‹ Louis XIIIChapitre 2 sur 166 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La vie des peuples est une suite de mouvements et de repos. Depuis le commencement de l'iùirope, ces mouvements sont, d'une façon gé-nérale. des extensions de peuples. Chacun, d'ordinaire, cherchant à s'agrandir, ce ne peut être qu'aux dépens du voisin, et l'agrandissement des uns se fait par la suppression graduelle des autres. Les conditions géographiques jouent un rôle important; mais l'action humaine a souvent un effet considérable, et c'est ce qui rend le régne de Louis XIU intéressant à étudier.

Prenons comme point de comparaison l'époque actuelle. L'iùirope entière semble engourdie par le bien-être des classes dirigeantes; partout, des armées formidables ne servent à rien; les chefs d'État les plus entreprenants ne peuvent jouer aucun rôle; chacun se contente de vivre. Que pourrait faire un grand homme en semblables circonstances et quelle action pourrait-il exercer ?

Remontons à cinquante ans en arriére. U semble actuellement que chacun, sans être un grand politique, eût pu prévoir que l'Allemagne et l'Italie devaient, à leur tour, et forcément, devenir des États homogènes. Le rôle d'un chef d'État français eût donc été de prévoir ce mouvement et, tout en le laissant s'effectuer, d'en tirer parti pendant son exécution. Rien ne pouvait s'opposer à l'unification de l'Allemagne; mais quel en serait le centre .' C'est là où l'action humaine pouvait intervenir. Si Bismarck était né un peu plus au sud, probablement Berlin ne serait pas la capitale de l'empire allemand.

Au moment où la Révolution française se préparait, impossible à éviter, si Louis X\-I avait été doué des capacités nécessaires, malgré toutes ses difficultés de famille, il eût pu jouer un rôle considérable en dirigeant le mouvement, et aurait amsi évité à l'humanité bien des périodes douloureuses.

Ces exemples dc^més, arrivons au commencement du nvu"-' siècle et voyons le rôle personnel de Louis XIII. A cette époque, les peuples cherchaient conRisément à se réunir; la vie des provinces avait tait son temps; on étouffait; il fallait un espace plus considérable.

AVAXT-PROPOS

La maison d'Autriche enserrait la France de plusieurs côtés. Admettons qu'il se fût trouvé un souverain médiocre, laissant aller les choses; de\ant des forces supérieures, il eût été obligé de céder. C'était alors la France amoindrie de tous côtés; c'étaient les Pays-Bas annexant la Picardie; l'Empire, avec la Champagne et la Bourgogne; la Savoie avec le Dauphiiié et la Provence; l'Espagne avec la Gascogne et une partie du Languedoc. Il ne restait plus à la France qu'un tronçon de pays, incapable d'aucune influence et placé à côté du Saint-Empire, comme la Belgique l'est actuellement à côté de l'Allemagne.

Par un hasard providentiel, Louis XllI a les qualités nécessaires; il connaît la médiocrité des ressources dont il peut disposer; il sait que tout repose sur lui; il faut redoubler d'efforts, mais comme il le dira lui-même : « Si je m'étais amusé à rester dans une de mes maisons, on eût mis le royaume dans un bel état. »

A un moment donné, il aperçoit le danger : c'est l'invasion, la capitale prise, la France perdue; en un mot c'est « l'année de Corbie ».

Faisant preuve de la plus grande activité, il va donner de sa personne; il presse tout le monde, supplée aux défaillances, fait tantôt le métier de général, ou celui de colonel, quand il en est besoin. 11 presse le cardinal d'envoyer à tout prix de l'argent, des secours, des hommes.

Le Roi a vu juste. L'effort de l'Espagne est brisé sous les murs de Corbie; la nationalité française est sauvée. Un peu de repos, et la France va reprendre son mouvement d'expansion qui continuera jusqu'à nos jours, avec des oscillations de frontière, tantôt glorieuses, tantôt pénibles.

Louis XIII était donc placé à ce qu'on appelle de nos jours un tournant de l'histoire. Il fut à la hauteur de son rôle, et c'est à lui que la France doit son existence de grande nation. Ce fut donc un grand Roi, en même temps qu'un grand homme et un vrai philosophe. La guerre lui tut une charge; la gloire lui semblait inutile; il ne voulait qu'une bonne paix, pour travailler à son métier de souverain.

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