‹ Louis XIIIChapitre 140 sur 166 · M. le comte de Soissons. retiré A Sedan · texte numérisé non relu

M. le comte de Soissons. retiré A Sedan

396 LETTRES nE LOUIS XIII A RICHELIEU

Songez à vous et à votre santé, et rien ne saurait mal aller. Je vous donne le

bonjour.

Louis.

Saint-Germain, 3 janvier 1641.

Depuis la lettre que je vous ai écrite par mon gentilhomme, j"ai reçu la vôtre, et la lettre que je dois écrire à M. le Comte. J'ai vu aussi les deux extraits que vous m'avez envoyés, que je vous renvoie dans ce paquet ; dans l'un, on voit le mauvais dessein de M. le Comte ' ; dans l'autre la recherche qu'ils veulent faire des Hollandais pour la trêve; sur quoi je vous dirai ma pensée à la première vue.

Je vous donne le bonjour.

Louis.

Saint-Germain, le 5 janvier i6i]i, à 4 lieures du soir.

Mon cousin, je suis bien marri de vous importuner sur les accès de mauvaise humeur de AL le Grand '.

A son retour de Rueil % il m'a baillé le paquet que vous lui avez donné ; je l'ai ouvert et lui ai dit : « M. le Cardinal me mande que vous lui avez témoigné une grande envie de me complaire en toutes choses, et cependant vous ne le faites pas sur un chapitre dont je l'ai prié de vous parler : c'est votre paresse. »

Il m'a répondu que vous lui en aviez parlé, mais que sur ce point, il ne pouvait changer, et qu'à cet égard, il ne ferait pas mieux qu'auparavant. Ce discours m'a fâché, aussi lui ai-je dit : « Pour un homme de votre condition, qui doit songer à se rendre digne de commander les armées, et qui m'en avez témoigné le désir, la paresse est absolument un obstacle. » Il m'a répondu qu'il n'avait jamais eu cette pensée et n'y avait jamais prétendu. Sur quoi j'ai répliqué que si, et n'ai pas voulu approfondir ce discours. A^ous savez ce qu'il en est.

J'ai repris ensuite l'entretien sur la paresse, lui disant que ce vice rendait un homme incapable de toute bonne chose et qu'il n'était propre spécialement qu'à

Lettre 513. — Archives de Chantill}'.

1. Avant de se révolter ouvertement et d'en appeler aux armes, M. le comte de Soissons et M. le duc de Bouillon essa)'aient de détacher les Hollandais alliés de la France.

Lettre 514. — Recueil d'Aubéry. — Topin.-(CCXlX.)

I. M. le grand écuj'er Cinq-Mars. Cette lettre montre la nullité prétentieuse du favori. — 2. Le château de Kueil, prés Paris, où séjournait le cardinal de Richelieu.

ceux du Marais' où il avait été nourri, gens tout à fait adonnés au plaisir ; c'est pourquoi, s'il voulait continuer une telle vie, il fallait qu'il v retournât. Il m'a répondu arrogamment qu'il était tout prêt. A ces paroles, je lui ai dit : « Si je n'étais plus sage que vous, je sais ce que j'aurais à vous répondre làdessus. »

Ensuite, j'ai ajouté qu'ayant envers moi des obligations, il ne devrait pas me parler de la sorte. Il m'a tenu son langage ordinaire, répétant qu'il n'avait que faire de mon bien, qu'il était tout prêt à me le rendre, et qu'il s'en passerait fort bien, que, d'ailleurs, il serait aussi content d'être Cinq-.Mars que M. le Grand, et quant à changer de manière de vivre, il ne pouvait vivre autrement.

Après cela, il est venu toujours s'e.xcitant et moi de même, jusque dans la cour du château où je lui ai dit qu'étant de pareille humeur, il me ferait plaisir de ne point me voir. Il m'a témoigné qu'il le ferait volontiers. Je ne l'ai point vu depuis. Tout ce que je vous mande s'est passé en la présence de Gordes '.

Louis.

J'ai montré h Gordes ce mémoire avant de vous l'envoyer; il l'a trouvé fidèle.

Saint-Germain, 8 janvier 1641.

Je trouve bon de dilTérer de voir Jean de Werth ' jusques à temps que les escortes soient prêtes.

Pour l'affaire de M. le Comte', j'y persiste, et crois que le plus tôt que on la pourra faire éclater sera le meilleur. Je vous prie que je puisse savoir ce soir si c'est aujourd'hui ou demain que vous venez de Rueil, parce que votre lettre dit que ce n'est que demain, et Chamarande dit que c'est dès aujourd'hui; en ce cas, je vous irai voir demain.

Je vous prie que si M. le Grand vous va voir, de me garder une oreille. Je vous donne le bonsoir.

Louis.

3. Le quartier du Marais à Paris qui était à cette époque habité par beaucoup de gens riches. — 4. On remarquera que le ton des lettres citées par d'.\ubéry ou le P. Griffet n'est pas le même que celui des lettres autographes de Chantilly.

1. Jean do Werth était le célèbre chef de partisans, dont on a déjà souvent parlé. — 2. M. le comte de Soissons. L'avis de Louis XIII était qu'il fallait en finir et que plus tôt il se révolterait, plus f.icilenient on en viendrait à bout.

Saint-Germain, i; janvier 1641.

Etant en peine que le travail que vous prîtes hier h donner les ordres à votre assemblée ne vous ait l'ait mal, j'envoie ce gentilhomme pour me rapporter de vos nouvelles.

Je pris hier encore médecine, laquelle, je crois, a vidé tout le fond ', de façon que j'espère n'en avoir de longtemps besoin. Songez à votre santé et à votre personne. Je vous donne le bonjour. Je vous irai voir dès que vous serez de retour à

Rueil.

Louis.

Ce qu'on appela, à l'époque, l'affaire de \'endôme occupa beaucoup l'opinion publique. César, duc de Vendôme, fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, que nous avons vu emprisonné à Vincennes, puis libéré et réfugié en Hollande pendant quelque temps, s'était retiré en son superbe château d'Anet, près de Dreux, et s'était tenu à l'écart. En décembre 1640, deux aventuriers qui, soi-disant ermites habitant Vendôme, avaient été arrêtés comme prévenus de crimes de toutes sortes, déclarèrent, le 15 janvier 1641, que le duc de Vendôme leur avait demandé, contre argent, d'assassiner le cardinal de Richelieu. Cet aveu sensationnel retarda leur procès, vulgaire en lui-même. Etant donné les » précédents » du duc de Vendôme, l'accusation fut étudiée fort sérieusement, mais ne releva aucune preuve. Le Cardinal demanda à Louis XIII une grâce complète pour le duc de Vendôme: ce qui termina cette affaire.

Versailles', igjanvier 1641.

Je vous envoie la lettre pour mon frère de Vendôme tout ouverte, de peur de faillir, parce que, dans celle que vous m'avez envoyée, j'ai trouvé le commencement un peu brouillé, afin que vous voyez si je l'ai écrite selon votre sens. J'ai choisi Monnincourt. qui vous rendra ce paquet, pour porter la lettre à mon dit frère de Vendôme, parce qu'il est sur et a de l'esprit ; vous lui direz ce qu'il aura

Lettre 516. — Archives de Chantill}-.

I. On verra que Louis XIII sera de plus en plus amené à abuser des médecines, grands et petits remèdes.

Lettre 517. — Archives de Chantilly.

I. Louis XIII venait encore presque seul à Versailles: on verra plus loin que quand il était forcé d'amener une partie de sa cour il préférait loger le service en dehors, de peur qu'on n'abimàt 0 sa maison ».

à faire ; s'il eût été ici, je vous l'eusse envoyé dès hier au soir, mais il était à Saint- Germain, où je l'ai envoyé quérir. Je vous prie de prendre plus de soin de vous que jamais. Je vous donne le bonjour.

LOL'IS.

Chantilly', y janvier i6.)i.

Vous m'avez fait très grand plaisir de me mander les nouvelles de Catalogne -. J'espère que La Mothe^v arrivant, les choses se rétabliront mieux qu'on n'eût pu espérer.

Je trouve bon qu'on use en l'alVaire de mon frère de \'endôme' suivant ce que vous me mandez par le mémoire que je viens de recevoir daté du 30"-" janvier. Ma santé va bien. J'ai pris trois grands loups depuis que je suis ici. Je vous recommande d'avoir toujours soin de vous.

Lofis.

-M. le Grand témoigne avoir grand dessein de bien vivre avec nioi.

Chantilly, i'"^ février 1641.

Le procédé de mon frère de Vendôme ' ne m'a point surpris, car je n'ai jamais cru qu'il se présentât à la confrontation; soit qu'il soit venu à Paris ou non, son absence fera voir à tout le monde que l'accusation qu'on lui a mise à sus est véritable. S'il est nécessaire pour cette alVaire, ou pour quelque autre qui vous touche le moins du monde, que j'aille à Paris promptement, mandez-le-moi ; je m'y rendrai à point nommé ; sinon, je m'y rendrai jeudi à dix heures du matin sans faillir. Je ferai avertir la Reine de s'y rendre dès le mercredi soir, car je ne fais pas état de retourner à Saint-Germain qu'après avoir vu le ballet.

Lettre 518. — Archives de Chantilly.

I. Chantilly, l'ancienne demeure do Montmorency, était devenue une des résidences tout à fait favorite^s de Louis XIII, comme i>n Ta déjà signalé. — 2. Les nouvelles de Catalogne avaient une grande importance ; il fallait savoir si les délégués de Catalogne, « les Catalans d. comme disait le roi, seraient suivis dans leur tentative de rébellion, disaient les uns, d'indépendance, disaient les autres vis-à-vis la couronne d'Espagne.

3. Le sieur de la Mothe-Houdancourt, maréchal de camp envoyé à l'armée de Roussillon. — 4. César, duc de 'Vendôme.

Lettre 519. — Archives de Chantilly.

I . Le duc de Vendôme, appelé en confrontation avec les deux ermites, ses accusateurs, avait craint d'être arrêté et s'était embarqué pour l'Angleterre. Le roi, qui n'avait pas l'intention de le faire arrêter, voit dans cette fuite un commencement d'aveu.

Je suis de votre avis, sur l'affaire de M. de Reims-, qu'il n'est nullement h propos que l'ambassadeur de ^'enise le voie à la saison où nous sommes. J'ai écrit la lettre pour la princesse Anne%que je lui envoie par un gentilhomme, qui vous verra en passant pour savoir s'il n'aura rien à dire de bouche. Songez à vous, je vous prie, plus que jamais.

Chantilly, i'^'' février i64r.

Je suis bien aise d'apprendre par votre mémoire que les affaires de Rome soient accommodées; si on se fût relâché', on n'eût pas eu la satisfaction qu'on a eue.

J'ai bien peur que le prince Thomas'- n'ait consenti à la surprise du château d'Asti ■■' pour ne point exécuter ce qu'il avait promis.

Je voudrais bien, ainsi que vous, que M. Mazarin ' fût de retour de son voyage de Nice. Le retour de Beurevert pour Hollande est très h propos. Je crois que mon frère de Vendôme fait le malade pour avoir un peu de loisir de prendre conseil de ce qu'il a à dire ou à faire.

Il est très à propos d'avoir fait mettre Bussy-Rabutm" à la Bastille; il faut faire régner justice en ce temps-ci, autrement tout serait perdu. Je suis bien aise que mon frère ait pris pour confesseur le Père Bourgoin. Je ferai demain ma fête, où je prierai le bon Dieu qu'il vous conserve et garde, et donne longue et heureuse vie.

Louis.

2. M. de Reims était Henri de Lorraine, duc de Guise. Né en 1614,^! avait été pourvu à quinze ans de l'archevêché de Reims sans être prêtre, et avait épousé secrètement Anne de Gonzague, sœur de la princesse Marie. Il se fit releverde ses vœux en janvier 1641,61, compromis dans l'affaire du comte de Boissons, il s'enfuit à Bruxelles. Abandonnant Anne de Gonzague, il épousa Honorine de Glimes qu'il quitta ensuite. 11 ne fut remplacé à l'archevêché de Reims qu'en 1643. — 3- Anne de Gonzague épousa en 1645 le prince Palatin, et devint la fameuse princesse Palatine dont Bossuet prononça l'oraison funèbre en 1684.

Lettre 520. — Archives de Chantilh'.

I. On voit que Louis XIII ne craignait pas de traiter la cour de Rome avec une certaine fermeté. — 2. Le prince Thomas de Savoie, frère du duc de Savoie, avait quitté le service d'Espagne.

3. Le château et la ville d'Asti en Piémont. — 4. Nous avons vu que Mazarin était de plus en plus appelé aux négociations importantes.

S. Roger de Bussy, comte de Rabutin, est l'auteur de l'Histoire amoureuse des Gaules. Il faisait alors sa première expérience de la Bastille. Cette fois, il y était mis à cause du mauvais état de son régiment et des désordres commis par ses officiers et soldats à Moulins. Il sortit de la Bastille le 8 juin 1641.

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