I. C'est assez
F.CLAIRCISSEMF.XTS POUR LES LETTRES
Saint-Germain-en-Laye. ce ; novembre 1655, le jour de la Saint-Hubert.
Mon cousin, je ne saurais demeurer plus longtemps, sans envoyer savoir de vos nouvelles. C'est pourquoi j'envoie ce porteur pour m'en rapporter, que je prie le bon Dieu être telles que je les désire.
Pour moi je me porte parfaitement bien, et ne me reste pour contentement entier que de vous revoir en l'état que je souhaite, pour lequel je prierai le bon Dieu incessamment.
Louis.
Sézanne, ce 5 novembre 1633.
Sire,
L'honneur, qu'il vous plaît me faire, me sert beaucoup plus que tous les médecins du monde. Je pars aujourd'hui pour me mettre en chemin de vous aller trouver. Ma première journée sera à Monceau.x, la seconde à Vaudo)' ', la troisième à Fontena)- ^ de M. d'Epernon et la quatrième à Pamphou-', où je séjournerai selon que ma faible disposition le requerra. Quand je ne serai plus qu'à une journée de V. M. il me semble que je serai tout à fait guéri. Devant que de partir, je dépêche à M. de Brassac pour lui donner tous les avis que j'estime nécessaires sur les diverses conduites que M. de Lorraine peut prendre, lequel a bien de la peine à se résoudre à une bonne. J'écris aussi à M. de la Force pour qu'il laisse à Liverdun les huit compagnies de Bellenave qui sont dans Metz ; pour au cas que la garnison de Nancy (qui se débande un peu) dépérit trop, les jeter encore dans la place. Il est nécessaire d'avoir un soin perpétuel de cette nouvelle conquête de V. M., M. de Lorraine ajant des pensées continuelles de s'en rendre maître s'il pouvait. Avec l'aide de Dieu, il ne réussira pas mieux en ce dessein qu'il a fait en tous les autres. Je me réjouis de la bonne santé de V. M. que je désire plus que ma vie, comme étant.
Sire, son très humble, très obéissant, très fidèle et très obligé sujet et serviteur.
Cardinal de Richelieu '.
On voit que le Cardinal avait beaucoup de choses à dire. Il n'est pas tendre pour M. de Lorraine; mais, comme nous le verrons, les événements ne justifièrent que trop ses appréhensions.
LE cardinal de RICHELIEU A LOUIS -XIII
Rueil, ce 19 mai 1636.
Le duc Bernard est toujours indisposé et, qui plus est, en assez fâcheuse humeur.
Haguenau *, se trouvant extraordinairement pressé, M. le cardinal de la Valette s'est résolu s'en aller tenter le secours. On espère, quoique le temps dans lequel il faut secourir cette place soit bien court et qu'il y ait d'extraordinaires difficultés à faire porter les blés, qu'on viendra
REPONSE de louis -XIII A RICHELIEU
De Fontainebleau, ce 21 mai 1656.
Je suis bien fâché de la mauvaise humeur du duc Bernard^; j'ai peur que ce soit des gens mal affectionnés qui sont à Paris qui l'v mettent; c'est pourquoi le plus tôt qu'on pourra le faire partir ce sera le meilleur.
Pour l'affaire de Haguenau, il ne se peut faire autre chose que d')' envoyer le Cardinal de La Valette.
I. Vaudoy est un petit village de la Brie, à trois lieues au sud de Couloramiers. — 2. Fontenay-Trésigny, village de l'ancienne Brie.
3. Pamphou. autre château de la Brie. — 4. Lettres du Cardinal de Richelieu. Avenel, t. IV. p. 49;. 5. Haguenau, ville forte d'Alsace assiégée par les Impériaux. — • 6. Le duc Bernard de Saxe-Weimar.
MODK I)K TKAVAIl. 1)1-: F-DllS XIII
à bout de cette entreprise. Mais Cobkiitz ' est en un état auquel il est presque impossible d<; remédier, et cependant de là dépend apparemment le bon ou le mauvais succ<-s des affaires d'Allemagne. Les ennemis ont fait passer de la cavalerie du Luxembourg dans la Franche- Comté : qui dit plus ' ijui dit moins, mais il «-st certain qu'ils ont déjà débandé i ooo ou i 200 chevaux de leurs corps à cette fin.
On dit que M. de Lorraine est à Saint-Avold ■' avec force cavalerie.
L'affaire de Bréard n'a pas réussi, il y a eu de la mauvaise conduite de Bellefons qui s'est ingéré de lui-même en cette négociation, et y a employé un Lorrain qui a porté les paiiuets à Isolany au lieu de les porter au général des Polonais, qui était si dégoûté qu'il a quitté sa charge.
On prie Dieu à Paris par tous les couvents pour le succès des armes de V. M.
On estime que si elle trouvait bon de faire un vœu à la Vierge avant que ses armées commencent à travailler, il serait bien à propos. On ne prétend pas (|ue ce vœu soit de difficile exécution. Les dévotions qui se font momentanément à Notre-Dame de Paris sont très grandes : s'il plait à V. M. s'obliger d'y donner une belle lampe et la faire entretenir à perpétuité, ce sera assez et je me charge du soin de faire exécuter sa volonté à ce sujet.
Un redoublement de dévotion envers la mère de Dieu ne peut produire que de très bons effets.
L'évêque de Grasse est mort; M. de Noyers écrira aujourd'hui en Provence pour savoir tous les bons ecclésiastiques de ce pays, étant difficile que V. M. en puisse prendre ailleurs, pour cette charge qui ne vaut que 4 à 5 000 francs.
Cardinal de Richelieu '.
Je crois que la cavalerie qui est passée au Comté' est prjur empêcher les courses que les Suédois' y ont déjà faites (comme m'a dit le marquis de la Force) et non pour faire grande opposition à notre armée, le nombre d<' I 200 chevaux n'étant pas assez bastant' pour cela; cela fait voir qu'ils n'ont pas grandes troupes vers Brisach, puisqu'ils se servent de celles du Luxembourg pour secourir le Comté.
)e suis en peine de l'affaire de Coblentz, et ne vois pas guère de moyen d'y remédier. Il faut savoir au vrai si le duc Charles est à Saint- Avold. Je suis marri que l'affaire de Bréhart n'ait réussi.
Je trouve très bon de faire le vœu à la façon (jue vous me le demandez dans votre mémoire du 19 mai 1636.
Je ne m'engagerai point pour l'évèché de Grasse, (|ue je n'aie votre avis.
|e me porte très bien grâce au bon Dieu, au- (luel il faut bien recommander toutes nos affaires ; puis il en disposera selon sa sainte volonté.
Je vous prie me mander quelles nouvelles il y a du coté de Rocroy.
Louis.
Il convient de remarquer qu'un Évèché même minuscule, comme celui de Grasse, n'était pas à la nomination du Cardinal. C'était le Roi qui décidait,
Dans la troisième lettre Louis XIII annonce à Richelieu la prise de Turin, et lui offre d'aller à sa rencontre jusqu'à Compiègne. Le Cardinal revenait d'Arras à ce moment. Comme on le verra, il remercie le Roi de cette preuve de bienveillance; mais il trouve qu'il vaut mieux ne pas s'éloigner de Paris où des affaires multiples et importantes vont retenir le Roi.
I. Coblentz. ville forte sur le Rhin, étant assiégée par les Impériaux, se rendit dans les derniers jours de mai. — 2. Les uns disent un grand nombre, les autres un plus petit, mais il est certain qu'ils ont détaché 1000 ou 1200 chevaux. ;. Saint-Avold en Lorraine. — 4. Avenel, t. V, p. 466. >. La Franche-Comié. — 6. Les Suédois alliés de la France. 7. Bastant : suffisant.
ECLAIRCISSEMENTS POUR LES LETTRES
Saint-Germain, 24 septembre 1640.
Vous saurez par Vaucocour, qui est à ma sœur, la reddition de Turin ; il faut bien remercier le bon Dieu des grâces qu'il lui plaît de nous faire et les bien reconnaître. Cavois vient d'arriver, qui m'a apporté de vos nouvelles.
Je me porte mieux de ma goutte ; j'espère, pourvu qu'elle ne me reprenne point, ce que je ne crois pas, être mercredi à Chantilly, et jeudi à Compiégne. Je vous manderai encore demain de mes nouvelles.
Louis.
LE CARDlX.iL DE RICHELIEU A LOUIS XIII
Chaulnes. 25 septembre 1640.
Sire,
Je ne saurais jamais assez me réjouir de la prise de Turin, dont il a plu à V, M. de me donner avis.
Ces bénédictions de Dieu méritent d'être reconnues et secondées. Je ne doute point que V. M. ne fasse le premier, et c'est à nous à faire le second sons ses ordres. Pour cet effet, 'V. M. n'ayant plus dessein de rien faire deçà avec ses armées, j'estime du tout nécessaire que votre conseil soit aux environs de Paris, tant pour pourvoir au présent qu'à l'avenir avec Messieurs des finances, sans lesquels on ne peut rien faire pour assurer Arras, Turin et Casai, qui seront en perpétuel péril et nécessité, si, sans augmenter la dépense, on ne trouve moyen d'envoyer sur les lieux, par avance, les mêmes fonds qu'on Y envoie iniitileinenl nprès coup. Ces raisons me font croire que le vovage que V. M. veut faire à Compiégne doit être remis à un autre temps, et qu'il vaut mieux que je l'aille trouver au lieu oii elle est, ce que je ferai aussitôt que j'aurai reçu de ses nouvelles.
Il est besoin de faire chanter solennellement le Te Deum pour un si grand effet comme celui de la prise de Turin. Je supplie Dieu qu'il donne àV.TVI.de semblables fortunes et à moi de nouvelles occasions de lui témoigner que je suis.
Son très humble, très obéissant, très fidèle et très obligé sujet et serviteur.
Cardi.nal de Richelieu.
On pourrait multiplier les lettres et les réponses; il semble que le triple spécimen qu'on vient de lire suffit à démontrer comment le Cardinal correspondait avec le Roi.