LE DUC DE VENDOME
D'après une gravure éditée par N. de Mantiioniére. — Cabinet des Estampes,
Bibliothèque Nationale.
4o8 LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU
Mars 1641.
Vous ferez avertir M. de Brulon ' de ne point dire au premier gentilhomme de la chambre d'aller visiter M. de Lorraine, parce que la chose étant passée à l'état de coutume, il l'annonce d'ordinaire de ma part sans m'en parler.
Louis.
Saint-Germain, 7 mars 1641.
J'en userai pour M. de Lorraine' ainsi que vous me le mandez. J'envoyai dès hier au soir un gentilhomme pour savoir des nouvelles de M. d'Anguien ', et l'eusse fait plus tôt si ce n'eût été que n'ayant appris sa maladie qu'à mon retour de la Maison Rouge et que on disait qu'il était guéri, je fus honteu.K d'y envoyer si tard; mais ayant hier appris qu'il était retombé, j'y envoyai aussitôt un gentilhomme qui a charge de faire les susdites excuses h M. le Prince de ma part. Vous m'avez fait plaisir d'y envoyer de ma part. M. Bouvard part présentement pour y aller.
Fourilles est en peine si on doit marquer les logements de Lorraine, en qualité de duc de Lorraine. Je vous conjure d'avoir soin de vous plus que jamais. Je me porte bien.
Louis.
Saint-Germain, 9 mars 164 1.
Je ne pourrais pas voir M. de Lorraine aujourd'hui, Brulon n'étant arrivé ici qu'à onze heures et ne m'a point dit que ce dut être aujourd'hui et ne m'a parlé
Lettre 531. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXV.) I. M. de Brulon, conducteur (on dirait aujourd'hui introducteur) des ambassadeurs. Louis XIII avait prescrit de traiter le duc Charles de Lorraine en prince souverain, comme il avait fait pour le duc de Parme. Il fait remarquer qu'il ne faut point donner l'ordre au premier gentilhomme, puisque celui-ci doit l'exécuter tout naturellement. C'est une rare subtilité d'étiquette.
I. Le duc Charles de Lorraine. — 2. Le duc d'Anguien, ou d'Enghien, était tombé malade peu après son mariage. C'est lui que l'histoire appellera le grand Condé.
Lettre 533. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXVI.)
que demain, je parlerais selon ce que vous me mandez à M. de Lorraine. J'ai une extrême joie de savoir que M. d'Anguien soit hors de danger. Je vous donne le bonsoir et vous prie d'avoir bien soin de vous.
Louis.
Saint-Gerraain, 9 mars 1641.
J'ai oublié à vous mander par Chamarande que Brulon m'a dit qu'à l'arrivée de Monsieur de Lorraine, les gardes prissent les armes et qu'on les avait prises au duc de Parme '.
Je vous prie de me mander ce que i'ai à faire là-dessus demain des le matin.
Je vous donne le bonsoir ■.
Louis.
Pour subvenir au.x Irais de la guerre après avoir épuisé tous les autres moyens, le Cardinal proposa au Roi de faire voter par le clergé une imposition de 6 000 ooo' de livres à prendre sur les ressources d'Église. Louis XIII accepta cette proposition. Dans ce but. une assemblée de députés du clergé fut réunie à Mantes près Paris. Malgré l'influence et la pression toute spéciale de Richelieu, plusieurs prélats firent une opposition systématique, d'autres proposèrent de voter seulement une partie de la somme. Il fallut en arriver à des menaces et même à des violences ; enfin, au bout de six mois, l'assemblée du clergé vota le 14 août les impositions demandées, puis les évéques furent reçus par le Roi, et regagnèrent leurs diocèses.
Saint-Germain, 11 mars 1641.
Je suis bien fâché des longueurs que M. de Lorraine apporte à son traité ; je crois comme vous me mandez que en laissant aller les affaires de longueur il se portera à la raison.
J'ai peur que votre long séjour à Paris porte préjudice à votre santé ; je vous prie d'avoir bien soin de vous sur toute chose.
Cela est bien étrange qu'il y ait des prélats qui ne fassent pas ce qu'ils doivent
Lettre 534. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXVIL)
I. Le duc de Parme était le dernier prince souverain du rang du duc de Lorraine reçu parle
roi. Toutes les questions de protocole décidées à ce dernier voyage constituaient des précédents.
— 2. Cette lettre porte après l'adresse : Si M. le CdrJiiul est endormi, M. Je Chavigiiy ouvrira
cette lettre.
Lettre 535. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.- CCX.WIII.)
en cette occasion ; il s'en faut ressouvenir en temps et lieux ; vous m'avez fait plaisir de me faire savoir les nouvelles d'Allemagne. Je vous donne le bonsoir et vous recommande d'avoir toujours bien soin de vous.
Louis.
Saint-Germain, 30 mars 1641.
J'avais envo vé dès hier un gentilhomme à Rueil, lequel, ne vous y ayant pas trouvé, s'en revint ici, ce qui m'avait mis en peine ; vous me fîtes plaisir de m'envo\'er hier Chamarande pour m'en tirer.
Je suis bien aise que M. de Lorraine ' ait signé son traité. Je vous recommande
d'avoir soin de vous plus que jamais.
Louis.
Saint-Germain, 9 avril 1641.
Pour vous ôter la peine de venir demain ici je pars présentement pour vous aller
trouver h Rueil.
Louis.
Saint-Germain, 16 avril 1641.
Je vous remercie du soin que vous avez de moi: je pris hier médecine de quoi
je me porte très bien; je fais état de vous aller voir demain, si vous jugez à propos
que M. le grand-maitre ' se trouve à Rueil pour voir ce qu'on pourra faire cette
campagne, comme vous le proposâtes l'autre jour; vous le ferez avertir, sinon ce
sera une autre fois. Je vous donne le bonjour et vous prie d'avoir toujours bien
soin de vous.
Louis.
Lettre 536. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXIX.) I. Le duc Charles IV de Lorraine, après toutes sortes de difficultés, avait fini par signer le 29 mars un traité d'alliance et d'amitié avec la France. Il remettait au roi les places fortes de Stena)', Jametz, Dun-sur-Meuse et le comté de Clermont se plaçait sous la suzeraineté de la France et, tous ces sacrifices consentis, recouvrait le reste de ses États.
Lettre 337. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXX.)
Lettre 538. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXXI.) I. Le maréchal de la Meilleraye, grand maitre de l'artillerie.
S;iint-Germ;iin. 18 avril i6)i.
J'ai écrit au bas du mémoire de la Reine ma mère ' que vous m'avez mandé. Il faut rompre cette négociation, de laquelle ne peut arriver aucun bien, mais au contraire du mal. \'ous m'avez fait plaisir de me faire savoir les nouvelles de Biscarat '. Songez à votre santé, et rien ne saurait mal aller.
Louis.
Saint-Germain, 30 avril i6.(i.
Mon cousin, après avoir bien pensé à l'aflaire que je vous proposai hier, je trouve qu'il n'y a rien à faire autre chose ; je m'y conforme de plus en plus. Ayant à avancer nos aftaires de tous côtés, pour enfm contraindre les Espagnols à la paix, il n'v a point d'apparence de laisser dans l'emploi un homme qui dit qu'il n'a que faire du Pape et de moi, qu'il faut mal faire pour obtenir ce qu'on veut, et que plusieurs croient, comme vous savez, qu'il n'oublia rien l'année passée de ce qu'il pouvait, pour empêcher la prise de Turin. Vous savez ce que j'ai toujours pensé de lui; je vous déclare qu'il est capable de faire un mauvais coup' dans nos afiaircs, si on n'y met ordre promptement ; voilà mon avis pour la seconde et troisième fois. Celle-ci n'étant à autre tîn, je prierai Dieu, mon cousin, qu'il vous tienne en sa
sainte garde.
Louis.
Lettre 539. — Archives de Chantill)-.
I . Nous avons vu que la reine Marie de Médicis, réfugiée à Bruxelles, était devenue à charge aux Espagnols eux-mêmes. Elle essayait de négocier pour voir si elle ne pourrait pas revenir en France. — 2. Biscarat, lieutenant aux chevau-légers du cardinal de Richelieu. 11 avait remplacé, dans cette charge, son frère Cahusac, tué le 27 septembre 1633 au combat de Vaudrenanges en Lorraine.
Lettre 540. — Archives de Chantilly.
1. L'homme capable de faire un mauvais coup. ^ La chose valant la peine d'être éclaircie. on a fait de nombreuses recherches à Chantilly et ailleurs. Il semblerait qu'il s'agit du prince Thomas de Savoie. C'est lui qui avait rendu Turin en 1640. Louis Xlll, qui l'appréciait fort justement, le soupçonnait de ne point vouloir tenir sa parole ni exécuter le traité qu'il avait signé. Il se joignit du reste aux Espagnols en 164 1 et combattit les Français.
Saint-Germain, 2 mai 1641.
Etant en peine de votre santé, j'envoie ce gentilhomme pour m'en rapporter des nouvelles. Je m'en vais courre le loup à Franconville ', puis je me retirerai à Ecouen. Je vous recommande d'avoir toujours soin de votre santé et de votre personne.
Louis.
Ecouen, 4 mai 1641.
Vous m'avez fait grand plaisir de me faire savoir les nouvelles de M. le Prince ' et de M. de Bordeaux\ Je trouve bon qu'on donne encore à M. de Chàtillon'' le régiment de Piémont.
Pour la maladie de mon fils, j'ai fait partir ce matin M. Bouvard' pour l'aller voir; je vous remercie du soin que vous en prenez. Je me rendrai lundi à Saint- Germain.
Louis.
Je m'en vas prendre médecine, ne me portant pas trop bien.
Saint-Germain, 10 mai 1641.
Vous m'avez fait grand plaisir de me faire savoir la nouvelle de Catalogne ' ; je prie le bon Dieu qu'elle soit véritable; je trouve bon que M. d'Elbœuf- le jeune sorte du bois de Vincennes après 3' avoir couché trois nuits.
Lettre 541. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-jCCXXXII.) I. Franconville, près Paris, à gauche de la route de Paris vers Pontoiso, au pied des hauteurs de Cormeilles, très vives en animaux.
I. M. le prince de Condé commandait un corps de troupes sur la frontière de Navarre. — 2. Le cardinal d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, commandait la flotte française de la Méditerranée.
3. Le maréchal de Chàtillon commandait l'armée française en Lorraine. C'était un avantage d'être propriétaire de plusieurs régiments à causd des revenus que l'on en tirait. — 4. Bouvard, premier médecin du mi.
Lettre 543. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCXXXIII.) I. La Mothe-Houdancourt, maréchal de camp commandant l'armée française de Roussillon, était entré en Catalogne, avait repoussé les troupes espagnoles et assiégeait Tarragone. — 2. Le fils du dLic d'Elbœuf et de Catherine-Henriette de 'Vendôme, sœur naturelle de Louis ,\II1, avait été emprisonné au château de Vincennes. C'est ce que Louis XIII appelait envoyer au bois de "Vincennes.
J'ai commandé à Gesvrcs^ qui s'en va coucher à Paris d'aller vous voir afin de savoir ce qu'il y aura à faire sur ce sujet ; je vous donne le bonsoir.
Louis.
LA VILLE DE MAXTES-SUR-SEIXE
sous LOUIS XIII D'après Cl. Ciiatillox. — Cabinet des Estampes, Hibliothéque Nationale.
Saint-Germain, 19 mai 1641.
Vous m'avez fait grand plaisir de m'envoyer les papiers de Rossignol ; nous voyons par iceux la nécessité d'argent où sont les Espagnols.
Si le Pérou est révolté ', adieu les flottes, et par conséquent leurs affaires seront en mauvais état partout. J'ai été bien aise de voir aussi que les Catalans' persistent en leur révolte. Pour Saint-Preuil, je crois qu'il est très à propos de mettre
3. Louis-François Potier, marquis de Gcsvres, était alors capitaine des gardes. Maréchal de camp depuis 1638, il fut tué au siège do ïhionville, le 4 août 1643.
Lettre 544. — Archives de Chantilly.
I. Louis XIII venait d'apprendre les bruits d'une révolte dans le Pérou, alors colonie dont l'Espagne tirait des revenus très considérables. C'est de cette époque que vient la locution « avoir le Pérou M, signifiant avoir une grosse fortune. — 2. Nous avons déjà indiqué des projets de révolte des Catalans contre l'Espagne.
un régiment dans Arras' (vu la faiblesse de ceux qui y sont entrés, à ce que rapporte Varennes), et cela le plus tôt sera le meilleur.
Je n'ai pas oublié à prier le bon Dieu pour vous aujourd'hui que je l'ai reçu. Ayez toujours soin de vous et rien ne saurait mal aller. Je suis en grande impatience d'avoir des nouvelles de M. de la Meilleraye".
Louis.
Saint-Germain, 21 mai 1641.
Je vous prie de me vouloir mander à peu près le temps que nous pourrons partir. MM. dû clergé ' sont bien fâcheux.
Je m'étonne bien fort que nous n'ayons des nouvelles de M. de la Meilleraye. Je vous irai voir demain à Rueil pour partir jeudi, si vous le jugez à propos. MM. du clergé sont bien fâcheux de ne vouloir rien faire et de tirer comme ils font les choses en longueur; pourvu qu'à la fin ils fassent quelque chose de bon, il faudra oublier les longueurs passées, mais non pas la mauvaise volonté des particuliers qui ont été contre moi.
Ayez soin de vous plus que jamais.
Louis.
Le procès par contumace du duc de Vendôme, réfugié à l'étranger, avait continué jusqu'au 17 mai. A ce moment le cardinal intervint officiellement pour demander la grâce de l'accusé. Louis XIII, qui croyait à la culpabilité de son frère naturel, se contenta de suspendre le procès et de promettre seulement la grâce, si la conduite du duc de Vendôme devenait meilleure. Dès le début du procès, la duchesse de Vendôme était venue avec ses enfants intercéder pour son mari près de Louis XIII. Mais celui-ci l'avait exilée à sa terre de Chenonceaux. Elle venait d'écrire au roi pour le remercier de la décision qu'il avait prise.
Saint-Germain, 23 mai.
Je vous envoie trois lettres que M. de Lisieux' me donna hier au soir de ma sœur de Vendôme et de ses deux enfants en remerciement de ce qui s'est passé. Je
3. Malgré les embarras des Espagnols, Louis XIII croyait utile de renforcer sa nouvelle conquête d'Artois. — 4. Le maréchal de la Meilleraye, grand maître de l'artillerie, était tombé malade à son château de La Meilleraye.
Lettre 545. — Archives de Chantilly.
I. Louis XIII fait allusion aux difficultés ciue faisaient à la réunion dr Mantes. MM. du clergé pour s'imposer extraordinairement.
Lettre 5.46. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(CCX.XXIV.)