LETTRF-S DE I.OUIS XI 11 A K IC H K 1.1 !■ C
Je VOUS attendrai demain ici entre deux et trois, ou bien, si vous vous trouvez le moins du monde incommodé, j'irai à Rueil.
M. d'Alincourt- m'a traité un peu rudement; et sans qu'il faut que je voie l'ambassadeur de Mantoue jeudi, je ne fusse retourné à Saint-Germain de dix jours pour y coucher, mais seulement pour voir la reine et non autre.
Nous parlerons demain de l'affaire de M""" de Ghevreuse^
Louis.
Saint-Germain, 2-\ mars 1638.
Je crois qu'il ne se peut faire un meilleur choix pour remplacer le marquis de Créqui que de M. le cardinal de La Valette' ; c'est pourquoi vous le pouvez faire savoir h l'ambassadeur de Savoie. Si l'homme de quoi il est question vient ici, j'exécuterai mon dessein ; la princesse de Guéméné a dit à la Reine qu'elle l'avait hier trouvé tout contre Rueil.
Je vous envoie la lettre pour le comte de Guiche'. Je ne me porte pas bien aujourd'hui'', j'espère que ce ne sera rien.
Saint-Germain-en-Laye, 30 mars 1638.
J'allais prendre la plume pour vous écrire (quand j'ai reçu votre mémoire), pour savoir ce qui s'était passé hier au Parlement; je vous prie me mander ce qu'ils ont fait. Je ne manquerai de me trouver demain mercredi à Rueil, à une heure après-midi, où vous ferez trouver le conseil.
2. Alincourt (Charles de Neufville, marquis de \'illeroy et d';, gouverneur de Lyon, mort, en 1642, père et grand-père des deux maréchaux ducs de Villeroy.
3. Marie de Rohan-Montbazon, veuve du connétable de Luynes, avait épousé en secondes noces Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. Nous avons déjà vu à diverses reprises son esprit d'intrigue.
Lettre 417. — Archives de Chantilly.
1. Le cardinal Nogaret de la Valette, qui a été si souvent mentionné par Louis XIIL — 2. Antoine de Gramont, comte de Guiche, avait épousé une parente de Richelieu, M"" du Plessis-Chivré, en 1634. Il était maréchal de camp; protégé par le cardinal, il fut nommé maréchal de Franco en 1641.
3. Louis XIII signale chaque fois ses indispositions dues à ce déplorable traitement ([u'il suivait, se ruinant la santé avec ses grands et petits remèdes; les malaises deviennent plus fréquents, mais n'ont aucune gravité, comme il l'indique lui-même.
II ne faut point marchander ces messieurs du Parlement', qui font les insolents; autrement on n'en aura jamais raison.
LE CHATEAU DE FRESXE, près Paris
SUUS LOUIS XIll D"aprcs Cl. Chatillox. — Cftbinct des Estampes, Bibliotht'que Nationale.
Je vous eusse été voir aujourd'hui, sans que je m'en vas prendre médecine
pour achever de nettoyer la boutique, afin que le mal que j'ai eu ne me revienne,
dans cette semaine de dévotion-.
Je vous donne le bonjour.
Louis.
Lettre 418. — Archives do Chantilly.
I. On voit que Louis XIII persiste toujours dans sa manière d'agir vis-à-vis des Parlements. Il faut les laisser dire ce qu'ils voudront et obtenir qu'ils votent les impots. — 2. La semaine sainte.
M. de la Force' m'est venu tourmenter, et ne m'a point quitté que je n'aie confimandé à La Ville-aux-Clercs- de dire à M. le Chancelier de recevoir un officier huguenot ; vous le ferez avertir qu'il réponde que il m'en parlera la première fois qu'il me verra, et que il ne le reçoive point.
Egenfeld m'est venu demander son congé, et m'a donné le mémoire que je vous envoie des raisons qui le portent à cela; il m'a dit de plus que depuis que ses deux compagnies sont dans Rue% elles n'ont touché que vingt-huit jours de subsistance, qui est cause qu'il y a beaucoup de ses gens à pied, lesquels il remontera devant que partir.
Louis.
Saint-Germain, le 19 a\ril à i heure après-midi 1638.
Je vous envoie la lettre de Castagneda par laquelle je vois le mauvais état des affaires de l'Empereur. Il ne faut pas perdre l'occasion de faire quelque chose, cette année', pour essayer d'avoir une bonne paix, cet hiver.
Si vous veniez demain diner à Rueil -, je vous irais voir sur les deux heures. Si vous ne venez que le soir, je vous irai voir mercredi à la même heure.
Je vous prie que je sache ce que vous ferez demain à dix heures du matin.
Louis.
Lettre 419. — Arcliives de Chantilly.
I. Le maréchal de la Force était protestant. — 2. Henri de Loménii% comte de Brienne, appelé ordinairement seigneur de la Ville-aux-Clercs. Il était secrétaire d'Etat et fut nommé aux affaires étrangères en 1643.
3. Rue, place forte de Picardie, près de l'Authie, actuellement chef-lieu de canton la département de la Somme.
Lettre 420. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CLXXXIX.) I. Louis XIII va revenir constamment sur l'idée de profiter des difficultés qu'ont l'Empereur et le roi d'Espagne pour prendre l'offensive partout où ce sera possible et obtenir une bonne paix. L'empereur était Ferdinand III de Habsbourg, élu en 1637. — 2. Richelieu habitait alors à Paris, à l'Arsenal. Sa santé était toujours très précaire. Pour lui éviter toute fatigue inutile et lui permettre de dépenser ses forces aux affaires du pays, Louis XIII allait le trouver et constamment lui prescrivait, comme nous l'avons déjà vu, de réunir le conseil à Rueil.
Saint-GtTinain, ce 8 juin 1638.
J'ai parlé à l'ambassade de Savoie, selon votre mémoire.
V^ous trouverez, dans ce paquet, les lettres que m'a apportées le comte de Cameran ', et une que l'ambassadeur vient de me donner sur l'affaire de \'erceil*. Envoyez-moi, ce soir, la réponse qu'il faut faire aux lettres de ma sœur, par le comte de Cameran, lequel est pressé de partir.
Louis.
Saint-Germain. 10 juin 1638.
Je vois par ces deux lettres ' le mauvais état où sont les Espagnols, et le peu de fondement qu'ils font sur les troupes de Piccolomini -. Je vois aussi comme ils voudraient que la Reine ma mère ' fût en France, tant ils en sont chargés et tiennent tous ses gens pour espions. Il parait que le Cardinal Infant* s'en va à Anvers, ce qui rompra les desseins du prince d'Orange' de ce côté.
Ils écrivent aussi que le dit prince est en campagne vers Bois-le-Duc' ; je ne sais pas de quel côté il veut aller, ayant fait son rendez-vous de ce côté-là. Ils parlent aussi du grand effort que doit faire le prince Thomas' pour secourir Saint- Omer; pourvu que M. de La Force arrive à temps, je ne crains rien.
Puisque nous avons si beau jeu cette année, il ne le faut pas perdre, pour avoir une bonne paix cet hiver, qui est par où commence la dépèche du Cardinal* au comte Duc, disant qu'il fasse la paix à quelque prix que ce soit. J'espère que le bon Dieu nous la donnera s'il lui plaît.
Lettre 421. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-^CXC.)
I. Le comte de Cameran était un gentilhomme envoyé à Louis XIII par sa sœur la duchesse Christine de Savoie pour le complimenter, ainsi qu'Anne d'Autriche, sur la future naissance du Dauphin. — 2. Verceil. place forte sur la Sésia en Italie, à la frontière du Piémont, assiégée par les Espagnols depuis le 27 mai.
Lettre 422. — Archives de Chantilly.
I. Lettres interceptées aux Espagnols. — 2. Piccolomini, général des Impériau.x.
3. La reine mère Marie de Médicis, réfugiée à Bruxelles depuis 1631. Elle arrivait à se rendre suspecte à la fois aux Français et aux Espagnols. — 4. Le Cardinal Infant, gouverneur des Pays-Bas espagnols.
5. Le prince d'Orange commandait les troupes hollandaises alliées de la France. — 6. Bois-le-Duc, ville de la Hollande méridionale.
7. Le prince Thomas de Savoie, général des Espagnols en Flandre, voulait secourir Saint-Omer. — 8. La dépêche du Cardinal Infant au comte d'Olivarès, premier ministre et favori du roi d'Espagne Philippe IV.
Je VOUS donne le bonsoir, et vous renvoie les deux lettres dans ce paquet.
Louis.
Villeroy \ 15 juin 1638.
J"ai entretenu Fréniicourt, qui m'a assuré n'y être entré que le nombre d'hommes que vous me mandez; il excuse fort M. de Cliàtillon-, disant qu'il ne pouvait pas empêcher jusques à cette heure qu'il n'\' jetât du monde, mais il croit que maintenant cela ne peut plus arriver.
L'abbaye dont vous m'écrivez m'a été demandée par plusieurs, tant religieux que séculiers; si elle est en règle, il l'y faut laisser et choisir un bon religieux, ce de quoi j'aviserai avec vous à mon retour, et ne m'engagerai cependant à personne que je ne vous aie vu.
Je vous prie me faire savoir ce que c'est que ce que vous me parlez de ceux qui soufflent aux oreilles de mon frère '. Je suis encore en doute si j'irai à Fontainebleau; je vous le manderai demain au soir ou après-demain matin. Je serai toujours prêt à marcher ou à demeurer ainsi que vous le jugerez à propos.
J'oubliais à vous dire que Frémicourt* m'a dit que le prince Thomas est allé vers Hulst% d'oii le prince d'Orange s'approchait.
Louis.
Villero}-, 16 juin 163S.
Je vous renvoie les deux gentilshommes qui ont fait les revues de l'armée de M. de La Force', où je vois qu'il y a quantité de cavalerie qui n'y est encore arrivée'; il est nécessaire de les hâter. Je vous envoie les dits gentilshommes pour
Lettre 423. — Archives de Chantilh'.
I. Villeroy, château au sud de Paris, prés Corbeil sur Seine. — 2. Gaspard de Coligny, né en 1584, colonel général de l'infanterie française en 1614, maréchal de France en 1622. C'est lui qui avait gagné la bataille d'Avein dans la Flandre en 1635; il prit Arras en 1640, mais fut battu à la Marfée en i6zji. Il se retira à son château de Châtillon où il mourut.
3. Encore des intrigues près de Gaston d'Orléans. — 4. M. de Frémicourt était capitaine au régiment de Brézé. Il venait rendre compte des progrés du siège de Saint-Omer investi par le maréchal de Châtillon.
5. Hulst, ville forte de Flandre â l'ouest d'Anvers, actuellement en Hollande prés de la frontière.
Lettre 424. — Archives de Chantilly.
I. Le maréchal de La Force. — 2. On voit que Louis XIII avait désigné deux inspecteurs qui devaient le renseisner directement sur l'état de ses armées.
les renvoyer faire la revue de l'armée de M. de Brézé% pour savoir au vrai en quel état elle est.
Je m'en vas coucher à Fontainebleau, et me rendrai mardi au soir à Saint-Germain.
Louis.
LE CHATEAU DE MOXTLHERY, au Sud de Paris
sous LOUIS XIII U'aprcs CiiATiLLOX. — Cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale.
Bondoufle', ce 18 juin 1638.
Je suis très aise des nouvelles que Quérabin' a apportées. J'espère qu'ils secourront ^'crceil '.
3. Urbain de Maillé, marquis de Brézé. Beau-frère de Richelieu, fort apprécié du roi, il avait été nomme maréchal de France en 1632. 11 mourut en 1650.
Lettre 425. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-^CXCI.)
1. Bondoufle, à 6 kilomètres environ à l'ouest de Corbeil, en Seine-et-Oise. prés de la forêt de Sainte-Gcneviève-des-Bois, où nous avons déjà vu Louis XIII en déplacement de chasse.— 2. Quérabin était venu apporter le traité d'alliance entre la Savoie et la France.
3. Verceil, comme on la vu, venait d'être assiégée par les Espagnols.
Je trouve bon que Gassion '• soit maréchal de camp, h la condition que vous me mandez de son régiment.
11 est à propos que vous envo3iez un des vôtres à M. le Prince \ pour le presser d'agir comme vous le mandez.
Je trouve bon que Premarcon ne serve pas avec M. le Prince.
Je ferai bonne chère* à mon frère. Je vous écris ce billet dans le bois, avant que mon frère soit venu.
Louis.
Saint-Germain, 2.| juin 1638.
Je vous renvoie les lettres marquées A. B. C. Je m'étonne bien de quoi le Prince d'Orange' n'est encore attaché à rien; peut être, ayant pris Calloo-, veut-il s'attacher à Anvers. Nous voyons aussi le retour de Piccolomini' vers Bruxelles; nous voila hors de peine pour Guise ' et notre frontière.
Il est très à propos que M. Bouthilier aille parler promptement de ma part à ]\|me Je Rohan' pour M, de Nemours, afin d'être engagé quand les ambassadeurs en parleront.
Je trouve très à propos de donner à Chalancey la lieutenance de Roi de son frère, en cas qu'il en vienne faute. Bautru m'a dit ce matin qu'il avait ouvert une lettre de Manicamp qui s'adressait à son frère, qui porte que les gardes avaient ouvert la tranchée à Saint-Omer' le 22 de ce mois, où il était.
Je ne connais point ce Guyon à qui écrit M"'^ de Chevreuse ; il faut s'enquêter
qui il est.
4. Gassifin, qui avait servi sous Gustave-Adolphe, était fort apprécié depuis son entrée dans Tarmée française. Il fut nommé maréchal de camp en ce mois de juin.
5. Le prince de Condé commandait l'armée française en Navarre. Il avait reçu l'ordre de passer la frontière d'Espagne et d'attaquer les Espagnols. — 6. Bonne chère, bon accueil.
Lettre 426. — Archives de Chantilly.
I. Frédéric-Henri, comte de Nassau, prince d'Orange, avait succédé en 1625 à son frère Maurice comme Stathouder et capitaine de l'Union; général remarquable, il prit Bois-le-Duc en 1629, Maestricht en 1632, Bréda en 1637, Gand en 1640, Hulst en 1645 et mourut en 1647. S'attacher doit être pris dans le sens de commencer une opération, une attaque. — 2. Calloo, fort sur l'Escaut, en aval d'.\nvers.
3. Piccolomini, général des Impériaux. Son retour vers Bruxelles montrait qu'il ne songeait pas en ce moment à attaquer la frontière de France du côté de Guise. — 4. Guise en Thiérache, cheflieu de canton du département de l'Aisne.
5. Le duc de Rohan, son mari, commandant l'armée française en Suisse, était mort le 28 février des blessures reçues à la bataille de Rheinfeld. — 6. L'armée française de Flandre avait commencé le siège de SaintOmer.
Saint-Germain, i" juillet 1638, 9 heures du soir.
J'ai lu la lettre de Bruxelles, par laquelle je vois le malheur qui est arrivé aux Hollandais': jai bien peur que ils ne feront pas grand chose cette année, et que toutes les troupes des ennemis nous tomberont sur les bras ; il ne faut point perdre de temps à faire avancer promptement .M. de Brézé vers Guise.
Je vous irai voir demain ; je vous donne le bonsoir. J'ai brûlé votre mémoire et vous renvoie la lettre de Bruxelles.
Louis.
Saint-Germain, 5 juillet 1638.
J'ai entretenu Palevoisin de ce qui se passe à Saint-Omer'; il m'en a rendu très bon compte, et me semble que ce siège va assez bien.
Votre voyage à Paris sera très h propos pour envoyer de l'argent à .M. de Chàtillon ; comme vous me mandez, il faut mettre le tout pour le tout pour emporter cette place.
Je trouve bon qu'on mande à M. de La Force de lui donner 2 000 hommes, et aussi à Mllequier de lui envoyer sa milice. Je vous donne le bonsoir, et vous remercie des léopards que vous m'avez envoyés
I,ouis.
La lettre suivante répond à celle que Richelieu avait adressée le même jour au roi sur la curieuse affaire des Carmes.
« L'insolence des Carmes est venue jusqu'à ce point que leur impunité crie vengeance
Lettre 427. — Archives de Chantilly.
I. Le malheur arrivé aux Hollandais était assez sérieux. Le prince d'Orange ayant fait mine de menacer Anvers, le Cardinal Infant s"était avancé contre lui et avait taillé en pièces un corps hollandais. La défaite des Hollandais laissait les Espagnols hbres dattaquer la France. Louis XHI voyait la frontière menacée de nouveau. C"est pourquoi il donnait l'ordre au maréchal de Brézé de se porter vers Guise.
Lettre 428. — Archives de Chantilly.
I. Saint-Omer. place forte de Flandre, chef-lieu d'arrondissement du département du Pas-de- Calais. C'était le maréchal de Chàtillon qui en faisait le siège.
contre le ciel. Eux-mêmes demandent qu'on apporte de Tordre à leur désordre insupportable et ne peut se faire qu'avec main forte à cause de leur voisinage. M. le chancelier demande au roi à cette fin de commander à trois compagnies des gardes françaises et suisses de faire ce qu'il leur dira pour cet effet. Je crois que c'est chose du tout nécessaire et que cette œuvre est très agréable à Dieu. »
Saint-Germ:iin, 8 juillet 1638.
J'ai commandé à Montigny' de donner tout ce que M. le Chancelier' demandera des gardes françaises ; pour les Suisses je le demanderai tout à cette heure au colonel, qui loge au petit Saint-Antoine''.
Il est bon que vous alliez ce soir coucher à Paris comme vous me mandez.
Je donne de bon cœur à M. Lescot l'abbaye de Vivron.
M™" de Pontbriant* m'a prié que on n'expédie point le bénéfice à son beau-frère que je n'aie parlé à vous ; vous le direz au secrétaire d'Etat qui est en mois.
Louis
Saint-Germain, 11 juillet 1638, 8 heures du soir.
J'ai entretenu l'homme dont il est question, qui dit que les trois attaques qui ont été données ont été à la digue et non à Clairmarais', que c'est le lieu où M. de La Barre et les officiers de Navarre ont été blessés, et assure que vendredi à huit heures du matin, Bellefons gardait encore la digue, et que, en s'en venant, il avait vu y\. de La F^orce. qui n'était qu'à une heure de chemin du camp de ^L de Chàtillon. Il ajoute que le régiment de Nettancourt avait donné deux fois à la redoute que les ennemis ont prise, et qu'il avait été repoussé toutes les deux fois.
A'oilh ce que j'ai pu tirer de l'homme, qui n'a pas grand esprit ; je vous l'envoie, afin que vous l'interrogiez vous-même.
Louis.
Lettre 429. — Archives de Chantilly.
I. Le sieur de Montigny, capitaine aux Gardes françaises. — 2. Le chancelier Pierre Séguier.
3. Le petit Saint- Antoine, abbaye près la Bastille, sur la route de Paris à Vincennes. — 4. M">" de Pontbriand, Anne des Essarts, fille d'honneur de Marie de Médicis, l'avait suivie en Flandre. Ayant été rappelée par le roi, elle épousa, le 29 juillet 1637, Tanneguy du Breil, seigneur de Pontbriand. Le roi et la reine signèrent au contrat.
Lettre 430. — Archives de Chantilly.
I. Clairmarais, près de Saint-Omer, au milieu de marécages qui rendaient les travaux d'approche du siège de Saint-Omer très difficiles.
Saint-Germain, 13 juillet 1638.
Je fus hier si surpris de la nouvelle de la capitulation de Verceil " (après les bonnes espérances qu'on nous avait données, qu'elle était hors de péril), que je ne sus vous écrire ; je vous assure que cette nouvelle m'a extrêmement touché parce que je vois que c'est un éloignemcnt à la paix, que vous et moi désirons avec tant
de passion.
J'ai bien peur que .M. de Chàtillon n'ait laissé entrer quelque secours dans Saint-Omer -, qui serait pour nous achever de perdre, si on manquait à le prendre.
Le bon Dieu fera tout pour le mieux: il s'en faut remettre h sa volonté.
Louis.
Je vous envoie dans ce paquet une lettre de M. le Prince ' que j'oubliai hier à donner à M. de Novers '.
s. 1., 29 juillet 1638, 11 heures du soir.
Il est du tout nécessaire de renvoyer promptement Hocquincourt et Vanto h leurs gouvernements, donner avis à DouUens de la marche des ennemis vers eux, et aussi à Corbie et autres places de la Somme de prendre garde à la surprise ; ces dépêches se doivent faire cette nuit pour partir demain a porte ouvrante ; pour le
reste nous en parlerons demain matin '.
Louis.
Lettre 431. — .\rchives de Chantilly.
I. Verceil sur la Sésia, était, comme on la vu, assiégé par les Espagnols depuis le mois de mai. - 2. Que le maréchal de Chàtillon nait laissé entrer par inadvertance les secours que les Espagnols envoyaient à Saint-Omer, ce qui en ralentirait la prise. t,i» ^»„ Pvr^
3.' M. le prince de Condé qui commandait l'armée française sur la frontière occidentale des F} renées. — 4. M. de Xoyers, le secrétaire d'État de la Guerre.
Lettre 432. — .Archives de Chantilly.
1 Les prévisions de Louis XIII s'étaient réalisées ; les Espagnols se préparaient encore à attaquer la frontière ; aussi le roi se hàtait-il d'avertir les gouverneurs et de faire le nécessaire.
Saint-Germain, 20 anùt i6j8.
Vous apprendrez par le sieur Strozzi ' le bon succès qu'a eu le duc de Weimar , sur Goëtz et Savelli ; je voudrais bien que nos généraux fissent, avec beaucoup de gens qu'ils ont, ce que le dit duc fait avec peu ; vous verrez par la lettre qu'il m'écrit qu'il appréhende que Piccolomini lui tombe sur les bras, à quoi il n'y a nulle apparence ; j'ai essayé à détourner Strozzi de cette appréhension ; vous savez que le dit duc fait toujours ses nécessités plus grandes qu'elles ne sont pour tirer de nous de l'argent et des hommes.
Je pars dans une heure pour Versailles (où mon frère arrivera ce soir), l'air de Saint-Germain n'étant pas bon à cette heure pour moi.
Saint-Germain, 30 août 1638.
J'ai reçu votre mémoire du 29 aujourd'hui 30"* ; je ne manquerai de faire ce que vous me mandez en cas que la Reine ma mère envoie ceci '.
On ne peut faire mieux que de mettre deux compagnies de Suisses dans Péronne^ Je ne m'étonne pas si les ennemis avaient entrepris dessus, la garnison étant en l'état où vous me mandez qu'elle est, et étant bien avertis comme ils sont.
Dès que la reine sera accouchée % je fais état de m'en retourner quatre jours après où vous serez, étant de votre opinion que si vous ou moi, et pour dire franchement tous deux, nous ne sommes auprès de nos armées, ils ne feront rien.
Je vois, par le mémoire que Joannes a apporté, l'état où sont les ennemis, ce qui me donne espérance que nous pourrons encore faire quelque chose entre ci et le mois de novembre.
Lettre 433. — Archives de Chantilly.
I. Strozzi, seigneur florentin. — 2. Le duc Bernard de Saxe-Weimar, allié de Louis XIII, venait de remporter sur les Impériau.x une série de succès qui allaient lui permettre de s'emparer de Brisach, place forte et tête de pont sur le Rhin, en Alsace.
Lettre 434. — Archives de Chantillv.
1. La reine Marie de Médicis, réfugiée à Bruxelles où nous avons vu qu'elle était devenue suspecte aux Espagnols. — 2. Péronne. place forte sur la Somme.
3. La reine Anne d'Autriche. On attendait la naissance du Dauphin au commencement de septembre, ce qui se réalisa.
Les enfants de feu M. d'Kspeisses' m'ont fait demander la charge de M. de Fourcv ; je leur ai répondu à l'ordinaire que j'y aviserai et ne me suis engagé à rien; c'est pourquoi je l'accorde volontiers à M. de Noyers,. et encore de meilleur cœur puisqu'elle m'est demandée par vous. Le bon homme, ^L Séguin, est extrêmement mal ; la reine a parlé à }>l. de Chavigny de sa charge pour son neveu, lequel je ne connais point.
Louis.
On me vient dire que F^ontarabie ' est pris, je ne vous le donne pas pour certain. Je n'ai su avoir nulles nouvelles d'Imbert pour les recrues let si je l'ai fait chercher partout ; c'est pourquoi je ne vous en veux point parler.
Louis.
Chantilly, i8 septembre 1638, 9 heures du matin.
Je savais la nouvelle de Fontarabie ' dés avant-hier; cela me fait prendre la résolution de m'en venir en ce lieu dès le même jour, pour n'être à Saint-Germain quand ce méchant bruit se répandrait. Je crois que vous savez que nous avons perdu tout le canon et le bagage de l'armée; bref, on ne peut appeler ce malheur que la même chose qui arriva aux Espagnols l'année passée à Leucate ; le bon Dieu fait tout pour le mieux, il se faut remettre à sa volonté.
Le déplaisir que j'ai de cette affaire m'a failli faire retomber malade, m'étant hier trouvé plus mal qu'à l'ordinaire. J'espère être en état dans quatre ou cinq jours d'aller où il sera nécessaire; si vous le jugez h propos, je pourrai m'avancer à Compiègne pour être plus proche de vous.
Puisque les ennemis se retirent vers Bruxelles, c'est signe qu'il leur est arrivé quelque chose du côté des Hollandais. Ne perdons point de temps, et essayons à faire quelque chose pour nous remettre un peu.
Je garderai la lettre de M. le Prince à M. de Noyers soigneusement, et manderai à M. de Chavigny de garder celle que AL le Prince m'écrit, qui est aux
4. Charles Faye. seigneur d'Espeisses. conseiller au Parlement de Paris, puis conseiller d'Etat ordinaire et ambassadeur en Hollande, était mort le 5 mai 1636. 11 avait épousé Marguerite de Fourcy. Son beau-frère, Henri de Fourcy, président en la chambre des comptes de Paris, conseiller du roi et surintendant de ses bâtiments, venait de mourir ce mois d'août 1638.
5. Fontarabie, ville forte d'Espagne sur la Bidassoa. M. le Prince commandait 1 "armée française chargée de repousser les Espagnols au delà de la Bidassoa.
I. M. le Prince, fort négligent de son naturel et fort peu zélé, s'était laissé surprendre. On voit combien f.ouis XIII était affecté de cette défaite et combien il craignait de voir la joie de l'Espagnole Anne d'Autriche et de certains courtisans.
34» LETTRES DE ],OLIS XIII A RICHET-IKT'
mêmes termes que celle de M. de Noyers. J'ai envo3'é à M. de Chavigny, qui est
à Paris, votre lettre par homme exprès, afin de vous renvoyer votre gentilhomme.
Pour M. de La 'N'alette, nous en parlerons à la première vue.
Je vous prie que tous ces malheurs ne soient point cause que vous soyez
malade, et nous remettons entièrement à la volonté du bon Dieu, qui fait tout
pour le mieux.
Louis.
Saint-Grrmain, le 5 octubrr i6j8.
Je suis extrêmement fâché de l'accès de fièvre que vous avez eu'. S'il vous en reprend un autre, j'irai vous voir, autrement je n'aurai point de repos.
^L Bouvard" est allé ce matin à Paris. S'il apprend que vous vous êtes trouvé mal, il ne manquera pas d'aller vous voir et me rapportera de vos nouvelles, ce soir; je les attendrai avec impatience.
Louis.
Versailles, ce 7 octobre 1638.
Je ressentis hier une grande joie, quand j'appris par Nogent ' que vous n'aviez point eu de fièvre. J'envoie ce gentilhomme pour savoir comment vous avez passé la nuit. Je pensais aller vous voir aujourd'hui, mais Nogent m'a dit que peut-être viendriez-vous aujourd'hui à Rucil, si vous vous portez bien cette nuit.
Je prie le bon Dieu qu'il vous redonne la santé parfaite.
Louis.
Versailles, ce 8 octobre 1638.
J'envoie ce gentilhomme pour savoir comment vous aurez passé cette nuit, en attendant que j'aille moi-même vous voir, après dîner.
Lettre 436. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CXCII.)
I . Richelieu était tombé malade à Paris, ce qui augmentait encore les difficultés où se trouvait le
roi. Toutes les affaires étaient naturellement rendues plus difficiles ou retardées. — 2. M. Bouvard,
le premier médecin du roi.
Lettre 437. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CXCIII.)
1. Le comte de Xogent, capitaine des gardes de la porte du roi, dont il a été souvent question.
iW
Je suis extrcmement fâché du déplaisir que vous me témoignez recevoir de la mort de M. de Lesclos', que vous me mandez comme certaine. Je puis vous assurer que je prendrai toujours autant de part à tout ce qui vous touchera, comme si c'était moi-même.
D'après Jean- Boli.a.nt.kr. — Cabinet des Estampes, }>ibliothéque Nationale.
Saint-Germain, ce 23 octobre 1638.
Je vous avais mandé hier par celui que vous m'aviez envoyé que j'irais aujour-
Lettre 438. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-^CXCIV.) I. L'abbé de Lesclos, confesseur du Cardinal, et prieur de Sainte-Geneviève, venait de mourir le 7 octtibre. Le Cardinal, déjà MUiffrant. en avait été fort affecté.
d'hui à Rueil ; mais puisque vous désirez venir ici, je vous attendrai tout aujourd'hui et ne monterai point à cheval.
Louis.
Saint-Germain, le 27 octobre 1638.
Je prie Dieu que les nouvelles que vous me mandez soient véritables. Je m'en vas coucher à "N'ersailles et fais état de vous aller voir lundi à Rueil.
Louis.
Saint-Germain, ce 3 novembre 1638.
Mon. mal de main dure encore; je souffre davantage et suis plus enflé que hier,
parce que j'ai travaillé aujourd'hui à la chasse. J'ai appris bien des choses que je
vous dirai à la premiàre vue.
Je vous souhaite le bonsoir.
Versailles, 4 novembre 1638.
Je vous envoie dans ce paquet une lettre du sieur Allègre, qu'il écrit à un lieutenant du régiment de Normandie ', duquel le capitaine a été tué au premier combat du duc de Weimar, par laquelle vous verrez que les ennemis ont attaqué le retranchement du duc de Weimar, duquel ils ont été repoussés avec perte de 2000 des leurs. Je ne crois pas que l'homme qui le mande voulût donner une bourde ; nous en saurons la vérité bientôt.
Je me porte bien, et ne suis plus enrhumé du tout, la pluie' de hier ayant achevé de me guérir, ce que le vent avait commencé avant-hier.
Louis.
Lettre 43g. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-{CXCV.) Lettre 440. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CXCVI). Lettre 441. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CXCVlI.)
Lettre 442. — Archives de Chantilly.
1. Comme on Ta vu, le duc de Weimar, allié de Louis XIII, opérait sur le Rhin en Alsace. — 2. Cette sin.tculiére médication valait encore mieu.x que les grands remèdes et petits remèdes de M. Bouvart. et montre, dans tous les cas, que le roi avait encore une santé robuste.
Grosbois', 21 novembre 1638.
Je vous avais déjà parle, sur le départ de M. de La Valette, d'envoyer un exempt de mes gardes au château Trompette. .Maintenant que nous savons qu'il est en Angleterre, je crois que le plus tôt qu'on y pourra envoyer sera le meilleur; c'est pourquoi vous ferez tenir les expéditions toutes prêtes pour celui que j'y veux envoyer, duquel je vous enverrai le nom dans un jour ou deux: il est bon qu'il y arrive devant que M. le Prince parte de ce pays-là.
Minière est revenu à Damvillers-, lequel j'ai fort entretenu; je ne trouve pas que cela aille trop bien ; nous en parlerons à la première vue. J'ai appris, depuis que je ne vous ai vu. que le règlement, que je fis avant que d'aller à .Abbeville' sur le sujet des finances, n'est pas observé. Je vous recommande de le faire observer, et de faire entendre à ceux des finances, que c'est mon intention qu'il soit suivi exactement.
Je m'en vas demain coucher à Sainte-(ieneviève-des-Bois, pour me rendre mercredi de bonne heure à \'ersailles.
Je me porte bien, grâce au bon Dieu ; la colère est plus grande à Saint-Ck-rmain contre moi que jamais.
Louis.
Grosbois. 22 novcmbr.- 1658.
Je trouve très bien l'ordonnance sur le sujet de ^L de La ^'alette, laquelle je vous renvoie dans ce paquet; il est à propos que ^L de Noyers la baille aux commissaires et prévôts des bandes pour la faire exécuter.
J'ai dit à La Grise l'avis que vous m'avez donné pour lui de l'abbaye qui est à Angers. Il est très bon de faire sortir de Guyenne le secrétaire de M. d'Epernon, nommé Paye, de quoi .^L le Prince' parle.
Je ne peux souffrir l'imposture que j'ai vue dans la lettre que vous m'envovàtes
Lettre (43. — .Vrchives de Chantilly.
I. Grosbois. château prés de Boissy-Saint-Léger, à lest de Paris. Ce château appartenait au duc d Angoulèrae, fils naturel de Charles I.X. — 2. Damvillers, place forte prés de la Meuse, dont il a souvent été question.
3. .\bbeville en Picardie, sur la Somme, chef-lieu darrondisseraent du département de la Somme.
Lettre 444. — Archives de Chantilly.
I. On a vu ((ue M. le Prince commandait larmée française sur la frontière espagnole.
hier: je vous avoue que je n'ai point sorti de colère depuis que j'ai vu cela; vous savez comme l'affaire s'est passée, car je vous l'ai écrit; je vous prie, si vous en entendez parler, de vouloir détromper le monde, et que je n'ai pas la main assez légère pour faire de ces choses-là; je ne vous nomme pas les personnes par leurs noms, parce que la voie par laquelle vous recevrez ce paquet n'est pas trop assurée. Je ne manquerai d'être mercredi à Versailles, à midi. Je pris hier 4 loups. Je me porte bien, grâce au bon Dieu.
Louis.
Don Pedro Savelli. général au service de l'Empereur, ayant passé le Rhin pour se joindre au duc de Lorraine, avait été battu à Blamont par le duc de Longueville.
Crosnes', 2q novembre 1638.
Je ne vous fis pas hier réponse par votre gentilhomme, parce qu'il me trouva à la chasse et aussi qu'il n'y avait rien qui pressât.
Je commence à ne douter point de la défaite de Savelli voyant les ciconstances que vous me mandez.
J'accorde à Saint-Aunais la pension de 3000 livres que vous me demandez pour lui. Je me porte bien, Dieu merci, et m'en vas demain à Grosbois, où je demeurerai dimanche tout entier. M. d'Angoulême fit hier merveille, à Bourde. ^'otre gentilhomme m'assura que vous vous portiez bien, qui fut la cause que je n'envoyai pas savoir de vos nouvelles.
Louis.
Lettre 445. — Archives de Chantilly.
1. Crosnes sur l'Yères, au sud-ouest de Paris, où se trou-\-ait un château considérable.
Offensive partielle des armées françaises sur toutes les frontières. — Le roi assiste au siège d'Hesdin, en Artois. — Siège de Salces, en Roussillon. — Cinq-Mars est nommé grand écuyer.
La sage politique de Louis XIU, si bien compris et secondé par Richelieu, commence à porter ses fruits. Les Espagnols et les Impériau.x ne peuvent plus soutenir la lutte avec la même ardeur. Les armées françaises, encore peu nombreuses, sont mieux « ordonnées ». On a bien toujours h redouter des incursions de l'ennemi, mais d'une façon générale sur toutes les frontières de France on peut renoncer à la défensive et se préparer à une offensive qui deviendra sérieuse. En attendant la guerre de campagne, on assiège quelques places au nord où le Roi se rend en personne coopérer à la prise d'Hesdin, et au midi où Salces est pris.
A Lintérieur du royaume la tranquillité se consolide; la naissance du Dauphin, qui pouvait avoir d'autres frères d'événement l'a bien montré i, modifie tous les plans des ennemis de la couronne, et les conspirateurs habituels paraissent un peu calmés.
L'événement de cour à signaler est l'élévation rapide de Cinq-Mars dans la faveur de Louis XIII, et sa nomination au poste de grand écuyer.
Villeroy', le 14 janvier 1639.
Petit m'est venu trouver de la part de la reine pour me dire que M'"'= la Comtesse^ était allée la voir pour la prier que les fiançailles d'Annery^ et Vieux-Pont se fissent en sa présence ; mais je lui ai fait répondre qu'Annery ne me rendant aucun devoir, elle ne devait point présider ces fiançailles, ni voir Annery ; que cependant elle pouvait bien signer le contrat et que les fiançailles eussent lieu à Paris, chez M°" la Comtesse.
Louis.
Lettre 446. — Archives des aiTaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CXCVIII.) 1. Villeroy, château et bois, près Corbeil. — 2. M"" la comtesse de Soissons. 3. D'Annery, gentilhomme de Picardie, devait épouser M"" de Vieuxpont. fille d'honneur de la reine. Comme ils avaient été mêlés à l'aflaire de M""-' de La Fayette, Louis XIII les avait en aversion.
Saint-Germain, 27 janvier 1639,
J'ai dépêché au comte de Lannoy aussitôt que j'ai reçu votre mémoire'. Il serait bon de renvoyer promptement Boisy' au pont de Remy \ Mon opinion est qu'ils entreprendront plutôt sur Rue \ pont de Remy ou Picquigny que sur MontreuiP et Abbeville'. Il serait bon de donner avis à M. de Chaulnes' de faire prendre gart'e h Picquigny".
Louis.
s. L, 2 avril 1639.
J'ai eu avis de Nancy, qu'il y a quantité de Lorrains dans la garnison', ce à quoi il faut donner ordre, et qu'on trouve souvent des armes cachées dans les maisons, et qu'on ne fait aucun châtiment de ceux qui les cachent contre les défenses.
S'il vient des nouvelles de Trêves -, je vous prie de me les faire savoir.
Le lieutenant de Mouzon'' vint hier, qui dit que des troupes du prince Thomas * qui sont dans le Luxembourg disent tout haut qu'ils sont là pour exécuter une entreprise sur une place de Fi-ance, pour leur donner l'entrée plus facile ; je crois que c'est sur Charleville% et serai toujours en impatience jusqu'à temps que nous en avons des nouvelles.
Lettre 447. — Archives des affaires étrangères, â Paris. — Topin.-JCXCIX )
1. Ce mémoire figure dans des papiers de Richelieu. — 2. Gouffier, marquis de Boisy.
3. Pont-Remy sur la Somme, en amont d'Abbeville. On voit combien Louis XIII se préoccupait d'une invasion des Espagnols. — 4. Rue, place forte de Picardie au sud de la baie de l'Authie, cheflieu de canton du département de la Somme."
5. Montreuil, place forte de Picardie sur la Canche, chef-lieu d'arrondissement du département du Pas-de-Calais. — 6. Abbeville en Picardie, prés de l'embouchure de la Somme, chef-lieu d'arrondissement de la Somme.
7. D'Albert, seigneur de Cadenet, avait été nommé duc et pair de Chaulnes en 1621. C'était le frère du Connétable de Luynes, Il avait épousé Claire d'Ailly, dame de Pequigny, comtesse de Chaulnes. — 8. Picquigny ou Pequigny, château et bourg sur la Somme, en aval d'Amiens. Cette terre appartenait à M. de Chaulnes.
I. Louis XIII signale l'inconvénient qu'il y avait à employer des troupes dans leur pays d'origine. Elles servaient médiocrement et les désertions étaient très faciles. — 2. Trêves sur la Moselle ; l'électeur de Trêves était allié de Louis XIII.
3. Le lieutenant gouverneur de Mouzon-sur-Meuse, place forte près Sedan. — 4. Le prince Thomas de Savoie, frère du duc de Savoie, qui commandait une armée espagnole dans le Luxembourg.
5. Charleville, place forte sur la Meuse, prés Mézières, chef-lieu du département des Ardennes.
LE CARDINAL DUC DE RICHELIEU
D'après le portrait de Pu. de Ciiampaigxe, gravé p;.r Xaxteiil. Cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale.
Le marquis de Sourdis ' m'a dit que vous vous portiez bien, de quoi je suis extrêmement aise.
Louis.
Saint-Germain, 24 avril 1O39. 8 heures du soir.
Je suis de l'opinion de M. d'Emery ' sur le siège de Turin, qui est que, si on fait passer promptement des troupes en Piémont, ce siège sera la ruine de l'armée des Espagnols.
Il est très à propos que vous alliez demain matin à Paris pour faire partir M. de Longueville^ promptement comme vous me mandez. Je suis d'avis de tout ce qui est contenu dans votre mémoire, lequel je vous renvoie, que vous ferez exécuter le plus tôt que faire se pourra.
Je vous donne le bonsoir. En pensant à l'Italie, il ne faut pas mépriser l'avis de Mézières ^.
Louis.
Saint-Germain, 27 avril 1639.
Je commencerai à vous répondre sur le premier point de quoi vous m'écrivez ; je vous dirai que l'affaire va toujours de même, plutôt en pis que autrement.
J'attendrai l'ambassadeur de Savoie et le comte de Moret ', lesquels ne sont pas encore arrivés. D'Erlach ^ vient de prendre congé de moi auquel j'ai fait très bonne chère.
Je vous prie de songer à l'affaire de Metz % pour y envoyer le plus tôt qu'on
6. Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, maréchal de camp. C'était le frère de l'archevêque de Bordeaux.
Lettre 449. — Archives de Chantilly.
I. Michel d'Emery, intendant des iinances. Il était apprécié de Louis XIII, et fut nommé commissaire royal à l'assemblée du clergé de 1641. — 2. Henri d'Orléans, duc de Longueville, dont il a été souvent question, était né en 1595; il avait épousé en 1617 Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, morte en 1637; devenu veuf, il se remaria avec Anne Geneviève de Bourbon-Condé, et mourut le 11 mai 1663.
3. On a vu précédemment que l'on avait toujours ù redouter une incursion des Espagnols sur la frontière du Nord, du côté de Méziéres-Charleville.
Lettre 450. — Archives de Chantilly.
I. Le comte de Moret, fils de Henri IV et de Jacqueline de Bueil, comtesse de*RIoret. — 2. Jean Louis d'Erlach, lieutenant du duc Bernard de Saxe-Weimar, allié du roi.
3. Metz sur la Moselle; il s'agissait de renforcer la garnison de cette place si importante.
pourra ceux qu'on 3' veut envoyer; j'en ai trouvé déjà quelques-uns, mais je ne leur en ai encore rien dit, et ne leur en dirai rien que je ne sache le nombre de ceux qu'il faut ôtcr ; cette affaire me met en peine aussi bien que celle des Hollandais.
Je m'en vas à la chasse.
Versailles, 13 mai 1639.
Je viens de recevoir votre paquet. J'ai vu la lettre de M. d'Avaux ' de la confirmation du gain du combat de Baner % lequel est encore plus grand que nous ne pensions, car, dans les relations qui sont venues ici devant, on ne parlait point que les troupes de Saxe, le secours que envoyait Gallas ', commandés par le comte de Bouchain, fussent comprises dans cette déroute. Je ne crois pas que, vu l'état où sont les affaires du roi de Hongrie, les Pays-Bas en puissent espérer grand secours ; c'est pourquoi, de ce coté-là et du côté de Thionville, il faut essayer de faire quelque chose de bon cette année, cependant que les Allemands sont empêchés ailleurs.
Je vous prie de ne venir point ici demain, parce que je fais état de vous aller voir demain, et de là m'en aller à Saint-Germain.
Mon fils ' ne se porte pas trop bien; j'ai envoyé ce matin M. Bouvard le voir, lequel n'est pas encore revenu. Je vous recommande votre santé ; la mienne va très bien, grâce au bon Dieu.
Je m'en vas à la chasse.
Louis.
Au camp devant Hesdin'. 4 juin 1639.
Je vous remercie des nouvelles que vous me mandâtes hier ; j'en ai fait part à
Lettre 451. — Archives de Chantilly.
I. D'Avaux, envoyé du roi. près les princes allemands. — 2. Le général suédois Baner, qui venait de remporter un succès sur les Impériaux. C'était un des innombrables incidents de l'interminable guerre. Mais au moment où on redoutait une attaque des Espagnols, on pouvait croire que cette défaite des Impériaux allait les paralyser.
3. Le comte Gallas. général des Impériaux. — 4. Le Dauphin, le futur Louis XIV. On verra plus loin toutes les difficultés que là aussi les intrigues de cour suscitèrent à Louis XIII.
1. Hesdin. place forte sur la Canche, à la frontière de l'Artois, chef-lieu de canton du département du Pas-de-Calais. Louis XIII s'était décidé à aller en personne pousser les opérations contre les Espagnols et à activer la conquête progressive de l'Artois.
toute Tarmcc. Je ne saurais vous témoigner la satisfaction que j'ai de M. de La
Meillera\'e -, lequel sert avec telle aff(j:ction et capacité qu'on n'en saurait dire assez
de bien et de tous ceux qui servent sous lui.
Je m'en vas tracer quelques lignes'* et trois redoutes. Le porteur vous dira
tout ce qui s'est passé cette nuit. Nos gens boivent de l'eau du fossé*. Je vous
donne le bonjour
Louis.
Montreuil'. 27 juin 1639.
Je crois que vous aurez su parAL de La Meilleraye l'état des mines, qui ne peuvent être prêtes à jouer que mercredi, h ce que La ALigdeleine me dit hier de sa part, et les raisons pourquoi ; je lui dis de dire à M. de La Meillerayede vous les faire savoir, et je crois qu'il ne se peut faire autrement. Pour la cavalerie qui vient de Guise % on la peut loger en deux endroits, savoir, ou sur la Somme entre Amiens et Abbeville, ou sur le ruisseau de Saint-Riquier dans des villages qui y sont ; je crois qu'il est important de la loger en lieu où elle puisse joindre l'armée en un jour ou un jour et demi ; toutefois, je m'en remets à vous d'en user comme vous le jugerez à propos.
La garnison du Monthulin '\ jeudi dernier, alla à la guerre vers Saint-Omer% où ils forcèrent l'abbaye de Clairmarais^ et amenèrent quatre-vingts bêtes à cornes et quantité de chevaux, et entre autres ceux de carrosse de l'abbé. Mon frère est à une telle inquiétude qu'il ne se peut davantage ; il voulait aller aujourd'hui à Calais à toute force, mais enfin je l'en ai détourné avec grand'peine ; du reste, il est en très bonne humeur. Je pourrai bien aller demain voir les travaux de M. d'Auxerre ; toutefois, je n'y suis pas encore bien résolu ; la santé va assez bien, hors le ventre,
qui me bouffe " encore un peu.
Louis.
2. La Meilleraye. bien souvent cité comme grand maître de l'artillerie On voit aussi l'éloge qu'en fait Louis XIII. Il fut nommé maréchal sur la brèche même de la ville, au moment de la capitulation.
3. On voit encore ici la part active que Louis XIII prenait aux opérations sur le terrain. — 4. L'eau du fossé des fortifications.
Lettre 453. — Archives de Chantilly.
I. Montreuil, ville forte sur la Cancho, chef-lieu d'arrondissement du Pas-de-Calais. — 2. Guise en Thiérache, chef-lieu de canton du département de l'Aisne.
3. Monthulin près Audruick, en Flandre. Audruick est un chef-lieu de canton du département du Pas-de-Calais. — 4. Saint-Ômer, place forte des Flandres, chef-lieu d'arrondissement du Pas-de- Calais; aller à la guerre, on l'a déjà signalé, veut dire partir en campagne, faire une expédition, une escarmouche.
5. L'abbaye de Clairmarais, prés Saint-Omer. — 6. Bouffe, gonfle; c'est l'indisposition dont se plaint le plus souvent Louis XIII
Surville m'a dit que vous vous portiez bien, ce qui me réjouit extrêmement. Cette place est en très bon état ; pour peu, on l'achèvera tout à fait. Les ennemis sont toujours à Lillers, d'où on ne parle point qu'ils bougent.
Louis.
Montrcuil, 28 juin 1639.
Le courrier de Calais passant, je lui ai baillé ce billet pour vous dire que je viens de recevoir nouvelle de La Meillerave ' qui me mande que le désordre des ponts - n'est pas si grand qu'on pensait, que celui de Lambert sera raccommode à l'heure que je recevrai sa lettre, et que pour le sien, il sera fait de fascines et bien ferme dans ce soir, et qu'il a meilleure espérance de la prise de Hesdin, qu'il n'a jamais eu ; cela m'a bien consolé, car je vous avoue que la rupture des ponts m'a empoché de dormir cette nuit. De plus, il me mande qu'il s'assure que dans cette semaine il sera maître des bastions. Le pauvre Bellebrunc le jeune fut tué hier. Je vous donne le bonjour.
Louis.
Les volontaires' incommodent bien M. de La Meilleraye, et surtout .^L^L de Vendôme, Liancourt, Humières et Maurevert, qui sont logés dans sa chambre avec lui, qui n'est qu'un trou, de façon qu'il n'a repos ni nuit ni jour, et crains bien fort qu'il ne tombe malade ; ces messieurs-là pouvaient bien chercher quelque autre logis, ou se faire faire des huttes. J'irai demain au camp pour voir les travaux de deçà, sans passer delà la Canche'.
Camp de Hesdin', 29 juin 1639.
J'ai retenu votre gentilhomme jusqu'à temps que la capitulation fut signée, laquelle ne l'a été qu'entre sept et huit heures du soir, ce qui est cause que je ne
Lettre 454. — Archives de Chantilly.
1. On a vu que le marquis de La Meilleraye, gfrand maitre de l'artillerie, dirigeait le siège de la ville forte d'Hesdin. — 2. Les ennemis avaient tenté une sortie et désorganisé les ponts qu'on était en train d'établir pour franchir les fossés pleins d'eau des ouvrages de fortification.
3. D.ins toutes les guerres, les générau.x en chef demandent qu'on ne leur envoie pas de volontaires « élégants», mais en général propres à rien. — 4. La Canche, rivière qui passe à Hesdin.
Lettre 455. — Archives de Chantilly.
I. Du Camp devant Hesdin; la ville avait capitulé le 28 juin, et le marquis de la Meilleraye venait d'être fait maréchal par le roi.
l'ai pas envoyé dès ce soir. La garnison doit sortir demain à huit heures du matin, mais je ne crois pas qu'elle puisse sortir plus tôt que trois heures après midi, à cause de leur bagage pour lequel nous devons fournir 200 charrettes.
Vous devez être très content de M. d'Auxerre, lequel a fait de très beaux travaux, et très mal satisfait de M. de Ville % lequel a très mal pris sa circonvallation, et l'a mise en sorte qu'il fallait 20 000 hommes pour la garder, et encore est-elle tellement vue par derrière qu'en plusieurs endroits elle ne peut se défendre, et a fait faire 2 000 toises d'ouvrage plus qu'il ne fallait. Je ne vous saurais témoigner la satisfaction que j'ai de M. de La Meilleraye ; je vous puis assurer que toute l'armée Ta de même. J'ai un extrême déplaisir de la mort de Mayolas ^ et Frézelière, et, principalement, parce que je sais que vous les affectionnez tous deux extrêmement. Je ne saurais retourner à Abbeville que vendredi ; je me porte bien.
Louis
Pendant l'été et l'automne de 16^9, le Roi et le Cardinal ne se quittèrent presque pas. Partis en juin, ils s'étaient rendus par Mézières et Saint-Dizier en Bourgogne, où ils étaient appelés par les affaires du duc Bernard de Saxe-Weimar.
La mort du duc de Savoie et de son fils aîné avait décidé Louis XIII à une entrevue avec sa sœur, la duchesse Christine de Savoie. Cette entrevue avait été fixée à Grenoble, où Richelieu avait accompagné le Roi pour le règlement des affaires de Savoie qui lui tenait fort à cœur.
Le Roi et le Cardinal quittèrent Grenoble en octobre, puis se rendirent à Lyon où ils étaient encore le 24 octobre et Louis XIII reprit la route de Paris par le Bourbonnais.
A la suite du voyage en Picardie, Louis Xlll a probablement écrit d'autres lettres au Cardinal; elles n'ont pas été retrouvées. 11 s'était passé un fait relativement important; le jeune Cinq-Mars, alors âgé de dix-neuf ans, fils du maréchal d'Effiat, qui était capitaine de mousquetaires était entré fortement dans la iaveur du Roi par son élégance, son esprit et son caractère séduisantau premier abord. Il avait été nommé maître de la garde-robe. Louis XIII voulait le gratifier de la charge de grand écuyer de France qu'avait Roger de Saiot-Lary, duc de Bellegarde. On eut quelque peine à décider le duc alors en disgrâce et fort besoigneux à vendre sa charge, dont il fut du reste assez mal payé. Cinq-Mars devint un personnage important qu'on n'appellera plus que M. le Grand et qui, par sa situation, était forcément en rapports constants avec le Roi. Celui-ci, comme on le verra, usa de toute la patience et de toute la longanimité possibles; rien ne pouvait aboutir avec le défaut de sens moral du favori.
2. Le fameux chevalier de Ville, qui a laissé un nom dans l'histoire de la fortification. On voit qu'à ce siège il avait commis de lourdes erreurs surtout en traçant un.- ligne de circonvallation qui n'était pas défilée et pouvait être prise à revers.
3. Ma\'olas était l'officier aux gardes de Richelieu, dont il a souvent été question.
La Charitil-, 29 octobre 1639.
^'ous saurez par Saint-Aoust en quel état est l'affaire pour laquelle il était allé trouver .M. de Bellegarde ; il lui a baillé un mémoire de toutes ses prétentions, lesquelles vous trouverez, comme je crois, très déraisonnables; je ne vois pas que