‹ Louis XIIIChapitre 32 sur 166 · I.O L' 1 ,S Mil 1 O L K N A L I S 1 K · texte numérisé non relu

I.O L' 1 ,S Mil 1 O L K N A L I S 1 K

LA COPIK 1)L- ROI

pour la (}a\eltc de France

iVaprcs !<• manuscrit Ji- la lîibliotlu-que Nationale.

De Chantilly, ce 15 novembre 1656.

« Le Roi a reçu ce matin, à 4 heures, les nouvelles de l'exécution de la capitulation de Corbie. Ce même temps, il est allé à l'église remercier Dieu, puis a ordonné qu'on se tint prêt à 2 heures, pour chanter le Te Deum, où la Reine et tout ce qui est ici, doit se trouver.

« Il a ordonné de faire des dépêches partout pour faire rendre grâces à Dieu par toutes les églises du Royaume tant de cette victoire que de la retraite honteuse de Gallas hors de la Bourgogne.

•• Le sieur du lioulay-Genlis est allé trouver Monseigneur à lîbiis de la paît de Sa Majesté pour ui porter cette nouvelle. *

On voit que là, comme toujours, Louis XIII comblait son frère d'attentions, et tenait que le public en fût informé pour éviter toutes fausses nouvelles.

En 1642, pendant la mémorable campagne du Roussillon, il n'y a pas moins de 17 articles, et, chose curieuse, tout en étant devant Perpignan, le Roi envoyait des articles sur ce qui se passait dans le Nord et sur les allées et venues de son frère qu'il fallait surveiller tout particulièrement.

54 ECLAIRCISSEMENTS POUR LES LETTRES

De Narbonne, ce lé avril 1642.

€ Nos soldats trouvent une quantité de caches dans CoUioui-e. Entre auti-es les Suisses en ont trouvé une qui valait 20,000 livres qui a été répartie à tout le régiment.

»■ Le régiment d'Effiat, autrement Cinq-Mars, en a trouvé une de 12.000 qui a été partagée de même. De plus il y a quantité de soldats qui en trouvent de petites de tous côtés.

f. Il fait meilleur vivre dans Tarmée que dans Paris ; tout y est en abondance.

« Le siège s'avance toujours non pas si vite qu'on espérait, à cause du fossé qui se trouve taillé dans le roc. »

On avait répandu le bruit d'une grave maladie du Roi et dtf Cardinal. Pour le Cardinal il était impossible de démentir, puisque le fait était e.xact. X'oici pour la santé du Roi :

8 mai 1642. — » Le Roi s'est trouvé un peu mal, et a gardé quatre jours la chambre ; à cette heure il se porte très bien et a commencé ses exercices ordinaires.

Les vivres sont en si grande abondance en cette armée que les vivandiers sont contraints d'en remporter, étant à meilleur marché dans ce camp que dans les lieu.K d'où ils les apportent.

L'ordre y est tel que l'on va dans ce camp et dans les environs, la bourse à la main, sans qu'on ait entendu dire qu'il se soit fait aucun vol. ^

Après avoir lu ces nouvelles, on ne pouvait concevoir aucune inquiétude de l'armée du Roussillon.

Nous terminons ici les extraits des articles royaux qui démontrent, comme les lettres, quel soin Louis XIII apportait à toutes clioses.

xMODE DE TRAVAIL DE LOUIS XIII AVEC LE CARDINAL DE RICHELIEU

Toutes les lettres de Louis XIII témoignent de l'affection et de l'estime profondes qu'il accordait au cardinal de Richelieu.

Dès l'année 1624, on s'aperçoit que la grande valeur de celui-ci n'a point échappé à la clairvoyance du Roi, et que ses services sont appréciés. Toutefois, ce fut surtout pendant le siège de la Rochelle que ces deux grands esprits se connurent, se comprirent et se lièrent à jamais.

Alors, il devient manifeste que leur principale préoccupation est de se trouver réunis dans l'intimité, ou, tout au moins, dans la plus grande proximité possible. Q.uand des voyages, des raisons de santé, des événements quelconques les séparent, le Roi veut toujours être en relations directes et rapides avec le Cardinal, et celui-ci ne veut rien faire ni rien décider sans l'avis du Roi.

Les lettres montrent avec quel souci de tous les instants cette liaison est cultivée et maintenue, tant elle est pour l'un et pour l'autre comme un besoin de leur vie. Louis XIII avertit le Cardinal de ses déplacements jour par jour, et souvent heure par heure. Riche-

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lieu, à force Je courriers, a des nouvelles du Roi tous les jours et souvent deux fois par jour.

Lorsque le (Cardinal est soulTrant ou fatigué, Louis XIII veille à ce qu'il s'épargne tout déplacement inutile. Il lui prescrit de réunir chez lui le (Conseil des ministres, ajoutant que c'est lui qui viendra, puisque sa santé le permet.

Le Roi répète incessamment : mon cousin songez h mes affaires, mais, pour que vous puissiez vous en occuper, il faut soigner votre santé.

Aussi, pour que le Roi et le Cardinal fussent informés aussi rapidement que possible, eu égard aux moyens de l'époque, des personnes de confiance, presque toujours les mêmes, avaient été choisies pour ce service.

Le secrétaire J'I-tat, que le Roi employait le plus souvent était * le Jeune » fils de Bouthillier. qu'il était habitué à voir depuis son enfance. Son secrétaire favori était Lucas qui avait, en outre, la charge intime de copier les articles du Roi destinés à la Gj^rllc, et d'en conserver les autographes. Dans un rang inférieur, mais pourtant permettant de rendre d'utiles services nous trouvons Dumont, et ce .^lonseigneur dont le roi répète les plaisanteries : « Satis est', comme dit Monseigneur. » ajoute-t-il en terminant une lettre.

Nous avons vu la direction personnelle du Roi sur la politique générale, la part de gouvernement qu'il avait déléguée au Cardinal, et celle qu'il s'était réservée. 11 reste à ajouter quelques mots sur les conditions matérielles dans lesquelles se faisait la correspondance, et s'exerçait le gouvernement.

A peu près tous les jours, Richelieu envoyait le « paquet ». qui renfermait toutes les pièces pouvant intéresser le Roi ou devant être soumises à sa décision. Un mémoire, souvent très étendu, rédigé par le (Cardinal, en résumait le contenu, proposant les solutions et provoquant les ordres.

A cette correspondance ')/'//</.7/i' s'en joignait une autre o/fin'nisc toujours très déférente et protocolaire de la part du Cardinal, souvent familière et habituellement très intime de la part du Roi.

Suivant les circonstances, tantôt c'est Louis XllI qui écrit le premier pour demander des renseignements ou appeler l'attention sur quelques points, tantôt c'est Richelieu qui donne une nouvelle, fait une proposition ou demande des ordres.

Louis XllI, qui travaillait beaucoup, renvoyait* le paquet», d'ordinaire, le jour même. Le mémoire résumé du Cardinal, portait en mart^'e les annotations du Roi répondant à chaque article; puis, aux pièces officielles écrites par les secrétaires étaient jointes pour Richelieu les lettres intimes, dont la publication est le but de cet ouvrage.

Il y aurait peut-être quelque intérêt, au point de vue de l'histoire, de juxtaposer leslettres du Roi et du Cardinal, et d'augmenter ainsi l'énorme travail de M. Avenel qui reproduit tous les papiers de Richelieu. .^Iais, comme on l'a déjà dit, le but de ce livre n'est pas de compléter l'histoire, mais de faire connaître les caractères et les personnalités de deux grands hommes.

Néanmoins, pour permettre à chacun de se rendre compte du procédé de travail du Roi et du Cardinal et des questions traitées dans la correspondance, on a pris, absolument au hasard, trois lettres de l'un et trois lettres de l'autre se rapportant à des années différentes et suffisamment espacées : lô-^-^-ié-^é-iô^o.

Avec les lettres du Cardinal on donne ici les lettres du Roi, bien qu'elles soient reproduites plus loin, afin, tout en épargnant des recherches, d'en rendre l'étude plus facile.

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