nous donnons plus haut, revit le négociateur italien le 4 juillet, à Saint- Jean-de-Maurienne, et lui déclara qu'il désirait toujours la paix, et qu'il était prêt à l'accepter quand elle lui semblerait raisonnable et sûre. Mazarin partit le 6 juillet sans rien conclure, et les hostilités continuèrent.
> Areh, des aff. étrang, — Turin, t. XII, fol. 390.
150 LRTTRRS IHÉDITKS
A mon cousin le cardinal de Jiiehelieu,
Le l*' août 1030.
Mon cousin, j'ay receu hier vostre lettre par ce porteur à ' 8 heures du soir. Dès aussitôt je donnoy ordre à ce que vous me mandés. Sérigny part aujourd*huy, Crouzil demain et Bligny aussy. A mesure*^ que les aultres arriveront je les enverroy. Asseurez-vous toujours de mon amitié et que je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. -^ Louis. A Baraut S ce 1" août i630. — Idem, fol. 9. (Otig.)
Les intrigues de la reine-mère et de ses partisans semblaient être encouragées par les succès des armées françaises en Italie. Tous cherchaient à faire revenir le roi en France et à lé porter à terminer la guerre à quelque prix que ce fût. La haine de Marie de Médicis pour le duc de Mantoue faisait grandir rapidement celle qu'elle commençait à ressentir contre Richelieu. Celui-ci résista quelque temps; mais la peste ayant fait de grands progrès dans la Savoie, et la santé de Louis XIII s'affaiblissant chaque jour, le cardinal n'osa plus s'opposer aux désirs de la reine-mère, et fut obligé de céder à ses instances. Le roi lui-même commençait d'ailleurs à s'effrayer sérieusement des dangers que lui faisait courir la contagion. Il partit de Saiut-Jean-de-Maurienne le âS juillet, pour aller à Lyon; il arriva à Barrault le 37 au soir. Nous n'avons pas trouvé et M. Avenel n'a pas publié la lettre à laquelle le roi répond. On voit qu'il s'agissait d'un nouvel envoi de soldats en Italie. Ces troupes étaient destinées à secourir Casai, qui était assiégée à cette époque et serrée de trèsprès. Parlant, le 4 août, dans une nouvelle lettre au
1 Barrault, village du Dauphiné, k 8 lieues au nord^est de Grenoble.
roi, de cet envoi de soldats, Richelieu dit que « cette affaire est de telle importance, que si, aux dépens de sa vie, il pouvait avancer le passage des troupes, il ne l'épargnerait pas *. »
A mon cousin le cardinal de Richelieu.
Lyon, le 19 août 1630 «.
Mon cousin, vous ayant mandé par ma dernière ' que vous partissiez le plus tost que vous pourries pour me venir trouver, ne pouvant souffrir que vous fussies plus longtemps dans le danger de la peste, je vous adjouteroy ce mot pour vous dire que vous ne vous arrestiez en aucun lieu aiant grande impatiance de vous voir près de moi, ce quattendant, je prieroy le bon Dieu qu'il vous tienne en sa saincte garde*. — Louis. A Lion, ce i9 août 1630. — (Ibid,, fol. 40.) — {Ong.)
X mon cousin le cardinal de Richelieu ".
Mon cousin, j'ay pensé cette nuict à mes affaires, je désire tandis que vous estes à Paris que vous faciès ouïr en bonne forme la xiame Le Bœuf, Senelle et Duval. Cela me touche de telle sorte que j'ay occasion d'y bien penser, vous tenant plus à moy que à, vous mesme. Je m asseure que vous n'y manquerés pas et que vous me rapporteras ce que je aésire ; je nniroy celle-cy en vous asseurant de mon amitié qui sera toujours telle
I Papiers de Richelieu, t. III, p. 826.
* Le roi était arrivé à Lyon le 7 août, s Nous n'avons pu trouver cette lettre.
* Voici ce ^ae nous lisons & ce sujet dans les Mémoires de Richelieu : « La peste était devenue si grande à Saint-Jean-de-Maurienno qu'elle avait attaqué la maison du cardinal, ce dont le roi ayant avis, il lui commanda de
trer exemple aux autres ; mais Sa Majesté, qui avait une extrême impa
idiqi
lieu, t. III, p. 875.
• Cette lettre a déjà été citée par M. Avenol, t. VII, p. 667.
152 LETTBES INÉDITES
que vous la pouvés désirer. — Louis. A Saint-Germain-en-Laye, 18 juin 1631.— (/6id., fol. 11.) — {Orig,)
La maladie qui avait atteint Louis XIII à Lyon, en 1630, avait fait concevoir de grandes espérances aux ennemis de Richelieu. A. cette époque, l'astrologie judiciaire était en grand honneur, et, comme Ton avait prédit que le roi devait mourir avant la fin de Tannée, personne ne doutait que cette mala* die serait le prélude de sa mort. Aussi les intrigues ne s'arrêtèrent pas, chacun se poussant, se bouscu* lant pour arriver premier et prendre part à la curée qui se préparait. La guérison du roi ne détruisit aucune des croyances qui s'étaient répandues dans la nation, et elle ne parut à beaucoup de gens qu'un ajournement très-court de l'accomplissement des prédictions ; les astrologues continuèrent à exploiter la crédulité publique.
Cependant Louis XIII et son ministre s'émurent de cette situation. Une chambre extraordinaire avait été formée à l'Arsenal, en dehors du parlement, pour connaître des crimes d'État; on lui confîa aussi les affaires de fausse monnaie et de magie, et Richelieu fit bientôt de cette chambre un épouvantail contre les intrigants qui complotaient sa perte en persistant à prédire la mort prochaine du roi. Un médecin du roi, Duval, avait été arrêté pour avoir fait, dit Richelieu, « des jugements, pronostics et nativités sur la vie du roi ^ » On affecta de joindre sa cause à celle de Senelle, autre médecin du roi, arrêté en rapportant de Lorraine des lettres de madame du Fargis, dame d'atours d'Anne d'Autriche, et que Ton avait exilée à cause de ses intrigues. Ces lettres,
« Mémoires de Itichelieu, liv. XXII, t. II, p. 334, col. 2.
DE LOUIS Xni A RICHELIEU. 153
adressées à la reine et à diverses personnes de la cour, contenaient des injures contre Richelieu et s'occupaient de Téventualité delà mort du roi. Senelle fut livré à la chambre de l'Arsenal pour être jugé, conjointement avec Duval, sur l'accusation du crime de lèse-majesté. Ils furent condamnés, le 17 octobre suivant, aux galères à perpétuité, et leurs biens furent confisqués, « pour avoir fait, dit la Gazette de France, dès jugements téméraires et sinis* très de la santé du roi, démentis par le. succès, qui a fait voir que la vie du monarque était trop chère au ciel pour la soumettre au caprice des hommes*. » La dame Le Bœuf devait être impliquée dans la même affaire ; mais nous n'avons aucun renseignement qui puisse nous indiquer qui elle était, et dans quelle mesure elle était compromise. La dame du Fargis, quoique absente, fut condamnée à être décapitée, et elle fut exécutée en effigie. Nous ne savons ce que devint Duval; mais Senelle dut vivre assez longtemps pour profiter de l'amnistie conditionnelle qui fut accordée en 1640. Sa peine dut être transformée en celle de l'exil, et ce doit être lui dont le Poussin annonce la mort dans sa lettre du S octobre 1643 à M. de Chanteloup, secrétaire de des Noyers : « Le pauvre M. Snelles, dit-il, croyant s'en retourner jouir de la douceur de sa patrie (car il n'en avait qu'une seule « douceur » dont il avait été longtemps privé), n'a pas eu le bonheur de la toucher de ses pies, et, l'ayant seulement veue, a rendu l'esprit et perdu la vie à Nice, en Provence, n'ayant été malade que trois jours*. »
t Gazette de France^ da 24 octobro 1631.
* Correspondance de Poussin, publiée pai* M. Quatremère de Quincy.
154 LiîTTRES INÉDITES
A mon cousin le cardinal de Richelieu.
Mon cousin, je commenceroy par vous asseurer que je me porte très bien, J'ay pris deux cerfs aujourd'huy. Je vous envoie le mareschal de Vitry auquel j'ay dict que vous luy feriez sçavoir mes intentions sur un emploie que je luy voulois doner; son , voiage sera très utile en Provence ; comme vous me l'avés proposé j'accorde à Monségneur ce qu'il me demande; asseurés vous que je vous tiendray ce que je vous ay promis, jusqu'au dernier soupir de ma vie *. — . Louis. A Monceaux, 26 juillet 1831. — îhid., fol. 12.) — (Ong.)
En 1630, on avait essayé de transformer la Provence en pays d'élection; mais le parlement d'Aix, qui tenait à ses privilèges, tenta de résister, et fomenta la sédition dans la province. Le prince de Condé fut envoyé sur les lieux avec cinq mille hommes et soixante chevaux. Il entra à Aix le 30 mai 1631. Il y convoqua les états de Provence, pour obtenir leur concours dans la question des élus; mais son projet n'eut aucun succès. Après la clôture des états, il partit, laissant le marquis de Saint-Chamond en qualité de lieutenant général. Le duc de Guise, gouverneur de la province, ne s'était pas opposé & la résistance, et soutenait même secrètement les révoltés en haine de Richelieu, dont il était devenu Tennemi depuis que la charge do grand mattre de la navigation, donnée au cardinal, avait rendu illusoire son propre titre d'amiral du Levant. Il sentit fort bien les périls que lui faisait courir sa conduite, aussi demanda-t-il au roi la permission (qu'il obtint) d'aller voyager en Italie.* Devant la situation que sa complicité avait laissé empirer, on jugea né-
t CtsUe dernière phrase est tigniflciitivo, écrite quelques Jours après U fuite de Marie de Médicis, en Flandre.
DE LOUIS XIII A mCHELIEU. 155
cessaire d'envoyer un hoinme énergique occuper le gouvernement de Provence. Le roi songea au maréchal de Vitiy, et son voyage fut résolu*. Pourtant son départ fut retardé assez longtemps, puisqu'il était encore à Paris le 5 septembre, et qu'il assistait ce jour-là à la réception de Richelieu comme duc et pair. Il dut partir quelques jours après. Sa mission eut un complet et rapide succès. « Toute la Provence a obéi, dit la Geizette du 18 novembre : partie des séditieux ayant quitté le royaume, et les autres ci^ié merci au roi. Le maréchal s'est fait reconnaître à Aix, et est retourné à Marseille avec les sieurs de la Poterie et d'Aubray, maîtres des requêtes. »
Au Rùy ■.
(Château-Thierry, premiers jours de décembre 1631 '.)
Pour tesmoigner à Vostre Majesté le desplaisir que monsieur le carde des sceaux a de l'ombrage que Vostre Majesté lui a tesmoigné avoir, et comme il désire vous complaire en toutes choses, ainsi que seront toujours vos créatures, il vouloit envoler l'homme que vous sçavez à Paris pour i5 jours ou 3 sesmaines, afin qu'en revenant il prist une nouvelle conduite vers les 2 personnes que sçayt Vostre Majesté. Je l'en ay empesché, luy disant qu'il me sembloit que c*estoit assez que, aès ceste heure, il prist une bonne conduitte.
Vostre Majesté peult s'asseurer que ses serviteurs la contenteront en toutes choses.
* « Le maréchal de Vitry va en Provence, » dit la Gazette de France du 7 août 1631.
* Quoique cette note soit de la main de Richelieu et adressée au roi, nous la donnons parce qu'elle est complètement inédite et qu'elle est accompagnée d'une annotation, très-significative, de la main de Louis XIII.
* Cette note ne porte aucune date ; celui qui a classé les feuilles manuscrites du volume dans lequel nous l'avons trouvée a écrit , en haut de celle-ci, la date de 1632; nous croyons que c'est là une erreur, et nous allons donner les raisons qui nous ont porté à dater ce document des premiers jours de décembre 1631.
(De la main du roi,) Il eus! mieux valu laisser faire le voiage à Paris, puis on verra s'il se corrigera. — {Ibid., fol. 15.) — {Orig.)
La note précédente pourrait être placée à une époque quelconque de la vie de Richelieu, si deux faits significatifs qu'elle contient, et qui tout d'abord peuvent passer inaperçus, n'indiquaient d'une façon certaine l'époque spéciale à laquelle elle peut être rapportée incontestablement. Nous* voulons parler du mécontentement qu'elle montre comme étant ressenti par le roi à l'égard du garde des sceaux, et de l'affectation que Richelieu met à défendre celui-ci. Cette situation ne se trouve réalisée pendant le cours du ministère du cardinal que deux fois, et toujours le garde des sceaux mis en cause se trouve être Châteauneuf . Le premier mécontentement <lu roi à son égard se remarque à la date de 1631, à propos des indiscrétions commises au sujet du siège de Moyenvie ; le second doit être placé à la fin de 1633, et fut causé par l'abandon dans lequel Châteauneuf laissa Richelieu à Bordeaux, pendant la maladie qui faillit l'emporter vers ce temps. Nous avons étudié avec soin cette dernière époque, et nous croyons pouvoir affirmer que la lettre qui nous occupe ne s'y rapporte pas. Il n'en est pas de même de la première époque. Dans un mémoire adressé au roi par le cardinal en février 1633, après l'arrestation de Chftteauneuf, nous trouvons ces premières phrases indicatrices : « Estant à Chasteau-Thierry, le roy fist le dessein de surprendre Moyen vie, sur un advis qui ne fut cognu qu'au roy, au cardinal, au garde des sceaux, au mareschal de Schomberg et au sieur Bouthillier. Ce dessein ne fust pas plus tost fait, que ledict garde
DE LOUIS Xlll A RICHELIEU. 157
des sceaux ne le mandast à 9^ personne intéressée en ceste affaire ; et, en effet, ce dessein se faillit, celuy qui estoit dans ceste place en aiant eu assez de vent pour s'y fortifier de gens, ce qui fist qu'on trouva toute aultre garde au pont qu'il n'y avoit six mois auparavant*. » C'est à cause de cette indiscrétion de Ghftteauneuf que Louis XIII lui gardait rancune; mais nous n'aurions osé rapporter à cette époque la note qui nous occupe, si un autre document important ne nous avait convaincu qu'elle appartenait bien à la fin de 1631. Nous voulons parler du mémoire sur la manière d'interroger Châteauneuf, adressé par Richelieu, en avril 1633, au sieur Lamon, chargé de cet interrogatoire. D'après ce document, que sa longueur nous empêche de reproduire, et que l'on trouvera dans le recueil de M. Avenel ', l'homme dont parle Richelieu dans notre note inédite serait le chevalier de Jars, ami et confident du garde des sceaux, et les deux personnes inconnues envers lesquelles il doit changer de conduite seraient la reine et madame de Chevreuse, qui auraient reçu de lui la confidence de l'entreprise sur Moyenvic avant qu'elle ne fût commencée. « Le roy, dit Richelieu dans le mémoire que nous venons de citer, eust un extrême mécontentement dudict Châteauneuf, qui, à la vérité, avoit fait une grande faulte de communiquer une telle affaire à un tel homme. Le roy, dès lors, eust de grands dégousts de Châteauneuf, sur quoy le cardinal conseilla à Châteauneuf d'envoïer le chevalier de Jars à Paris, comme il fit, pour l'oster de devant les yeux du roy, et luy
I Ce chiffre indique madame de Chevreuse.
« Papiers de Richelieu, t. IV, p. 431.
» /(/., t. IV, p. 456.
158 LETTRtlS INÉDITES
donner lieu d'oublier ceste affaire.. » On remarquerii la contradiction qui existe entrç les deux documents. Tandis que, dans sa lettre à Louis XIII, Richelieu présente le garde des sceaux comme lui ayant exprimé rintention d'envoyer le chevalier de Jars à Paris pour apaiser la colère du roi par cet acte de soumission, il déclare dans son mémoire à Lamon, écrit un an et demi après, avoir conseillé luimême ce voyage. Le cardinal, en cette occasion, joua un double jeu dont nous allons donner l'explication.
Dès que Ghâteauneuf eut reçu les sceaux, Richelieu s'aperçut qu'il avait en lui un ennemi qui luttait sourdement contre son autorité, et cherchait par tous les moyens à le supplanter ; aussi résolut-il de s'en débarrasser aussitôt qu'il aurait réuni assez de preuves de son infidélité*. Mais il avait affaire à un homme très-fin, qui savait agir sans se compromettre ouvertement. Cependant, par des rapports secrets auxquels il paraissait étranger, le cardinal réussit à aigrir le roi contre le garde des sceaux, qu'il continua pourtant à défendre ostensiblement. Dans le même temps où il accumulait les accusations qui devaient lui servir à perdre son ennemi, il feignait auprès de Louis XIII d'avoir une confiance entière dans la fidélité de Ghâteauneuf. Aussi, après l'arrestation de celui-ci, arrestation qu'il avait amenée par ses intrigueS) mais dont Louis eut seul l'initiative, put-il écrire, sans paraître mentir, dans un rapport au roi, cette phrase, que l'on ne sait comment qualifier, quand on sait quelles étaient ses pensées réelles : u Le catdinal avoue que la prévoiance et dcffiance du roy étoient avec raison préférables à la simplicité
DE LOUIS Xlll A RICUELIEU. 151)
dudict cardinale » Du reste, quelle qu'ait été sa duplicité, il ne réussit pas à faire condamner le garde des sceaux. Celui-ci, très-pi*udent, et connaissant trop bien Richelieu pour se compromettre réellement, avait réussi à intriguer sans fournir au cardinal aucune arme contre lui. Son acte d'accusation, qui fut dressé par Richelieu lui-même, n'est, en effet, qu'une accumulation d'appréciations sur sa conduite politique, et ne contient aucune affirmation absolue. C'était donc, comme nous venons de le montrer, pour exciter contre son ennemi la colère du roi, que le cardinal, dans la note que nous publions, essayait de défendre et d'excuser Châteauneuf. Il savait fort bien qu'en paraissant s'attendrir sur le sort d'un homme que Louis XIII croyait coupable, il excitait au plus haut point la haine que faisait naître en lui tout ce qui avait l'apparence d'une désobéissance ou d'une atteinte à son autorité royale. Il n'y avait pas à craindre d'ailleurs que le roi découvrît sa fraude. Châteauneuf, qui reconnaissait trop tard qu'il s'était compromis en divulguant à son ami un secret que Louis XIII voulait laisser ignorer à tout le monde, souhaitait que le silence se fît sur cette affaire , et n'était sans doute pas tenté d'agir lui-même auprès du roi pour obtenir son pardon. Dans toute cette affaii*e, Richelieu montra une dissimulation trèsgrande*
A mon cousin le cardinal de Richelieiii
Mon cousin, j'ai été extrêmement ayse d'aprendre par vôstré lettre que vous voue portiez bien; je m'en vois aujourd'hui à Laon
• papiers de Richelieui t. IV, p. 444, rapport du mars 1633;
OÙ je séjourneroy demain pour vous attendre', estant en grande impatiance de vous revoir; je me trouvoi hier soir un peu mal, mais à ceste heure, je me porte très bien, Dieu mercy; asseurez vous de mon affection qui sera toujours telle que vous la pouvez désirer, ie fmiroy celle-cy en priant le bon Dieu de tout mon cœur qu il vous tienne en -sa saincte garde. — Louis. A la Fère,
7 juin 4632. — (Ibid., fol. i3.) — {Orig,)
A mon cousin le cardinal de Richelieu.
Mon cousin, Lépine * passant icy , j'ay ouvert son paquet et leu toutes les lettres excepté les vostres ; je vois demain disner à Fontenebleau *, où je vous attendroy avec impatiance. — Louis. A Fleury, 13 août 4632. — (Ihid., fol. 44.) — (Ong.)
Monsieur, entré en France, par le Bassigny, le
8 juin précédent, avec dix-huit cents hommes, presque tous étrangers, après avoir traversé la Bourgogne , le Bourbonnais et l'Auvergne , était entré en Languedoc, où il avait trouvé un allié puissant dans le duc de Montmorency, gouverneur de cette province. Mais les maréchaux de la Force et Schom-
I Voici comment la Gazette de France raconte cette maladie du cardinal : « Le roi, partant d'Amiens le 2 du courant, s'en alla coucher à Corbie, où le cardinal-duc de Richelieu fut attaqué d'un accès de fièvre, qui l'obligea d'y séjourner deux iours, mais avec un si heureux succès, que dans ce temps-là deux saignées l'ont remis en santé Le 4, le roi et la reine vinrent coucher à la Fère Le 7, le roi et la reine en partirent et vinrent
coucher en cette ville de Laon. liO 8, le cardinal-duc ^ vint aussi de la Fère rencontrer Sa Majesté, qui en est parti ce jourd'hui pour Rheims ptu* Notre-Dame-de-Liesse. •> Gazette de France, 1632, p. 228, sous la rubrique : De Laon, le 8 juin. Mais, avant de rejoindre Louis XIII, Richelieu lui écrivit pour le remercier de la lettre qu'il avait reçue de lui. <* Je me sens si confus de rhonneur qu'il vous plaist me faire que je ne voudrois pas n'avoir esti» malade pour avoir lieu de recevoir tant de grâces nouvelles ()ue celles qu'il
vous a pieu me faire ; lesquelles je recognoistrai toute ma vie » Papier*
de Richelieu, t. IV, p. 302. Et c'est malgré toutes ces preuves continuelles d'affection que le cardinal recevait de son maître, qu'il doutait encore de la faveur dont il jouissait, et que ses ennemis, fondant leur opinion sur sa défiance et sur leur propre haine, ont accusé Louis XIII de ne l'avoir pas aimé.
* I/Epint* était huissier du cabinet du roi.
• A la date du 12, la Gazette dit que le roi alla de Paris ^' dîner k Vitli*juif et coucher à Juvisy, pour se rendre à Fontainebleau. » Gazette de France, 1632, p. 316.
berg avaient suivi la marche du duc d^Orléans, chacun avec un corps d'année. Dans les premiers jours d'août, on attendait impatiemment à Paris des nouvelles du Midi. Louis XIII, comme on vient de le voir, était même assez inquiet. Malgré un premier avantage remporté le 9 août, près de Montpellier, par la Force sur un parti des troupes de Monsieur, commandé par le sieur d'Elbène, combat dans lequel celui-ci eut soixante cavaliers tués et cent quarante faits prisonniers, la guerre menaçait de traîner en longueur. Aussi le roi résolut-il d'aller en personne dans le Midi pour hâter le rétablissement de l'ordre. Le 12 août, il fit enregistrer par le Parlement une déclaration portant que tous les partisans de son frère seraient considérés comme criminels de lèsemajesté et perturbateurs du repos public. C'est pour entretenir Richelieu de ces événements qu'il le mande à Fontainebleau dans la lettre que nous venons de donner. Peu de jours après, Louis XIII partait pour le Languedoc en passant par Lyon ; mais sa santé l'ayant forcé de séjourner dans cette ville, et les événements s'étant précipités, il y était encore lorsqu'il apprit que tout était terminé et que le 1" septembre les troupes de son frè^e avaient été battues à Castelnaudary, et le duc de Montmorency fait prisonnier dans la même journée.
A mon cousin le cardinal de Richelieu ' .
Puisque vous me mandés que vous serés à Rochefort * le 3 ou
t Cette note a déjà été citée dans les Papiers de Richelieu, publiés par M. Avenel, t. IV, p. 417.
* Rochefort, chAteau situé à dix lieues de Paris, et appartenant au duc de Montbacon.
I6â LETTRES INÉDITES
4 du mois prochain, je veux prendre le terme le plus court et vous assure que je seroy lundy devant trois heures après midi à Rochefort où Je vous atendroy avec impatiance, je ne doute
{>oinct que le désir de me revoir ne vous empêche de ressentir es incommodités du mauvais temps. Assurés vous de mon affection qui sera toujours telle que vous la pouvez désirer. — Louis. A SamtrGermain-en-Laye, ce dernier décembre 1632. (Ibid., fol. 18.) — (Original.) — Mêmes archives, U 55, fol. 525. — (Copie.)
Après la pacification du Languedoc, Louis XIII et son ministre s'étaient séparés, le premier pour retourner à Paris directement, Richelieu pour aller visiter les côtes de l'Océan. Retenu à Rordeaux par une maladie qui faiUit l'emporter et qui l'obligea de rester dans cette ville jusqu'à la fin de novembre 1632, il n'en partit pour rejoindre le roi que lorsqu'il eut reçu la nouvelle de la mort de Gustave- Adolphe, tué à la bataille de Lutzenle 16 novembre. Le cardinal nous raconte lui-même que, lorsque Louis XIII le vint voir à Rochefort, deux jours avant son arrivée à Paris, le roi était tellement ému « par le regret de sa maladie passée, mêlé avec le contentement de le revoir en santé, qu'il le tint longtemps embrassé sans lui parler, que de soupirs et de larmes de douleur et de joie, reconnaissant la grâce évidente de Dieu, en ce qu'il n'était tombé malade qu'après la fin du mouvement du Languedoc, et que la bonté divine lui avait rendu la santé au temps qu'il était nécessaire de consulter le remède qu'il fallait apporter aux affaires d'Allemagne, desquelles dépendait la paix générale de la chré-* tienté^ »
I Mémoiret dtf Riehelieu, Uv. XXUI, U VHI, p. 435, coL 1.
DE LOUIS XIII A RICUËLlEtl. 163
A mon cousin le cardinal de Jiichelieu.
Mon cousin^ je fais estai daler à Versailles demain si il faict beau, et après m'en revenir à Saint-Germain quand il faudra pour mes afaires^, voilà tout ce que je vous puis mander; asseurés vous toujours de mon affection, je finiray en priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. A Saint-Germain-en-Laye, ce 3™« Feuvrier 1633. — {Ibid., t. V, fol. 23.) — (Orig.)
A mon cousin le cardinal de Richelieu,
Mon cousin^ je ne manqueroy de me rendre demain, à une heure après miay, au port de Neuly chés Moroy, et de la je fois estât daler coucher à Ëcouan *, je n'ay pas pris médecine deux petits remèdes aiant servi au lieju^ et vous puis asseurer que je me- porte bien et me porteroy encore mieux quand je vous auroy veuen la santé que je désire pour laquelle je prieroy le bon Dieu incessamment ' et qu'il vous tienne en sa sainte garde. — Louis. A St-Germain-en-Laye, ce septième mars 4633.
SVSimon vous envoyé un cartier de marcassin. — (Ibid,, fol. 24.) — (Orig.)
A fM>n cousin le cardinal de Hiehelieu.
Mon cousin^ dès aussitost vostre lettre resue, j*ay envoie un
■ Nous lisons dans la Gazette de Prancé, sous la rubrique : Le II février de Saint-Germain'en^Lape : « Le roi alla vendredi dernier (4 février) d'ici coucher à Versailles ou Sa Majesté passa les jours gr&s, et en revint le mercredi des Cendres en ce lieu (9 février) : auquel jour y arriva aussi, de Ruel, le cardinal-duc de Richelieu et le Conseil qui y est encore à présent. »
* « Le roi alla coucher vendredi dernier de Versailles à Saint-Germain, d'où Sa Majesté partit le mardi ensuivant, septième du couruit, et vint tenir le Conseil au port de Neuilly, où se rendit ae Paris le cardinal-duc de Richelieu et le Conseil : et où Sa Majesté reçut du comte de Brassac> minis" tre d'Etat, le serment de gouverneur de Saintonge et d'Angoumois, ville et citadelle d'AngoulAme. De là Sa Majesté vint le môme jour coucher en ce lieu. » Gazette de France, 1633, p. l04, d'Ecouen le 11 mars 1633.
* Dans un rapi|ort du 6 mars, Richelieu, en terminant, annonçait au roi qu'il se portait mieux. Louis XIII, en annotant ce document, repondit en marge de ce paragraphe : « La dernière nouvelle du mémoire est celle qui me plaist le plus, que vous vous porteie mieux. » Papiers de Richelieu, t. iv , p. 445.
gentilhomme voir la Reyne, qui vous verra devant, que de revenir icy pour me rapporter de vos nouvelles, attendant quoy je vous asseureroy toujours de mon affection et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. A Chantilly S ce treizième mars 1633. — (i6td., fol. 25,) - (Orig.)
A mon eousin le cardinal de Bichelieu. •
Mon cousin, je me resjouis extresmement de ce que Dumont^ ) m*a dict que vous \x)us portiés bien^ je ne manaueroy de me randre samedy a deux heures après midy au port de Neuly, auquel lieu je vous atandroy', je me porte très bien Dieu mercy et suis très gailart, je vous aseureroy par celle cy de mon affection qui sera tousjours telle que je vous lay promise et prieroy le bon Dieu de tout moa cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. A Chantilly, ce seizième mars 1633. — (Ibid,. fol. 26.) — {Orig.)
A mon ccmin le cardinal de Richelieu,
Mon cousin, aiant envoie ce matin au bois et n*aiant rien trouvé pour chaser je me suis résolu d'aler à Livry de quoy ie vous ay voulu doner advis ^, je suis en impatiance ae sçavoir de vos nouvelles, j'espère que ce porteur m'en raportera de bônes, je me porte bien. Dieu mercy, je vous asureroy toujours de mon affection qui durera jusques à la mort, et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. Louis. A Chantilly, ce 27 avril 1633. (îbid., fol. 27.) — (Orig.)
■ Il est à remarquer ()ue nous voyons le roi en ce lieu pour la premièrt* fois. Chantilly, on le sait, avait été confisqué l'année précédente, comme faisant partie des biens de la maison de Montmorency. Le prince de Coodé. qui avait agi povr obtenir cette confiscation, dans l'espérance d'en profiter, a cause de son union avec Charlotte de Montmorency, ne réussit aans ses calculs qu'açrès la mort de Louis XIII. Anne d'Autriche, pour obtenir son concours, lui fit don alors des domaines de Saint-Maur, de Chantilly, d'Ecouen et de quelques autres qui faisaient partie des possessions de U famille de Montmorency.
* C'est peut-être le nain dont il s'amusait dans son enfance. Héroard, qui en parle plusieurs fois, le nomme Dumont.
s « Samedi dernier, le roi vient d'Ecouen tenir le Conseil au port de Neuilly, où le cardinal-duc de Richelieu l'attendait. » Gazette de Framct, 1633, p. 220, de Paris le 26 mars.
« Le cardinal était à Paris depuis la veille.
Une des figures les plus étranges, et en même temps une des plus séduisantes de l'époque que nous •étudions, est sans contredit cette duchesse de Chevreuse qui, a dit Cousin, « trop grande dame pour daigner connaître la retenue et n'ayant d'autre frein que l'honneur, livrée à la galanterie et comptant pour rien le reste, méprisa, pour ceux qu'elle aima, le péril, l'opinion, la fortune*. » Femme du duc de Luynes, elle avait appris auprès de ce grand politique, qu'elle aima comme elle seule savait aimer, à manier les affaires publiques. Adorée de son époux, aimée de la reine, dont elle avait la surintendance de la maison, il lui fut facile d'obtenir aussi les bonnes grâces de Louis XIII. Ce temps fut vraiment une période heureuse pour la cour de France. La jeunesse et la beauté y régnèrent sans partage, et Luynes sut allier la plus haute raison à ces avantages friT voles. Mais ces temps heureux finirent bientôt. Luynes mourut et ses vastes projets semblèrent disparaître avec lui. Dans la vie des peuples, les hommes ne sont que les instruments fragiles et les ouvriers souvent inconscients de l'œuVre nationale. Jamais cette vérité ne fut démontrée avec plus d'évidence qu'à cette époque. Pendant le temps qui sépara la mort de Luynes du second ministère de Richelieu, tout se transforma, hormis le but et les moyens employés pour l'atteindre. Tous ceux qui avaient partagé les vues de Luynes pendant sa vie oublièrent ses intentions après sa mort. Tous ceux, au contraire, qui s'étaient opposés à ses desseins, quand il était puissant, les épousèrent quand il eut disparu. On vit Louis XIII élever à la puissance suprême
• Cousin, Madame de Chevreuae, p. 10.
i66 LETTRES INÉDITES
rhomme que Luynes avait le plus redouté, celui qu'il avait d'abord essayé de s'attacher, soit par la protection dont il le couvrit en 1617, soit par d'autres faveurs aussi réelles, mais contre l'ambition duquel il avait essayé de réagir en s'opposant à son élévation au cardinalat, celui dans lequel il avait toujours vue incarnée une politique opposée à la sienne, la politique espagnole de Marie de Médicis opposée à la politique si française de Henri lY que le connétable avait reprise et poursuivie avec l'appui de Louis XIII. On vit le roi donner le ministère au cardinal de Richelieu, et l'on s'aperçut qu'avec lui, contrairement à toutes les prévisions, la politique française l'emportait sur la politique espagnole et que Luynes allait avoir un digne successeur.
L'évolution du nouveau ministre fut imitée par tous ceux qu'un lien quelconque rattachait à la mémoire du connétable ; mais avec cette différence, que lui sentit fort bien qu'il changeait la direction de sa conduite, puisqu'il essaye de s'en excuser dans ses Mémoires j tandis que ses adversaires crurent ne pas changer parce qu'ils restèrent ses ennemis. La haine qu'il avait inspirée aux partisans de Luynes, pendant la vie de celui-ci, s'augmenta encore lorsqu'on vit le cardinal posséder la toute-puissance, et ses adversaires ne reculèrent devant aucun obstacle pour le renverser ; mais ils prirent, pour arriver à ce but, le moyen le plus propre à les empêcher de l'atteindre. Voyant Louis XIII et son ministre continuellement malades, et sentant que si le roi mourait le premier le cardinal était perdu, que si, au contraire, celui-ci précédait son mcdtre dans la tombe, ils étaient assez forts dans l'État pour entraîner ce dernier, affaibli
parles soucis, les fatigues et la maladie, à ne penser et à n'agir que par eux ; considérant, d'ailleurs, que Louis XIII était sans enfant, ils crurent ne pouvoir mieux faire, pour ruiner Richelieu dans le présent et dans l'avenir, que de prendre le contre-pied de sa conduite et de s'allier à la reine-mère, qu'il abandonnait, et au duc d'Orléans, qu'il dédaignait. Voilà comment on peut s'expliquer pourquoi la reine Anne, la duchesse de Ghevreuse et tant d'autres, qui avaient soutenu la politique nationale de Luynes contre Marie de Médicis et RicheUeu, abandonnèrent cette même politique dès que celui-ci fut au pouvoir, pour défendre contre lui celle qu'ils avaient combattue jusqu'alors.
Cette conduite, inspirée par la passion, fit bouillonner la colère dans le cœur de Louis XIII. Ce prince, si imbu de l'orgueil de race et qui avait si bien le sentiment des droits et des devoirs que lui donnait sa situation, ne pouvait souffrir que qui que ce soit parût aussi puissant que lui, et son frère lui semblait n'être que le premier de ses sujets. Aussi les adversaires de Richelieu, en s'appuyant surGas-ton, se faisaient-ils du roi un ennemi irréconciliable et l'auraient amené à défendre le cardinal contre eux, même si une politique commune et une vive affection ne l'eussent déjà lié d'une façon indissoluble à son ministre.
L'illustre historien de madame de Chevreuse n'a peut-être pas assez tenu compte des considérations que nous venons de développer ; il n'a pas cru devoir expUquer le changement de conduite de son héroïne par la l^aine que son amour pour Luynes avait fait naître en elle à l'endroit de Richelieu , et il a
pensé qu'aimant profondément Anne d'Autriche, seul « l'intérêt bien ou mal entendu de la reine, la jeta dans une tout autre voie que celle qu'elle avait jusqu'alors suivie ^ » Nous pensons qu'il n'est pas allé assez loin et que c'est réellement contre tous les anciens amis de Luynes, qui, malgré le changement de politique de Richelieu, restèrent ses ennemis quand même, que le cardinal eut à lutter. C'est ce qui, plus que toute autre raison, explique le dénigrement systématique que l'on remarque, dans ses Mémoires, à l'égard du connétable.
£n 1632, madame de Ghevreuse essayait, avec l'aide de l'ambitieux garde des sceaux, Chàteauneuf, sur lequel elle avait, on le sait, beaucoup d'influence, et que le second rang désespérait parce qu'il se croyait capable* du premier, de recommencer la lutte dans laquelle elle avait déjà échoué une première fois avec Chalais. Mais, comme nous l'avons vu précédem<ment, Richelieu s'était promptement aperçu de l'opposition sourde mais incessante que lui faisait le garde des sceaux. Connaissant les liens qui l'unissaient à la duchesse de Chevreuse, il résplut de les mettre à profit pour se débarrasser de l'un et de l'autre. Ainsi l'alliance sur laquelle Chàteauneuf croyait pouvoir le plus compter fut précisément celle qui le perdit. Richelieu, utilisant habilement ces relations, put faire retomber jusque sur le garde des sceaux l'animosité que Louis XIII ressentait envers madame de Chevreuse. Enserré dans toutes les int]*igues du cardinal, Chàteauneuf fut arrêté sur un ordre direct du roi, sans que Richelieu eût paru se mêler de cette affaire. On ne put réunir contre lui aucune preuve
* Madame de Chevreute, p. 39.
décisive ; aussi on se contenta de l'enfermer à Angouléme, et Richelieu, profitant de cette occasion unique, abandonna la conduite tortueuse qu'il suivait à l'égard de madame de Chevreuse, conduite que celle-ci imitait d'ailleurs avec une grande habileté, et il conseilla au roi d'exiler la remuante duchesse. Mais au lieu de l'envoyer à l'étranger, où elle eût sans doute réussi, comme elle l'avait déjà fait, à trouver des alliés, le roi lui ordonna de se rendre en Tourainé, et d'y habiter une de ses terres qui avait appartenu à Luynes.
C'est au moment de son départ que fut écrite la lettre suivante :
A tnon cousin le cardinal de Richelieu '.
Mon cousin^ je trouve bon que le s' de Bullion* donc de bonnes assignations au trésorier de la Reyne de larçent aue je lui ay accordé pour le payment de ses debtes, mais je désire qu'il soit employé à laqui aes plus justes' quant à ce que vous me demandés si vous verres madame de Chevreuse qui vous veult dire adieu, vous sçavés bien quel plaisir ma failt la Reyne en désirant la voir, je sais que sa visite ne vous peult estre utile vous sçavés bien qu'elle ne me sera pas agréable, après cela faite ce que vous voudrés, et vous asseurés que je vous seroy tousjours le meilleur maistre qui ait jamais esté au monde. A Versailles, ce 9 juin 1633.
Je ne vous escript de ma main parce que je viens d'estre saigné *. Louis. — [Ibid,, fol. 28.) — (ùng.)
> DésormaiB nous nous abstiendrons de reproduire cette mention, qui se répète à chacune des lettres de notre manuscrit.
> Claude de BuUion, sieur de Rouelles, d'abord maître des requêtes, puis surintendant des finances avec Claude Bouthillier, en 1632. Il avait fait partie du ministère de la Vieuville, en 1624.
* Nous ignorons s'il s'ag:it ici de Marie de Médicis ou d'Anne d'Autriche, nous n'avons rien trouvé qui pût expliquer plus clairement ce passage de la lettre de liouis XIII. Nous savons seulement que la reine-mere, malade k cette époque, correspofadait fréquemment avec son fils.
* Ces mots sont, en effet, les seuls écrits de la main du roi.
La résolution qu'avait prise Louis XIII fut cachée à tous jusqu'au dernier moment, car nous lisons dans l'instruction qui fut donnée au sieur Des Roches, que le roi envoyait à Gand, visiter de sa part Marie de Médicis, instruction en date du 2 juin, ces mots significatifs : « Si elle lui demande (la reinemère) si madame de Ghevreuse est hors de la cour, il dira qu'il ne l'a point ouï dire, qu'elle n'est pas si assidue auprès de la reine qu'elle avait accoutumé, qu'elle va et qu'elle vient. Qu'il est vrai qu'on dit qu'elle s'est trouvée embrouillée dans l'affaire de M. de Ghâteauneuf, mais qu'il ne sait pas ce que c'est; que depuis il n'a pas laissé de la voir venir plusieurs fois chez M. le cardinal ^ » Gette dernière assertion est un peu hasardée, comme on vient de le voir par la lettre que nous donnons ci-dessus, mais le commencement de cette citation indique clairement quelle fut la conduite de Louis XIII et de son ministre pendant le temps qui précéda l'ordre d'exil donné à la duchesse. Un passage des Mémoires du cardinal indique d'ailleurs avec quelle lenteur et quelle dissimulation de la part du roi toute cette affaire fut conduite. « En la conférence particulière que Sa Majesté eut avec le cardinal, à Rochefort, à son retour de Brouage, dit Richelieu, elle lui fit beaucoup de remarques qu'elle avait faites, pendant son absence, de l'infidélité dudit sieur de Gh&teauneuf, et lui fit connaître la résolution qu'elle avait prise de le chasser*. » Or cette conférence eut lieu, comme nous l'avons vu, dans les premiers jours de janvier 1633 ; Ghâteauneuf ne fut arrêté qu'à la
I Paoiert de Richelieu, t. IV, p. 465.
< Mémùirei de Richelieu, t. VlII, p. 453, col. 1.
fin de février, et au mois de juin seulement la duchesse de Chevreuse, que Ton avait d'abord confinée à Dampierre, était exilée en Touraine. Ajoutons, en terminant, qu'elle ne quitta cette province qu'en 1637, pour se réfugier en Espagne et de là en Angleterre, après la malheureuse affaire du Val-de- Grâce, et qu'elle ne revint en France que rappelée par Anne d'Autriche, après la mort de Louis XIII, en 1643.
Mon cousin, je vous renvoie les lettres de MM. de Charnacé ^ et Beaugy *, je suis très ayse de voir par icelles que il y a grande aparance que la trêve ne se fera pas, pour lautre aiaire je ne men mesleray en fason du monde je me porte très bien asseurés vous de mon afîection qui sera toujours telle que je vous Fay promise. — Louis. A Versailles, ce dixième juin 1633. — (Ibid,, fol. 29.) — [Original.)
La politique nationale de Louis XIII et de son ministre était entrée, avec l'année 1633, dans une phase toute nouvelle. Jusqu'à ce moment la France, retenue chez elle par ses luttes intérieures, n'avait eu qu'une influence indirecte sur les affaires de l'Europe. Mais à cette époque les partis étaient complètement abattus, et la France, en devenant de plus en plus compacte, se préparait chaque jour davantage à une intervention plus efficace au dehors. Les guerres d'Italie n'avaient eu que peu d'importance réelle, car Richelieu ne voulait pas se heurter de front contre l'Espagne et l'Empire, sans avoir de nombreux et puissants alliés qui pussent lui permet-
I Hercule Girard, baron de Charnacé, alors ambassadear en Hollande. * Le siear de Bar« seigneur de Baugy, était, à cette époque, ambassadeur en HolUmde, conjointement avec Charnacé.
tre de lutter, an moins à force égale, contre la maison d'Autriche. Aussi les campagnes entreprises contre la Savoie et en même temps contre la Lorraine ne furent, en quelque sorte, que de grandes escarmouches d'avant-garde dans lesquelles la France essayait ses forces et tentait d'en acquérir de nouvelles avant d'attaquer directement son ennemi principal. En Italie, Richelieu voulait, à l'aide de quelques succès, essayer de rallier autour de lui les petits souverains italiens, mécontents de la domination espagnole, et former entre eux une ligue capable de tenir en échec la puissance de la maison d'Autriche dans la péninsule. En Lorraine, il cherchait à rattacher à la France, soit par^une alliance, soit par une réunion à la couronne, un fief considérable, très-riche, et pourvu d'une armée, peu nom|)reu8e sans doute, mais solide, et qui eût augmenté singulièrement le prestige de la puissance française. Pondant les dernières années, le cardinal avait eu en Gustave-Adolphe un auxiliaire qui l'avait puissamment secondé dans ses vues. L'Allemagne, trop occupée chez elle à lutter contre le conquérant suédois, avait laissé la France agir sur ses frontières, sans s'opposer beaucoup à ses empiétements. Mais le roi de Suède venait de mourir au commencement de l'hiver, et le faisceau d'alliances qu'il avait formé autour de lui semblait prêt à se rompre. La jalousie allait séparer les alliés que la supériorité de Gustave-Adolphe avait réunis, et l'Allemagne, libre de ses mouvements, allait retomber de tout son poids sur chacun de ses ennemis séparément.
Richelieu sentit le péril, et il représenta au roi a qu'il devait tâcher à faire par argent, quoi qu'il
en pût coûter, continuer la guerre en Allemagne et en Hollande, sans qu'il fût obligé de se mettre ouvertement de la partie, à condition que ceux qui recevraient de l'argent du roi ne pourraient faire la paix ni la trêve sans l'y comprendre*... » Louis XIII, comme son ministre, comprit fort bien le danger qu'allait courir la France ; aussi il n'hésita pas à envoyer des agents en Allemagne et en Hollande, pour essayer de maintenir les choses dans le même état, et pousser tous les protestants à continuer la lutte contre la maison d'Autriche. La France trouva en Allemagne, pour ses desseins, un allié habile dans le chancelier Oxenstiern, ami et confident de Gustave-Adolphe, et que le Sénat suédois avait chargé de la direction des affaires' d'Allemagne, après la mort du roi de Suède. Les efforts du chancelier, joints à ceux des ambassadeurs français, Feuquières, Miré et Saint-Etienne, furent couronnés de succès. Les quatre cercles du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, de Franconie et de Souabe, conclurent, dans la diète d'Heilbronn, le 13 avril 1 633, uyie confédération pour continuer la guerre. En même temps, Feuquières et Oxenstiern signaient un traité d'alliance par lequel la France s'engageait à payer une contribution annuelle d'un million, pour l'entretien de l'armée suédoise.
Mais, si les projets de Richelieu réussissaient en Allemagne, il n'en était pas de même en Hollande, et la France ne paraissait pas pouvoir y trouver un allié pour sa lutte avec l'Espagne. Dès le milieu de janvier, Charnacé avait été envoyé à la Haye pour essayer d'empêcher la conclusion de la trêve qui s'y
I Mémoires, t. VIII, p. 436, coL 2.
négociait déjà entre l'Espagne et la Hollande, « et au cas qu'elle se fasse, faire que le roi y soit compris, en sorte que la maison d'Autriche et les Espagnols ne puissent rompre avec lui sans que les Hollandais soient obligés de rompre avec eux^ » Pour réussir, le négociateur français devait offrir la continuation du secours d'un million que la France donnait déjà à la Hollande ; il pouvait même pousser ses offres jusqu'à 1,S00,000 livres, et proposer d'y ajouter 4,000 hommes de pied et 600 chevaux français, sans drapeaux, ou 6,000 hommes et 1^000 chevaux, avec les drapeaux, « pourvu que le prince . d'Orange les emploie avec ses armées en une conquête où le roi ait part*. » La France ne pouvait faire davantage à ce moment, car elle était sans argent. « Nous avons très-grand sujet, M. Bouthillier et moi, écrivait Bullion au cardinal, le 26 avril, de tenir la bourse du roi fermée, l'épargne étant quasi toute épuisée. . . tellement que la plupart des dépenses et toutes celles de l'argent comptant des six premiers mois de l'année n'est fondé que sur des traités '. » Mais les Hollandais ne paraissaient pas disposés à continuer la guerre, et ils poursuivaient les négociations qu'ils avaient entamées avec l'Espagne. Ils apportaient, il est vrai, dans ces négociations une opiniâtreté égale à celle des Espagnols, chacun des deux gouvernements ne voulant abandonner aucune de ses prétentions. Aussi la mission de Ghamacé lui imposait-elle une lutte de chaque jour, lutte dans laquelle il était sans cesse aussi près d'un échec que d'un succès, mais où sa prudence consommée, aidée
1 Instrnction donnée à Chamacé, Papiers de Biehelieut i. IV, p. 42U
* Idem.
s Arch» de* aff. étrang», France, t. LVIII, foL SI».
des subventions que Louis XIII ne cessait de fournir aux lionunes politiques de la Hollande, devait lui assurer une victoire définitive.
Moii cousin, depuis mon aultre lettre escripte ^ du mont est arivé qui ma aporté la responce pour la Reyne ma mère* laquelle je ne feroy pas que je naye responce ae la lettre que je vous escript la première. — Louis. A Forge ', ce 16 juin à X heures ou soir 1633. — {Ibid,, fol. 30.) — (Original,)
Mon cousin, j'ai reçu vostre lettre et la dépêche de Charnacé par laquelle je voy quil ny a encore rien de certain pour la trêve ou pour la guerre, ses longueur sont bien fascheuse *, si la nouvelle de la Grange os ormes est vray cela les doibt bien eschaufer pour la guerre car il nauront jamais si beau ^ ny nous ausy
1 Nous n^avons pu trouver cette lettre.
* Marie de Médecis était malade à cette époque, et Louis XIII avait envoyé à sa mère, le 3 juin, le sieur Des Roches pour prendre de ses nouvelles. La reine-mère avait, sans doute, écrit à son flls pour le remercier de cette visite. Selon le cardinal, elle ne voulut rien 'répondre au messager, sur toutes les questions au'il avait été chargé de lui faire, par Richelieu. (Mémoires, liv. XXIV, t.VlII, p. 491, col. 1.) La réserve de Louis XIII semblerait indiquer que, sa mère ayant dans la lettre qu'elle lui avait écrite attaqué le cardinal, la réponse que celui-ci avait préparée ne paraissait las au roi montrer suffisamment quels étaient ses sentiments affectueux à
'égard de son ministre.
* Le roi était parti le 14 de Saint-Germain, pour aller prendre les eaux à Forges. Ces eaux étaient alors- très-estimées, comme nous le montre ce passage de la Gazette^ du 2 juillet 1631 : « La sécheresse de la saison a fort augmenté la vertu des eaux minérales ; entre lesquelles celles de Forges sont ici à présent grandement en usage. Il y a trente ans que monsieur Martin, grand médecin, leur donna la vogue. Depuis le bruit du vulgaire les approuva. Ai:gourd'hui monsieur Bouvard premier médecin du roi les a mises au plus haut point de la réputation, que sa grand fidélité, capacité et expérience peut donner à ce qui le mérite, vers Sa Majesté qui en boit ici par précaution et presque toute la Cour à son exemple. » On voit, par cette petite citation, que la science des annonces et des réclames était déjà en honneur dans le dix-septième siècle.
^ Charnacé dut envoyer de suite une autre dépêche, puisaue Richelieu lui écrit le 23 juin, pour lui témoigner le contentement du roi ae la rupture de la trêve et l'engager encore à traiter promptement. Papiers de ÉicheUeu^ t. VII, p. 1001.
" La Grange aux Ormes était alors en Allemagne, accrédité auprès des divers électeurs et des villes libres. On voit que la pensée de pousser les Hollandais à la guerre dominait toujours la politique n>ançaise.
contre la Croce* car Valestain mort* je tiens les affaires 46 17 22 13 24 26 28 H 31 28 26 17 28 16 31 17 29 17 24» Inportune* par conséquent Bourelier» ne 26 17 31 30 13 31 25 21 28 29 17 15 25 31 28 29 16 17 15 17 15 25 29 30 17 22 13» je ne parle de ceci que en cas que 22 13 30 28 17 24 17 29 17 18 13 15 17 26 13 29^ je me porte bien Dieu mercy et vous atans avec impatance. — Louis. A Forge, ce dix-septième juin 1633. — (Ibtd,, fol. 31.) — {OtnginaL)
On voit, parlalettre qui précède, combienLouisXIII sentait profondément la nécessité de l'alliance avec la Hollande. Il savait trop bien, lui qui était soldat, que notre frontière du nord, complètement dépourvue de défenses, serait à la merci des Espagnols, si ceux-ci n'étaient occupés à guerroyer contre les Hollandais, et que, dans ce cas, les bons résultats de la politique française en Allemagne n'auraient aucun effet, la France, trop occupée au nord, ne pouvant attaquer la Lorraine, comme elle le désirait, pour porter de là ses années dans le cœur des possessions de TEmpire.
Mon cousin, je viens de resevoir une lettre de la Reyne ma mère par Brasceure laquelle je vous envoie il ne ma rien dit que des compliments sur ma bonne santé je lui ay respondu de mesme sur celle de la reysne ma mère, ceOe^sy nestant a aultre fin je
1 I^a Lorraine.
• La nouveUe de la Orange aux Ormes ne devait pas être celle de la mort de Valstein. Du reste, il s'était peut-être trompé lui-méme en annonçant précipitamment la mort du duc de Friedland. C'était le neveu de celui-ci oui était mort ; la similitude des deux noms avait pu tromper l'agent français.
* De luipreur perdues en.
« Allemagne. Ce chiffre pour désigner l'AUemagne est caractéristique, et nous montre quelles préoccupations elle imposait déjà aux gouvernants français.
* Monsieur de Lorraine (Charles IV).
• Ne peut avoir secours de ce costé là.
"^ Ia trêve ne se face pas. Ici les deux dernières lettres du mot trêve a^ Kont pas chiffrées, mais nous avons formé la phrase ainsi, dans rimpo«si> hilité de la former autrement.
prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. A Chantilly, ce quatorzième juillet 1633. (Ibid., fol. 32.) - {Orig.)
La reine-mère cherchait toujours à se rapprocher de son fils. Elle saisissait avec empressement toutes les occasions qui se présentaient de lui écrire, tout en évitant soigneusement de s'adresser au cardinal ou de s'occuper de lui, autrement que pour le faire attaquer. Mais Louis XIII ne répondait nullement aux vues de Marie de Médicis, puiâqu il ne lui écrivait aucune lettre qui ne fût tout d'abord approuvée ou même souvent rédigée par Richelieu, De plus, chacune de ces réponses ne contenait que peu de lignes, et le roi se contentait toujours d'y adresser quelques compliments à sa mère, sans jamais lui parler d'aucune affaire sérieuse. Qu'on en juge par celle qu'il lui écrivit le lendemain même qu'il adressait la lettre ci-dessus au cardinale « Madame, dit-il, je suis extresmement ayse davoir apris le recouvrement de votre santé, duquel j a vois desjà eu advis par diverses voyes. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous la confirme, et vous done aussy longue vie que vous la pouvés souhaitter. » De pareils sentiments sont certainement d'un bon fils, mais la sécheresse avec laquelle ils étaient exprimés auraient dû indiquer à Marie de Médicis que les efforts de sa haine étaient superflus,, et qu'elle ne parviendrait jamais à détacher Louis XIII d'un ministre auquel il se liait chaque jour davantage.
* Papiers de Richelieu, t. IV, p. 473. ,
iâ
178 LETTRES UVÉDITES
15 juillet 1633.
Mon cousin, je trouve très bon que vous aliés a Paris aujourd'huy je vous conjure dans ce lieu là de prendre bien garde à vous. — Louis.
Je vous prie s'il est venu des nouvelles de Hollande ou Lorraine je les sçacne promptement. — {Ibid., fol. 33.) — (Orig.)
Nous n^avons rien à ajouter à cette lettre. Les termes employés par Louis XIII sont assez significatifs et indiquent suffisamment de quelle affectueuse sollicitude il entourait son ministre. Dans les lettres qui vont suivre nous retrouverons cette sollicitude se manifestant d'une façon aussi caractéristique.
Mon cousin, je ne sçaurois estre en repos si je nay souvent de vos nouvelles cest pourquoy ienvoye ce porteur pour men raporter que je prie le bon Dieu cie tout mon cœur estre telles que je les désire. — Louis. A Chalons, ce troisième octobre 1633. — (Ibid., fol. 34.) — (Orig,)
Au mois d'août, Louis XIII, poursuivant l'exécution du plan tracé au commencement de Tannée, et profitant des embarras que la politique de son ministre avait suscités à l'Autriche, attaquait la Lorraine, qui ne pouvait être secourue par l'empereur. Les forces de Charles lY, retenues ailleurs par les Suédois, ne purent empocher le roi d'arriver rapidement jusqu'au cœur du duché. Le duc do Lorraine, effrayé, demanda à négocier,, et, le 20 septembre 4633, il signa à Charmes un traité par lequel il s'engageait à livrer sa capitale à Louis XIII pour quatre ans, et à ne plus porter les armes contre lui. Le roi entra en grande pompe à Nancy le 36 sep-
DE LOUIS Xlll A RICHELIEU. 179
tembre. Cette ville étftit alors une des places les plus fortes de TEurope, et sa possession devait être d'une grande utilité à la France. On augmenta ses fortifications, ses habitants furent désarmés et on y mit une garnison française ^ ^
Richelieu, parti de Nancy le 1" octobre, fut obligé de s'arrêter à Saint-Dizier, où il arriva assez malade le 4. On voit, par la lettre précédente, combien Louis XIII craignait de perdre un serviteur aussi précieux que l'était le cardinal. Saint-Simon, qui avait momentanément quitté le roi, écrivait h Bouthillier, de Commercy, le 3 octobre : « Le roy regcent une extresme peine du mal de monsiegneur le cardinal... Je soushaiterois qu'il fust à Ghâlons et nous tous auprès de luy. Donnez des nouvelles souvent, le roy le désire fort et m'a commandé de vous mander comme aussy si monseigneur le cardinal veult qiiil le reviendra trouver*. » Le 6, le cardinal allant un peu mieux, le roi écrit à Bouthillier : « Monsieur Boutilier, les nouvelles que je reçoy a toutes heures de mon cousin le cardinal de Richelieu, me consc^ lent extresmement, c'est pourquoi ne manques pas de continuer a men faire sçavoir le plus souvant que vous pourés. » Et, en post-scriptum, il ajoute : « Le Juif (c'était le chirurgien qui avait déjà guéri Richelieu à Bordeaux en 1632) passa par yci ier au matin sans que j'en seuse rien si jen euse été adverti je luy euse bailé des chevaux qui leuse mené plus diligemment que la poste'/» Sans doute, cette fois encore, ce Juif était mandé auprès du cardinal ; cela expli-
1 Voir le récit de cette rapide campagne dans le premier volume de YBistoire de la réttnion de ta Lorraine û la France^ par M. le comte d'Haus* BonViUe.
« Arch. dêê fl#. étntnp.s France, t. LXVI, fol. 97.
« Areh. dei af, étrang., France, t. V, fol. 35.
i80 LETTRBS INÉDITES
querait le regret exprimé ici par Louis XIII de ne lui avoir pas donné des chevaux meilleurs que ceux de la poste. Richelieu quitta Saint-Dizier, étant en pleine convalescence le 20 octobre.
23 octobre 1833 •.
Mon cousin^ la nouvelle que jai receu de vostre nouveau mai ma mis extresmement en peine mais monsieur Bouvari ' masure que se ne sera rien jç vous prie de séjourner où vous vous trouvères bien jusques a tant que le chemin ne vous puisse plus faire de mal. M. Boutilier vous fera response sur )e mémoire que vous mavés envoyé cest pourquoy je ne vous en parleroy pas davantage asseurés vous de mon afection c[ui durera jusqu au dernier soupir de ma vie. — Louis. Au Plesis des Bois *, ce 23, i633. — (Ibid., fol. 36.) — {Ot-ig.)
Mon cousin, ne pouvant estre en repos si je nay souvent de vos nouvelles jenvoye Montorgeuil pour men aporter * ie prie le bon Dieu de tout mon cœur qu'elles soient telles que les dezire la persône du monde qui vous ayme le plus et qui naura poinct de loye qui ne vous revoye en parfaicte santé *. — Louis. A GourivUle*, ce ving-sixième octoore ^633. — (Ibid., fol. 37.) — - (Original.)
* Quoique rindication du mois où cette lettre fut écrite no soit pas de la main du roi, nous croyons qu'elle a été, en effet, écrite au mois d'octobre, à cause de la maladie diu cardinal, qu'eUe indiaue comme n^étant pas terminée, «t du mémoire dont elle fait mention, et qui ne peut être que celui fait au sujet des affaires d'Allemagne, daté du 22 octobre {Papier» de BieAebem, t. IV, p. 490), et duquel dans une lettre au cardinal, du 30 octobre. BoathiUier, qui était alors auprès du roi, disait : « I^ vmr a fort approaré Ir mémoire sur l'Allemagne. » {A^. étrang.^ France, t. LIX. fol. 172.f
* Bouvart avait succédé à Héroard, comme premier médecin de Looia XIII.
* Le roi logeait alors chez le président de FlesseUes, il en partit le 96. (Voir Gazette de France, 1633, p. 436.)
* Richelieu était encore à Sésannes, en Brie, le 28 octobre, il y était arrivé le tt.
* I^ cardinal écrivait le 25. au cardinal de I<<orraine, que son mal n'était plus rien, le chirurgien que le roi lui avait envoyé l'ayant guéri par ud coup de lancette. {Papierê de Richelieu^ t. IV, p. 781.)
* I^ roi était ^n route pour Saint-Oermain, car la Gazette nous apprend
Îiu'il partit le 26 du Plessis-des-Bois, et vint coucher à Saint-Oermain-eo ^ye, le 28 octobre. {Gasette de Framee, 1638, p. 436).
DE LOUIS XIII A RICnBLIKU. 181
3 novembre 1633.
Mon cousin, je ne saurois demeurer plus longtemps sans envoyer sçavoir de vos nouvelles ces pourc[uoy jenvoye ce porteur pour men raporter que je prie le bon Dieu estre teUes que je les désire, pour moi je me porte parfaictement bien et ne me reste pour avoir contentement entier que de vous revoir en lestât que je le souhaite pour lequel je prieroy le bon Dieu incessamment. — Louis. A Saint-Germain-en-Laye, ce 3 novembre, jour Saint-Hubert*. — {lbid.,M, 38.) — [Original)
Mon cousin, je suis extresmement en peine de vostre nouveau mal mais ce qui me consolle est que vous masures que ce ne se- : ra rien jay parlé à Villiers suivant vostre mémoire, je diroy à M. Boutilier à la première vue tout ce qu'il ma dict pour vous le raporter* je vous asureroy tousjours de mon afection et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainct'e bonne garde. — Louis. A Versaile% ce iO novembre i633.
Bontemps* sera à vostre logis à vostre arrivée. — [Ibid,, fol. 39.) — (Original)
' C'est, sans doute, à cette lettre que répondait Richelieu, le 5 novembre, lorsque, écrivant au roi, il lui disait : « Sire, Thonneur qu'il vous plaist me faire me sert beaucoup plus que tous les médecins du monde. Je pars aujourd'huy pour me mettre en chemin de vous aller trouver... quand je ne seray plus qu'à une journée de Vostre Majesté il me semble que ie seray
tout à fait guéry » {Papiers de Richelieu, t. lY, p. 195.) M. Avenel, qui ne
connaissait cas la lettre que nous donnons ici, a supposé que ces remerciments de Richelieu s'adressaient seulement à la sympathie que le roi ne cessait de témoinier pour son ministre, et dont celui-ci était instruit, chaque jour, par les lettres de Saint-Simon, de Bouthillier et d'autres de ses créatures. Le document inédit que nous publions prouve \xie cette gratitude répondait à des témoignages encore plus directs.
* Cette lettre répond à un mémoire et à une lettre de Richelieu, dans lesquels le cardinal indiquait au roi la réponse qu'il devait faire à Villiers Saint-Genest, envoyé à Louis XIII par la reine-mère. I^a lettre que nous donnons ici vient confirmer une supposition de M. Avenel, à savoir : que le rot n'a donné à l'envové de sa mère aucune réponse écrite, mais seulement une réponse verbale. Le mémoire de Richelieu est donné par M. Avenel (t. IV, p. 497), et sa lettre existe aux archives des affaires étrangères (France, 1633, t. LIX, 227).
* Cette lettre est du 10 au matin, puisque le roi coucha le soir à Saint- Oermain {Gazette de Frame, 1663, p. 460).
* Bontemps était valet de chambre du roi.
Mon cousin, côme le jeune ^ est arivé jalois vous escrire pour vous tesmoigner encore la joye que je recuier en vous voyant et le contentement qui men est demeuré lequel ma redôné la santé
Sarfoicte je vous puis asurer que le feu de Versaile est plus enamé que celuy oe Ruel * et qui durera a jamois. — Louis. A Versaile, ce 28 janvier i634. — (Ibid., fol. 40.) — (Original,)
Mon cousin, Saint-Simon ' sen alant a paris je lay chargé de vous aseurer de mon afection il vous dira lestât de ma santé et a quoy je passe le tems celle cy nestant a aultre fin je vous aseureroy gue je contihuroy mes prières envers le bon Dieu afin qu'il vous tienne en parfaicte santé ainsi que le souhaite la persône du monde qui vous ayme le plus.^ Louis. A Chantilly, ce 14 feuvrier 1634. — (Ibid., fol. 44.) — (OriginaL)
Les deux lettres qui précèdent, si pleines des sentiments d'affection qui animaient le roi à Tégard du cardinal, le cèdent encore, sur ce point, aux trois lettres qui vont suivre. Ici, Louis XIII semble chercher les termes les plus passionnés pour exprimer Tamitié que lui inspirait son ministre. Il sait que Richelieu se laisse facilement abattre, et c'est avec des protestations pleines de tendresse qu'il essaye de relever son courage et de faire renaître la confiance dans le cœur du cardinal.
* C'était le nom donné dans la familiarité à Léon Bonthillier, fils du surintendant des financps. Ijéon Bouthillier, conseiller d'État, puis secrétaire d'État, devint, plus tard, comte de Chavignv et de Busançoy. II Ait mrlé k toutes les négociations entreprises par Kicnelieu à partir de 1631. Inouïs XIII le désigna pour faire partie au Conseil de régence au jeune l^uis XIV. mais Chavi^n^. après la disgrâce qu'Anne d'Autriche infligea à son père. Claude» Bouthillier, prit sa retraite, et ne conserva que le titre de ministre d'£tat. U mourut en 1652.
* Richelieu habitait Rueil à ce moment.
* Claude de Rouvrol, sire de Saint-Simon, page et favori de Ix>uia XUI. II était alors grand louvetier, premier gentilhomme de la Chambre, in^aoU écuyer et gouverneur de Blaye. Il ne devint duc et pair qu'en 105, et mourut en 1603, à Paris. On sait qu'il fut le père de Timmortel aute«r des Mémoirea.
Mon cousin, je ne changeroy poinct mon discours ordinaire qui a toujours esté de vous aseurer de mon afection je continuroy toute ma vie dans ceste volonté et si il estoit nésesaire de vous en douer des témoignages faicte moy cognoistre en quoy et vous verres que je my porteroy avec plus de chaleur que je noy jamais faict en atendant quoy je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. Â Chantilly, ce XI mars 1634. — {Ib'id,, fol. 42. — Original) {Ibid,, 4634, six derniers mois, fol. 136. — Copie.)
Mon cousin, ce hiot nest que pour vous assurer de la continuation de mon afection qui durera jusques a la mort, je suis en bone santé grâces au bon Dieu je le prie que la vostre soit telle que vous la souhaite la persône du monde qui vous ayme le plus ^. Louis. A Chantilly ce 49 mars 4634. — {Ihid., t. V, fol. 43.) —
Mon cousin, jenvoye ce gentillome vers vous pour me raporter des nouvelles de vostre santé sans lesquelles je ne puis estre en repos je vous recommande davoir tousjours soing de vostre persône principalement à Paris * il est passé icy deux ouvriers qui viennent dalemagne qui sont aie trouver M. Boutilier je vous prie me mander les nouvelles qu'ils ont aportées en estant en impatiance je finiroy cette lettre en vous aseurant de mon afection qui sera tousjours telle que vous la pouvés désirer. — Louis. A Chantilly, a midy, ce 23 mars 4634. — (Ibid,, fol. 44.)* — (Original.)
I Ce billet semble une réponse à une lettre du cardinal, s'informant de la santé du roi. (Jne lettre de Richelieu, adressée, le 18 mars, à Léon Bouthillier, paraît justifier cette supposition : u Je vous envoie, lui dit-il, un billet d'une nouvelle forme pour le plus obligeant maistre du monde. Vous me manderez comme il l'aura rej;eu... » {Papiers de Richelieu, t. IV, p. 543). Cette phrase, dans un billet qui ne devait pas être lu du roi indique combien Richelieu était touché des procédés du maître à son égard, et nous montre que quelques bonnes paroles de Louis XIII suffisaient à relever le courage de son ministre.
* Richelieu était k Paris à ce moment : il ne partit pour Rueil que le lendemain. On remarquera l'insistance q«e met Louis XIII à indiquer au cardinal les dangers qu'il peut courir à Paris.
I8i LETTRES INÉDITES
Mon cousin, je comenceroy cette lettre par vous dire que Renbure ^ ma fait voir le règlement que vous avés faict pour tos g[ardes qui est très bien *, je vous atendroy mercredy avec impatience et finiroy cette lettre en vous aseurant de mon afection 2ui sera tousjours telle que vous la pouvés désirer priant le bon lieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa saincte garde. — Louis. Fait à Fontainebleau, ce 29 avril 1634. — (Ibid., fol. 45.) — (OriginaL)
Mon cousin, je ne sorois vous tesmoigner la joye que jay daprandre quil nia rien a craindre pour vostre vieux mal ' je prie que le bon Dieu vous donera la santé parfaicte, la mienne va toujours de mieux en mieux je vas auiourdhuy a la chasse pour esaier si je pouroy endurer le cheval (je vous conjure davoir plus de soin^ que jamais de vostre persône et croire que la mesme afection que jay eue pour vous et plus grande s*il se pK>uvoit jusques a ce moment durera éternellement) ^ priant le bon Dieu de tout mon cœur qu*il vous tienne en saincte garde. — Louis. A Fontenebleau, ce 12 juin 1634. -— (Ibid., fol. 45.) — {Original,)
La joie que Louis XIII exprime dans cette lettre était réelle et profondément ressentie. Ce n'est pas seulement à Richelieu qu'il témoignait son contentement de le savoir bien portant, et le désir qu'il avait de le voir toujours en bonn« santé. Partout, à
* Jean de Ranburea, chevalier des ordres et capitaine de chevau-légera. 11 fut tué au siège de la Capelle, le 4 octobre 1637.
* M. Avenel n a pas trouvé la moindre trace du règlement dont parie Louis XIII ici ; nous n'avons, d'ailleurs, pas été plus heureux que lui.
* Le roi veut parler des rhumatismes du cminal, dont celui«ci aTait craint un accès quelques jours auparavant. Cette lettre est une réponse à une autre lettre de Richelieu, écrite à Paris, le même jour, et adressée à Léon Bouthillier. Dans cette lettre, le cardinal demande des nouveUes de U santé du roi, lui envoie des siennes et l'assure de la passion qu*tl reaaeat pour son service et du contentement que lui procure la bienveillance dont Louis XIII le comble. {Papien de Hiehêlieu, t. IV, p. 566.) Nous penaoos que la lettre du roi a été écrite le 12 au soir.
La phrase placée entre parenthèses a déjà été citée par M. Avenel {Papiers de Biehelieu, t. IV, p. 573).
DE LOUIS XIII A RIGflELlËU. 185
tout instant et à tout le monde, il exprimait les mêmes sentiments. Le même jour, 12 juin, Léon Bouthillier, dans une lettre à Richelieu, disait : « Le roy est en parfaite santé, grâces à Dieu; il tesmoigne tous les jours désirer plustost la vostre que la sienne propre, avec des tesmoignages d'une passion qui ne se peut exprimer*. » Et c'était un des confidents intimes du cardinal qui écrivait cela ; un homme que Richelieu plaçait auprès du roi, pour être informé par lui de toutes les variations d'humeur du maître, et qui ne négligeait jamais, quand l'occasion se présentait, d'informer le cardinal des sujets de mécontentement qui auraient pu être donnés à Louis XIII par son ministre. Le 15 juin Léon Bouthillier écrivait de nouveau à Richelieu : « Je me réjouis infiniment que vostre mal n'ait pas esté de telle conséquence que nous le craignions ; le roy en tesmoigne une extrême ]pye. Hier au soir M. le premier donna la collation à la reyne et aux filles, où le roi vinst ; il y fust beu bien authentiquement à vostre santé*. » C'est là un témoignage précieux. Voulant surtout servir Richelieu, Léon Bouthillier devait être rempli de défiance à l'égard de Louis XIII. Comme le cardinal, le jeune secrétaire savait combien Te roi était parfois dissimulé ; mais il vivait sans cesse avec lui, connaissait toutes ses actions, ne perdait aucune de ses paroles, épiait en quelque sorte ses pensées, et si Louis XIII n'eût pas été pénétré des sentiments affectueux qu'il exprimait à tout propos à l'égard de son ministre, Bouthillier l'eût deviné et en eût informé Richelieu.
* Arch. des aff. étrang., France., 1634, six premiers mois, fol. 297.
• fdem, fol. 307.
Mon cousin, je pars demain matin pour aler coucher à Juvicy et après demain estre à Ruel à 4 heures du soir. (Je ne vous feroy response sur ce que avés escripjt à M. Boutilier parceque estant parti ce matin je nay osé ouvrir son paquet) ^ seulement vous aseureroije que jauroy tousjours la mesme afection pour vous que je vous ay promise et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa samcte garde. — Louis. A Fontainebleau, ce 18 juin 163i. — (Ibid., fol. 47.) — {Original.)
Mon cousin, je viens de recevoir vostre billet si ce nestoit que jay cômancé aujourdhuy a prendre mes eaux et que je nose aler au chant je vous euse porté ma response mov mesme. Je vous diroy donc que vous pouvés mander le conseil demain à 3 heures après midy en ce lieu ou a Ruel si vostre santé ne vous permet de venir icy laquelle il vous fault préférer a toutes choses priant le bon Dieu quu vous la conserve telle que je la désire. — Louis. A Saint-Germain-en-Laye ce 27 juin 1634. — (Ibid., fol. 48.) — (Original.)
Mon cousin, jay respondu à vostre mémoire à la marge * ie vous aseureroy par celle cy de ma bône disposition je prie le bon Dieu que la vostre soit de mesme atendant que je vous voye je vous aseureroy de mon afection qui sera tousjours telle que vous le pouvés désirer et prieroy le bon Dieu qu'il vous tienne
* Ce passage, entre parenthèses, a déjà été cité par M. Avenel (Poptart iU Biehelieu, t. IV, p. 573). Le savant éditeur des papiers du cardinal fait suivre cette citation de queloues réflexions où, mal^rré lui, car il n'a pas cru à l'affection de Louis Xlii pour Richelieu, il amrme cette affection : •• Nous ne saurions, ditdl, trop mettre le lecteur dans la confidence de ces particularités intimes que les nistoriens ont peu connues, ou auxquelles ils ont dédaigné d'accorder leur attention, et qui nous paraissent, néanmoins, très-propres à rectifier des idées peu exactes sur les relations de Louis XIII et d'un ministre ven lequel il ne «e Mentait attiré par aucun penchant ««nu doute, mais dont il prisait avec un rare discernement les services, et auquel i( avait Jini par se Mentir itutinetivemeni attaché, comme on l'est à tout ce qui nous fait vivre. » {Idem.) Une pareille contradiction chei un écrivain qui. à force de vivre avec le cardinsJ, avait fini par épouser toutes ses pensées, toutes ses espérances et toutes ses craintes, serait une nouvelle preuve, s'il en était besoin, de la vérité de l'opinion que nous défendons.
* M. Avenel donne, en effet (t. IV, p. 576), à la date du 15 juillet, on némoire de Richelieu, avec des notas marginales de la main du roi.
en sa saîncte garde. — Louis. A Chantilly, ce 15 juillet i634. — {Ibid., fol. 49.) — (Original,)
Mon cousin, vous mavés fait grand plesir de m'envoyer la depesche je vous avoue que jeuse esté toute ceste nuict en peine sans cela * je garderoy le paquet jusques a demain que le jeune vienne icy ou si il ne vient a midy je vous le renvoyeroy, je vous doneroy le bon jour par celle cy parceque je croy quelle ne vous sera randue que demain matin et prieroy le bon Dieu qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. Escript a onze heures du soir, ce premier aoust i634. — (Ibid,, fol. oi.) — (Original,)
12 août 1634.
Mon cousin, le porteur de ceste lettre apellé Sifredy est celuy a qui jay dôné la compagnie que j'avois réservée dans le régiment de Chamacé *, il a esté cinq ans dans mes mousquetaires où il a très bien servy et de plus a 2 mil escus contant devant luy que son père luy a envoyé pour faire une bonne compagnie ' je viens de prendre médecine pour ne pas perdre la journée de demain espérant aler à la chasse asures vous tousjours de mon afection qui sera a jamais telle que je vous la promise priant le
* Quelle est cette dépêche que le roi attendait avec une si grande impatience, et quelle nouvelle devait-elle apporter? Le 5 juillet précédent, Richelieu écrivait au maréchal de la Force : « Par votre lettre du dernier
g. 785). Et le 27 du même mois, il écrivait à Léon Bouthillier : u Le roi a été ien aise de voir ce qui se passe à la Mothe et que M. le maréchal de la
Force en assure la reddition dans la fin du mois » {Idem., p. 582.) Dans
son numéro extraordinaire, du 31 juillet, la Gazette de France raconte la
Î irise de cette ville de Lorraine, qu assiégeait en ce moment le duc de la î'orce, et qui avait eu lieu le 28 précédent. Nous pensons que c'est cette nouvelle importante qu'attendait Louis XIII avec tant d'impatience, et cela nous fait supposer que la Gazette antidatait ses numéros. Le roi et le cardinal n'écrivirent, d'ailleurs, au maréchal, pour le féliciter du succès de ses opérations, que le 4 août suivant. {Mémoires de la Force, t. III, p. 407 et 408, Papiers de Hichelieu, t. IV, p. 786J
* Par le traité conclu entre la France et la Hollande, le 15 avril 1631, Louis XIII s'était engagé & lever et à entretenir un régiment et une compagnie de cavalerie. Chamacé avait été nommé colonel du régiment et capitaine des cavaliers.
* Sifredy reçut sa commission le 14 septembre, comme nous l'apprend un rapport de Richelieu au roi, daté du 13 du même mois. {Papiers de Richelieu, t. IV, p. 603.)
bon Dieu quil vous tienne en sa saincte garde. — Louis. A Monceaux, ce 12 au soir 4634. — {Ibid., fol. 53.) — {Original,)
16 août 1634.
Mon cousin, je faisois estât de vous aler voir aujourdui^ mais la goûte mayant pris ceste nuit inen empeschera a mon grand regret je esoyeroy sur le soir a voler un perdreau dans mon parc nosant aler plus loin de peurdestre surpris par la douleur et avoir trop longue retraitte jay force petittes choses a vous dire que je vous diroy demain moymesme sil plaist au bon Dieu ' je ne vous asureroy pas seulement de mon afection mais de la grande pasion gue jay pour vous qui durera tant que jauune minute de vie. — Loris. A Chantilly, ce 16. — {Ibid,,
roy fol.