M. P. DE NOLHAC
Conservateur du Musée de Versailles,
a fait faire les reproductions des tableaux de la galerie du château de Richelieu,
et communiqué des renseignements sur le Versailles de Louis XUl.
M. ARXAUNE
Directeur des Monnaies et Médailles,
a bien voulu autoriser une frappe spéciale des médailles
de Louis XIII.
L'illustration du volume,
pour tout ce qui concerne les collections du Cabinet des Estampes
de la Bibliothèqjie Nationale à Paris,
a été faite d'après les indications de
M. Henri BOLXHOT Conservateur du Cabinet des Estampes.
et sous la direction de
M. Georges RI AT Sous-Bibliothécaire à ce Cabinet.
AVAxXT-PROPOS
Avant passe quelques journées d'un été brûlant dans les délicieuses « salles de tVaicheur » du château de Chantilly, j'eus l'DCcasion de lire, parmi tant d'archives importantes, un volume contenant des lettres inédites de Louis Xlll au cardinal de Richelieu. Ces lettres, tort intéressantes par ellesmêmes, donnent de Louis Xlll une opinion si diflérente de celle généralement admise qu'il sembla intéressant de les publier.
En effet, pour la plupart des gens qui ont sui\ i des cours d'histoire et même passé des examens, il reste d'ordinaire bien peu de souvenirs du régne de Louis XIII : un tvpe de costume, un stvle plutôt qu'une époque. Si on se rappelle la Journée des Dupes, elle parait réglée comme à la Comédie-Irançaise; la campagne de la Valteline ressemble à une pièce militaire à spectacles de l'ancien cirque, où Yon voit paraître et disparaître, sans trop savoir pourquoi, des Français et des Espagnols. Quant à la guerre de Trente Ans, ennui des examinateurs et terreur des candidats, un chef de bandes n'a pas pillé une ville au hasard des circonstances, sans qu'il taille en donner des raisons tactiques ou même stratégiques.
D'une façon générale, les livres d'histoire nous découpent ce règne en parties bien ordonnées comme un discours académique. Deux figures prnicipales se détachent : dans la pénombre, on voit le roi maladif et mélancolique; au premier plan, le cardinal d'aspect sévère, penché sur l'échiquier
AVANT-PKOPOS
européen, joue simultanément des parties d'échecs avec tous les souverains d'Europe; il s'interrompt pour taire tomber quelques têtes, ou faire sauter quelques châteaux. Puis on se rappelle la tameuse anecdote. L'infortuné Louis XIII veut donner, à certain moment, une leçon à ce génie insupportable et ose lui dire : « Passez donc devant moi, puisque vous êtes le vrai roi. » Mais le cardinal a vite tait de rendre avec usure la leçon; il prend un flambeau allumé : « Oui, sire, mais pour vous éclairer. »
Les lettres changent tout cela. D'abord, elles écartent les mémoires du temps. Louis XIII avertit le cardinal et nous par conséquent, de ne rien croire de ce que chacun pourrait dire, depuis son trére jusqu'à ses courtisans ; il nous apprend même que pour dépister des fâcheux il a « conté des sornettes à voix basse pendant une heure ».
Certains auteurs qui ont déjà publié des lettres de Louis XIII à Richelieu avaient signalé que l'histoire était à refaire. D'après eux, Louis XIII était un vrai roi dont Richelieu ne fut que l'agent, aussi remarquable, du reste, par son dévouement que par son génie. L'ensemble des lettres de Chantilly montrera de la façon la plus curieuse que Louis XIII était un grand roi. Fort bien doué, au physique et au moral, très observateur, matinal, tra\aillant assidûment, il est tout naturel qu'il ait bien exercé ce métier de roi.
Passant son temps à chercher des hommes, il est donc également naturel qu'ayant rencontré Richelieu, il l'ait étudié, ait reconnu sa valeur, puis veillé avec le plus grand soin à utiliser le génie de ce ministre incomparable.
S'il ne s'agissait que de rétablir l'histoire et d'ajouter un volume à l'art de vérifier les faits, comme on le -faisait autrefois pour l'art de vérifier les dates, il n'y aurait, dans les bibliothèques d'histoire, qu'un volume de plus.
Il semble que la publication actuelle puisse atteindre un but plus élevé et plus étendu, car, ce qui doit intéresser dans l'histoire, plus même que le document historique, ce sont, avec les applications qu'on peut en faire, les leçons qu'on doit en tirer.