‹ Louis XIIIChapitre 27 sur 166 · HUIT LOUIS · texte numérisé non relu

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Le journal d'Héroard a fourni tant de renseignements pour cette étude sommaire de Louis XIII qu'il sera peut être intéressant d'indiquer en quoi il consiste.

Jean Héroard fut le médecin de Louis XIII depuis la naissance du Dauphin, le 27 septembre 1601 jusqu'en 162S; en septembre de cette année, il mourut à Aytré, près de la Rochelle, pendant le siège de cette ville. Malgré son grand âge, il n'avait pas craint d'accompagner encore son maître et client.

Aussi mérita-t il cette louange* qu'il était mort au service du Roi, son maître, à la santé duquel il s'était entièrement dédié, âgé de soi.xante-di.v-huit ans, moins curieux de richesse que de gloire, d'une incomparable affection et fidélité».

Le bon Héroard avait été successivement médecin des rois Clharles IX, Henri III et Henri IV, et, pendant ces périodes troublées, son dévouement fut apprécié à ce point que Henri IV résolut de l'attacher à la personne de son fils, qui n'était pas encore né. 11 affirmait que ce serait un Dauphin.

Héroard, comme il le raconte lui-même, reçut le 13 septembre 1601, une lettre de M""' de Guerchevillc, dame d honneur de la Reine Marie de Médicis, et, le 17, une autre de la Rivière, premier médecin du Roi. On le convoquait à Fontainebleau où se trouvaient le Roi et la Reine. Il y arriva le dimanche 20 septembre.

«Le 21, à 4 heures, à l'entrée du jardin des canaux, écrit-il, je rencontrai le Roi ([ui revenait de la chasse et, m'appclant, me fit l'honneur de me dire : Je vous ai choisi pour vous mettre près de mon fils le Dauphin ; servez-le bien, j,

Henri I\' avait deviné juste : c'était un Dauphin ; celui qui devait être Louis XIII naquit le 27 septembre. A partir de ce jour, le bon Héroard commence son journal. Il note dans le plus grand détail tout ce qui concerne son rôle de médecin. Chaque jour il examine « si la matière est louable // ; il en déduit la nourriture que doit prendre son client, et la vie qu'il doit mener.

Plus tard, il étudie les '< affaires //de Sa Majesté avec le même soin que Richelieu les affaires de l'Etat. Il estimait que la santé du Roi était de la première importance et, de fait, son royal client eut, jusqu'à la mort de son fidèle médecin, une santé égale et robuste.

Après sa consultation, et l'établissement détaillé des repas royaux, le bon Héroard notait tout ce que disait l'enfant, et, plus tard, le Roi. II recueillait aussi des fragments d'écriture, de dessins, de caricatures, qu'il ajoutait fidèlement à son texte, le jour même oii il les avait reçus.

11 donne rarement ses impressions: elles résultent d'ordinaire du fait lui-même. Quand il juge utile de les faire connaître, il les écrit en marge et fort souvent en latin, ce qui, quelquefois, est tout à fait nécessaire.

Le manuscrit original de Jean Héroard intitulé : « Journal particulier de la vie du Roi

ÉCLAIRCISSEMENTS POl'R T.ES LETTRES

Louis XIII, composée! écrit de la main de Jean Héroard. seigneur de Vaugrigneuse, son premier médecin x., est conservé à la Bibliothèque nationale de Paris, Cabinet des manuscrits, fonds français 4022-4027. Il forme b grands in-folio, dont la reliure présente de nombreuses traces de fatigue. La tranche des volumes est jaunie et poussiéreuse ; par contre, l'intérieur est fort bien conservé. On dirait que ce manuscrit n"a souffert qu'à l'extérieur, et qu'on l'a bien rarement ouvert et regardé.

D'une écriture fine et serrés, ces pages sont d'une lecture difficile, à la longue fastidieuse.

Naturellement, les repas et leurs suites reviennent chaque jour avec grands détails; tout le reste, qui, en somme, n'était pas du ressort direct du médecin, n'est que supplément.

Malgré sa monotonie, ce manuscrit mériterait d'être imprimé à cause de sa fidélité; il constituerait une encyclopédie extraordinairement exacte et féconde sur la vie et les mœurs au commencement du xvn'' siècle. C^e ne serait pas un livre à lire, mais une accumulation de matériaux de toute nature, où il serait facile a chacun de puiser selon son goût et l'étude entreprise.

Quand on s'est donné la peine rarement prise jusqu'ici, semble-t-ili de lire en son entier le journal d'Héroard, on en arrive à se représenter toutes choses comme si on les avait soimême vues. On croit entendre Lenfant, puis le Roi ; on souffre de son bégaiement; on prévoit presque ses réponses, tellement on connaît son caractère.

Il est du reste facile de se faire une idée du journal d'Héroard par un résumé publié en 1868. Ce résumé en deux volumes supprime toute la partie médicale et alimentaire pour ne donner que des anecdotes. Souvent on a été obligé d'en supprimer, ou d'en atténuer les expressions, que le latin lui-même ne peut rendre tolérables'.

Le manuscrit d'Héroard présente, malgré ses dimensions, des lacunes fort longues, comprenant des mois et quelquefois des années. 11 n'y a rien de 1601 à 1604.

D'autres fois, la lacune est précédée de la singulière annotation suivante — année 1623 :

« Ici défaut la suite du présent journal durant onze mois, douze jours, avec quelques autres interruptions remarquées aux endroits qui ont été misérablement pillés ou perdus, et vilainement employés par la veuve, femme du feu sieur Héroard, premier médecin du Roi Louis XIII. »

II existe plusieurs copies plus ou moins considérables de ce journal. La plus complète, probablement commencée en 1O48, a appartenu au marquis de Balincourt, descendant du célèbre maréchal de Balincourt, dont il est si souvent parlé. Elle est encore possédée par un membre de cette famille qui descend de Testu, maitre d'hôtel du Roi Louis XIII.

Après sa mort, Héroard ne fut pas très regretté. Cet accapareur de Rois (il en était à son quatrième., à cause de ses hautes fonctions, était jalousé de ses confrères, détesté même de quelques-uns. On trouvait qu'il occupait trop longtemps un poste envié, avec lequel d'autres seraient arrivés rapidement à d'énormes fortunes.

Il était surtout un hygiéniste, comme on dirait aujourd'hui. Il purgeait peu et doucement, et saignait rarement. Il ne pouvait être considéré comme médecin sérieux à l'époque oii sévissait la grande médecine si bien ridiculisée par Molière. Pourtant un de ses confrères nous a légué un jugement favorable.

« Héroard était moins curieux de richesse que de gloire ; il faisait la médecine un peu différemment des autres, il saignait moins et usait de cordiaques et spécifiques-. »

I. Eud. Soulié et Ed. de Barthélémy. Firmin DiJot, Paris, 1868. — 2. Bibliotlicque Nation.i1e de Paris. Cabinet des manuscrits. Fonds français, 928.

LK JOL'KXAF. D'UHROARI)

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale, complété par le manuscrit Balincourt, restera sans doute longtemps encore inédit et, d'après les précédents, peu de chercheurs iront

JEAN HEROARD

Mort ;i Avtrt-, prés de la Rochelle, en lOiS, à làge de soixante-dix-huit ans. D'après une gravure du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale.

fatiguer leurs yeux à une lecture intéressante, il est vrai, mais pénible et terriblement monotone. D'après les extraits ci-dessous il sera facile de se rendre compte de ce manuscrit.

46 Et LAIRCISSEMKXTS POUR LES LETTRES

On a pris, tout à fait au hasard, la date du i"aoùt, et on a reproduit les pages du i" août 1605, i" août 1615, r'" août 1626'. L'ouvrage complet comprendrait environ 10 000 journées semblables.

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