M. de Nouveau, directeur général des postes
LEÏTKHS DK LOUIS XIII A RICHELIEU
Fontainebleau, 2 juillet 1637.
Je me réjouis des bonnes espérances que Arnauld a apportées de la prise de Landrecies': il ne se peut mieux faire que de faire joindre le grand maître^ avec lui, avec le cardinal de la ^'alette. Je suis très aise de la prise du garde de M. le Comte'; la commission que vous avez envoyée à M. de Bellejambe, pour lui faire son procès, est très à propos.
M. l'Évèque d'Auxerre * passa hier ici, où il reçut l'ordre pour faire arrêter le lieutenant de Treilly ; il m'en parla ; je lui ai demandé par qui il l'eût fait faire si il eût été à Auxerre : il me dit que c'eût été par le baron de Guerchy, lieutenant de -M. le Prince : nous jugeâmes à propos de lui en envoyer les ordres, avec une lettre de ma main pour exécuter cette commission, que .M. d'Auxerre m'a assuré que il fera fort bien.
Je crois que M. le Comte fera beaucoup de bruit et peu de mal, comme ça a été toujours mon opinion; M. de Chàtillon' est en état de l'en empêcher; il est très à propos que cette armée-là ne s'engage à rien que Landrecies ne soit pris. La difficulté que font les Suisses de sortir ne me plaît point ; je ne vois que eux qui puissent faire faux bond. Je voudrais écrire à >L de Chàtillon de les tirer des places, ou par amitié, ou par force, mettant dans les villes où ils sont des troupes plus fortes que eux, et leur dire hautement qu'il faut qu'ils sortent. M. de Lonoueville sert très bien dans la Comté. Je crois que vous aurez su par le sieur de Rothau, qui est au duc de Weimar, la défaite qu'il a faite d'une partie des troupes du duc Charles. Tout commence bien de tous côtés, de quoi il faut bien louer Dieu. Le dit Rothau apporte aussi la prise de Champlitte.
Je crois qu'il est bon de faire mettre dans la Gazette, en suite de ces défaites, comme le secours de 6 000 hommes de pied, qui devait venir d'Allemagne au duc Charles, est réduit à 1200 hommes, suivant ce que en mande Médavy.
Je ne doute nullement que les Espagnols ne veulent entreprendre quelque chose vers le Languedoc. Le voyage de M. d'Estampes vers M. de Rohan est très
Lettre 379. — Archives de Chantilly.
1. Landrecies, place forte de la Flandre sur l'Escaut, était assiégée par l'armée française. — 2. Le marquis de la Meilleraye, grand maître de l'artillerie.
3. M. le comte de Soissons. —4. Auxerre en Bourgogne, actuellement chef-lieu du département de l'Yonne.
5 M. de Chàtillon a déjà été souvent nommé par Louis .XIII. Il était un des meilleurs généraux de l'armée française. Gaspard III de Coligny, petit-fils de l'amiral, seigneur de Chàtillon-sur Loing. et comte de Coligny, naquit en 1584. Colonel-général de l'infanterie française en 1614, il fut nommé maréchal de France en 1622. Commandant larmée de Flandre en 1638, il prit .\rras en 1640; il fut battu à la Marfée le 6 juillet 164 1, et se retira à son château de Chàtillon où il mourut.
h propos. Je trouve la proposition du Mont Olympe très bonne, et la faut commencer le plus tôt qu'on pourra, n'y ayant point de temps à perdre. (]eu.\ de La '1 uur et \eillac proposent de s'entretenir tous deux de ce que le pays donne au régiment du Mare-chal seul, ce que je crois qu'il faut accepter et licencier le régiment du .Maréchal. Il faut pourvoir à les faire remettre, étant deux bons régiments.
J'oubliais à vous dire que j'avais donné dès avant-hier l'enseigne de Normandie à un gentilhomme, qu'il y a huit ans qui est dans mes mousquetaires.
J'écrirai à .M. de Noyers la lettre pour les officiers de la compagnie de la Reine.
Louis.
Fontainebleau, 2 juillet 1(337.
La peste commence à s'échauffer ici autour : il y en a 27 maisons à Montereau', a à Chailly-, 8 à Barbizon - et autres lieux circonvoisins, ce qui est cause que je me suis résolu de partir d'ici mardi ou mercredi pour aller à ^'ersailles ou Madrid'.
Le major de la Tour, qui vous rendra cette lettre. m"a fait entendre tous les sujets de plainte qu'il avait du maréchal de A'itry ' ; je vous ai mandé mes sentiments ce matin Ui-dessus ; c'est pourquoi je ne vous en parlerai pas davantage. Je vous prie encore qu'on fasse sortir les Suisses des garnisons où ils sont en Champagne.
Louis.
Je vous envoie dans ce paquet la lettre du duc de Wcimar.
Fontainebleau, 4 juillet 1637.
\'ous avez très bien fait de mander à M. de Chàtillon d'aller lui-même ôter les Suisses des garnisons. Je n'ai jamais douté de la mauvaise volonté de M. le Comte ;
Lettre 380. — Archives de Chantilly.
1. Monteroau-Fault-Yonne. au confluent de la Seine et de TYonne. — 2. Chailly en Bière, Barbizon. villages prés de la forêt de Fontainebleau.
3. Le château de Madrid, au bois de Boulogne. — 4. Le maréchal de Vitry était gouverneur de Provence. Il était fort apprécié du roi. mais les plaintes contre lui devinrent telles qu"à la fin Louis XI II fut obliué de le dissrracier.
comme je vous ai déjà écrit si souvent, je persiste toujours dans mon opinion qu'il ne peut renforcer les ennemis que de son train \ Je partirai mardi d'ici.
Louis.
Fontainebleau, 7 juillet 1637.
Le sieur de Maisonneuve, qui m'a apporté des drapeaux de la part de M. de Longueville ', vous dira comme il a pris les châteaux de Lons-le-Saulnier - et Montaigne, lesquels il a rasés, et est allé assiéger Chavigny, lequel il croit pris à cette heure. Il dit aussi que le duc de Weimar est un peu embarrassé parce que le duc Charles'' lui a gagné le derrière, qui lui ôte la commodité de vivres, et que M. de Longueville se prépare à l'aller secourir.
M. de Rohan '• est toujours à Genève. Il serait nécessaire de parler à M. de Nouveau '' pour donner ordre aux postes du côté de Bourgogne.
Je m'en vas coucher à Villeroy et me rendrai à Versailles demain au soir ou jeudi à diner.
Louis.
Chantilly, 18 juillet 1637.
Ceux de Hermerstein ont fait leur devoir, ayant tenu dix-neuf mois, et ne s'étant rendus que manque de vivres. Je suis très aise de l'accommodement de M le Comte ' ; j'en parlerai comme vous me mandez. Ce que vous me mandez du prince d'Orange m'a tout réjoui ; j'-avoue que j'en avais mauvaise opinion avant que j'eusse reçu votre mémoire ; le vent lui est du tout contraire depuis jeudi der-
Lettre 381. — Archives de Chantilly.
1. On a déjà vu Louis XIII exprimer cette opinion blessante pour M. le comte de Soissons qu'il ne pourrait renforcer les ennemis que de sa personne et de son train de bagages.
Lettre 382. — Archives de Chantilly.
1. Le duc de Longueville commandait l'armée française qui devait défendre la Bourgogne et attaquer la Franche-Comté. — 2. Lons-le-Saulnier en Franche-Comté, chef-lieu du département du Jura.
3. Le duc Charles de Lorraine. — 4. Le duc de Rohan, commandant 1 armée française d opération en Valteline, s'était avancé en Suisse.