Le courrier ordinaire de Flandre
(.'hantilly, 23 août 1637, 11 heures du matin.
Je reçus hier votre mémoire et la lettre de .M. le (Chancelier avec l'interrogatoire de La Porte', étant à la chasse ; après l'avoir lu, je jugeai à propos de n'en parler à la reine que le matin avant qu'elle fût levée, ce que j'ai fait en cette façon. Après que j'ai été levé, j'ai envoyé quérir le Père Caussin- pour me servir de témoin ,^Lcgras n'étant ici"), auquel j'ai baillé à lire, cependant que je priais Dieu, la lettre de M. le Chancelier et l'interrogatoire de La Porte ; ensuite je lui ai dit que je voulais niontrcr à la reine les susdits papiers qu'il venait de voir, et la conjurer de dire la vérité pour sauver la gêne ' au dit La Porte, et qu'il fallait qu'il lui dit qu'en conscience elle serait cause du mal qui arriverait à La Porte, ce qu'il m'a dit qu'il ferait.
Nous sommes donc allés, le dit Père et moi, chez la reine, auquel j'ai fait lecture de la lettre et de l'interrogatoire, elle et moi regardant le papier, ce que j'ai voulu afm qu'elle ne crut que on y ajoutât ni diminuât rien ; après quoi, le Père Caussin lui a remontré qu'elle devait dire la vérité, ou que autrement sa conscience serait chargée du mal qui en arriverait au dit r>a Porte. Elle nous a dit jusques à trois fois que elle avait dit la vérité, et que c'était La Porte à qui elle baillait les lettres pour les porter à Auger, mais qu'elle ne savait pas si ledit La Porte les portait lui-même, ou les baillait à quelque autre pour les donner audit Auger, qu'elle avait donné hier au matin au sieur Legras. qui est allé à Paris, un billet (pour vous donner) quelle écrit à La Porte, par lequel elle lui commande de dire tout ce qu'il sait, et que c'a été la peur qui l'a empêché de parler, et qu'elle me priait de me souvenir que je lui avais promis en votre présence que on ne ferait point de mal à La Porte, ce que je lui ai dit être vrai, et que il n'en recevrait aucun que celui de la prison.
Ensuite, le Père a repris la parole pour lui dire que si c'était l'abbesse du Va\de-Gràce ou quelque autre, elle le devait dire, et que pour la dite abbesse, quand ce serait elle qui aurait fait tenir les dites lettres, que on ne lui ferait point de mal, et que on la laisserait vivre au couvent où on l'a envoyée selon les règles de l'ordre, ce que je lui avais dit de lui dire pour essayer à la faire parler ; elle a toujours persisté que l'abbesse ni autre religieuse n'a jamais su qu'elle écrivit en Flandre depuis la rupture, que auparavant elle avait écrit au roi son frère *, ce qui est à présupposer que l'abbesse savait.
^'oilà ce que j'ai pu tirer d'elle en présence du Père Caussin, que j'avais amené
pour me servir de témoin.
Louis.
Lettre 390. — Archives de Chantilly.
I. La Porte dont on a vu l'arrestation. — 2. Le Père Caussin, confesseur du roi. 3. La torture que, sans cela, on infligerait au dit La Porte. — 4. Le roi Philippe IV d'Espagne, beau-frùre de Louis XIU, grand ennemi de la France.
Saint-Maur', 12 septembre 1637.
Je vous envoie le papier de M. de Nouveau, lequel est celui de quoi je vous parlai hier. Je vous puis assurer que tout ce que M. de Chavigny vous a dit est très vrai.
Si il n'y a rien qui m'empêche d'aller à Fontainebleau, je serais bien aise d'y aller mercredi pour être revenu ici lundi au soir. Je vous prie me mander demain si c'est chose que je puisse faire, sans faire tort à mes affaires.
J'ai mené la reine à la chasse, qui a vu prendre cinq loups et un renard. Je lui ai
dit la belle affaire de M"'^ de Chevreuse, laquelle elle a trouvé fort étrange, disant
qu'il n'y a que une folle qui pût faire ce tour-là.
Louis.
Saint-Maur, ce 13 septembre 1637.
Je vous renvoie le paquet que vous m'avez envoyé et par lequel je vois les
déplaisirs que reçoit le comte D. ' des nouvelles qu'il apprend de Flandre. Il
commence déjà à songer à l'année qui vient. Il est nécessaire que nous fassions
de même.
Je vous attendrai demain en ce lieu avec impatience.
Louis.
Fontainebleau, 14 septembre 1637.
La nouvelle que vous m'avez envoyée m'a fort réjoui \ cela amoindrira, à mon avis, le secours que les Espagnols qui sont devant Leucate ' espèrent de ce côté-là.
Lettre 391. — Archives de Chantilly.
I. Saint-Maur-les-Fossés, sur la Marne, à 11 kilomètres environ à l'est de Paris. Catherine de Médicis y avait fait élever un superbe château qui servit souvent de résidence aux rois de France.
Lettre 892. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-{CLXXX.) 1. Le comte D. signifie le comte duc d'Olivarès, premier ministre et favori du roi d'Espagne Philippe IV.
Lettre 393. — Archives de Chantilly.
1. Leucate. sur la Méditerranée, près de la frontière du Roussillon, chef-lieu de canton du département de l'Aude. Elle était assiégée par les Espagnols.
. Je crois cjuc La Ciipelle- ne tiendra pas plus de huit jours, les choses étant en l'état que vous me le mandez. Il faut remercier le bon Dieu des grâces qu'il nous fait tous les jours, et reconnaître que toutes ces prospérités viennent de lui. Le plus tôt que M. de Chavigny ' pourra partir sera le meilleur, pour ne perdre aucun temps en la saison où nous sommes, qui est fort avancée. Egenfelt a eu un peu sa revanche de l'année passée.
Louis.
Saint-Maur, le 15 septembre 1637.
Je vous envoie dans ce paquet un mémoire que vient de me donner un gentilhomme du maréchal de ^'itry ' sur des choses qu'il dit avoir été fournies au.\ îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat".
J'ai été bien aise d'avoir occasion de vous envoyer ce mémoire, pour vous assurer de la satisfaction que j'ai de vous avoir vu hier et vous assurer toujours de mon affection. Je m'en vas coucher aujourd'hui à Tigerv '.
Louis.
Melun', 19 septembre 1637, 4 heures du soir.
Je trouve très bon qu'on envoie diligemment quatre compagnies des gardes à Péronne, savoir : de ^'annes, Brissac, Tessé, Chaudenier. De faire lever le siège de Damvillers ', je n'\ vois pas encore d'apparence, mais je voudrais envoyer diligemment quérir 1200 chevaux de cette armée ; toutefois, si vous jugez qu'il soit à propos de mander l'armée entière, je m'en remets à vous et trouverai très bon tout ce que vous ferez là-dessus.
2. La Capelle en Flandre, assiégée par l'armée française du cardinal de La \'alette.