Malesherbes, chef-lieu de canton du Loiret
LETTRES DE LOfIS XIII A RRHELIEl'
Monseigneur s'est mis un ciiicot dans le pied, j'ai envoyé chercher mon maréchal pour le lui ôter.
Louis.
Livrv', 25 novembre 1629.
Mon cousin, je vous envoyé les lettres pour mon frère- et pour M. de Lorraine ■ .
Quant à ce que le maréchal de Marillac • peut accorder de ma part, je vous l'ai mandé par le s' Bouthillier' et ne vois pas qu'il soit nécessaire de l'augmenter; il est besoin seulement qu'il fasse diligence, ayant sans doute de quoi contenter mon frère par raison.
Je me porte bien, excepté la goutte qui m'a attaqué cette nuit, laquelle ne m'empêchera pas de courre le loup aujourd'hui.
Je finirai celle-ci en priant le bon Dieu qu'il vous conserve aussi longtemps que je le désire.
Louis.
Lettre 11. — Archives de Chantilly.
1. Livry, bourg du département de la Seine, à 13 kilomètres de Paris, sur la route de Paris à Meaux ; c'était une localité fort ancienne; Henri IV y a séjourné plusieurs fois.. — 2. Gaston d'Orléans.
3. François, duc de Lorraine, mort en 1632 — 4. Le maréchal de Marillac, Garde des sceaux.
5. Claude Bouthillier, ancien conseiller au Parlement, alors conseiller d'Etat, nommé surintendant des finances en 1632, très apprécié par Louis XIIL
Kvi-npmcnts d"Italie. — Succession de Mantoue. — Le duché envahi par les Rspaj^^nnls et les impériaux. — Départ de Richelieu pour l'Italie. — Voyage de Louis XI II en Dauphiné et en Savoie. — La peste en Savoie. — Retour du roi à Lyon; sa maladie. — 11 rappelle Richelieu. — Rentrée à Paris. — Intrigues de la Reine mère et du duc d'Orléans.
En 1630. Louis XIII et Richelieu sont surtout occupés par les afïaires d'Italie. Campagnes et négociations se suivent sans relâche. Sans vouloir faire l'historique de ces guerres de succession si compliquées, on en rappellera l'origine en quelques mots.
A cette époque, la maison de Gonzague possédait en Italie le duché de .^Iantoue et le marquisat de .\lontferrat, en France le duché de Nevers.
Eléonore de .Médicis, sœur aînée de la Reine mère. .Marie de Médicis, avait épousé Vincent de Gonzague, duc de .Mantoue. Celui-ci mourut en 1612, ayant comme héritier son fils François III de (Jonzague, neveu Je Marie de .^lédicis. .^laisce dernier mourut le 12 décembre i()i2, laissant une fille. Son frère, le cardinal l'erdinand de Gonzague, s'empara du pouvoir sous prétexte de protéger sa nièce, se fit relever de ses vœux, reconnaître duc de .\Iantoue, et se maria; mais il mourut sans enfants en i()26. Son second frère, \'incent de Gonzague, également cardinal, lui succéda.
A chaque changement, le duc de Savoie revendiquait ou occupait le .\Iontferrat; les Impériaux soulevaient des difficultés ou voulaient s'emparer de .^Iantoue.
Le roi de France, qui avait tous droits d'intervenir à cause des relations de famille, voulut empêcher la maison de Savoie de s'annexer le .\Iontferrat, et la maison d'Autriche d'occuper le duché de .\Iantoue, ce qui eût ruiné l'influence française en Italie.
Richelieu jugea sa présence nécessaire : le 10 mars il était à la frontière d'Italie. le roi étant encore à Paris.
CoUalto, général des Impériaux, et le marquis Spinola, général des Espagnols, avaient déjà envahi le duché de .\Iantoue.
Mon cousin, la première que vous aurez de moi est que je me plains de vous, de ce que vous vous excusez de me donner conseil par vos lettres. Cependant, pour répondre à tous les articles de vos dépèches, je vous dirai que j'ai vu et examiné avec mon conseil tous les points des propositions qu'on vous a faites sur le sujet de la paix.
Sa Sainteté ne doit point faire de difficultés, à mon avis, de s'obliger h être contre ceux qui manqueront à un traité, puisque c'est une action de Père commun. et que tous les princes contre qui elle peut être en ce cas, l'en prient: cependant, si elle en fait, et que les princes d'Italie entrent pour caution, on s'en peut contenter.
Quant au point de la garnison de Casai', vous savez bien que mon intention n'est point d'y tenir longtemps des Français, hors un cas de nécessité. Si Monsieur de Mantoue - en a besoin, mon dessein est bien de Ken secourir; mais de promettre par un traité qu'il n'y en doive point avoir, cela ne se peut en aucune façon du monde. Quant à l'article du traité de Moncon% la foi qu'on doit avoir au marquis Spinola • fait que je me contenterai qu'on mette dans le traité général que les contraventions audit traité seront toutes réparées, et que les Grisons ° demeureront dans tous leurs Etats et sur tous leurs sujets, comme ils étaient auparavant l'année 1617, sans que les \'altelins " puissent prétendre autre exception de leur juridiction, que celle de la justice civile et criminelle accordée par le traité, movennant vingt-cinq mille écus tous les ans; ce qu'ils doivent paver, pourvu que le marquis Spinola promette particulièrement faire réparer de bonne foi les contraventions qu'on désire.
Pour ce qui est du déboisement des passages, il n'y peut y avoir de difficulté de la part des Impériaux, étant novateurs comme ils sont, puisque pour moi je n'en fais aucune d'exécuter le traité de Suze '. Il faut faire entrer les Suisses en union avec les Grisons pour leur conservation. Le sieur Bouthillier ' vous écrira plus au long, me contentant de vous mander mon intention sur les points où il v a contestation. Cependant, je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte
garde.
Louis.
Ecrit à Paris le 10' jour de mais 1630.
Louis XIII avait quitté Paris au printemps , pour rejoindre le cardinal, dans les Alpes.
Lettre 12. — Recueil d"Auber\-. — Topin.-[IX.)
I. Casai, place forte d'Italie, sur le Pô, dans le Montferrat, — 2. Le duc de Mantoue.
3. Le traité de Moncon, conclu avec les Espagnols, le 5 mars 1626, consacrait la liberté des Valtelins, mais avec tribut aux Grisons. — 4. Commandant l'armée espagnole, qui envahissait le duché de Mantoue.
5. La république des Grisons n'était pas alors réunie à la Suisse. — 6. Habitants de la Valteline, haute vallée de l'Adda, communiquant avec le Tyrol par le col de Stelvio.
7. Le traité de Suze qui avait mis fin à la campagne précédente. — 8. Claude Bouthillier, secrétaire d'État.
Argentine', 3 juillet 1630.
Mon cousin, sitôt que j'ai vu la lettre que vous avez écrite à Monsieur Bouthillier, je nie suis résolu d'aller demain loger à la Chambre - et après-demain à Saint-Jean ' si je n'ai de vos nouvelles qui me fassent changer de dessein. Je me portais bien ce matin, mais cet après-dîner, sur les deu\ heures, mon mal de tète m'a repris; tout cela ne m'empêchera pas mon dessein, je ne manquerai de faire suivre la personne ' que vous me mandez.
Assurez-vous de mon allection qui sera toujours telle que vous la pouvez désirer.
Louis.
Peu après l'arrivée de Louis XIII, la peste commença à se répandre en Savoie. Le roi, étant tombé malade, fut pressé par tous et surtout par le cardinal, de s'éloigner du fover de l'épidémie ; le 2^ juillet i(i3i>, il quitta Saint-Jean-de-Maurienne, se dirigeant sur Lyon.
La Kochctte ', 27 juillet 1630.
Mon cousin, je vous assurerai par ce mot que je me porte assez bien. Dieu merci. M. Bouthillier'- vous mande tout ce qui est de mes intentions; me remettant sur lui, je ne vous en parlerai pas davantage.
Je vous assurerai seulement de mon atlection, qui sera toujours telle que je vous l'ai promise, et prierai le bon Dieu qu'il vous conserve aussi longtemps que je le désire,
Louis.
Lettre 13. — .Vrehives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-;.X.)
I. Argentine, village de la Savoie. — 2. La Chambre, bourg de Savoie, actuellement chef-lieu de canton de la Savoie entre .\iguebelle et Saint- Jean-do-Maurienne.
3. Saint- |ean-dc-Mauricnnc. ville de Savoie, actuellement chef lieu d'arrondissement du département de la Savoie. — 4. Ma/.arin. .alors açent de Richelieu; il fut ensuite nonce du Pape à Paris, de 1634 à 1636. Renvoyé par Urbain VIII à Avignon, en 1(136. il s'attacha au service de la France, et vint à Paris en i6.|o.
Lettre l.|. — .\rchives de Chantilly.
I. La Rochette. chef-lieu de canton de la Savoie, entre Barrau.\ et la Chambre. — 2. Claude BdiUhillier, secrétaire d'I'^tat.
8o LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU
Barraux ', 29 juillet 1630.
Mon cousin, Canteloup - vous retournant trouver, je lui ai baillé ce mot pour
vous faire savoir comme les régiments de Sérigny ■• et Crouzille' sont arrivés.
Entremont ^ et Conche ^ arriveront dans deux ou trois jours. Ils demanderont tous
la montre' en arrivant pour les officiers et le prêt' pour les soldats. ^I. de Chà-
tillon deniande aussi 8,000 francs pour les travaux qu'il faut faire, et il n'y a pas
un sol ici. Je vous prie me mander ce que je ferai sur tout cela. Si vous avez à
faire de la compagnie de Bligny% je vous l'enverrai, étant du tout inutile à ce siège.
La mine a. à cette heure, 34 pieds de longueur. Tant plus Serre travaille, et tant
plus il trouve de facilité. C'est tout ce que je vous manderai pour cette heure. Je
vous assurerai seulement de ma bonne santé et de mon affection, qui sera toujours
telle pour vous que la pouvez désirer, et prierai le bon Dieu quil vous tienne en sa
sainte garde.
Louis.
J'oubliai à vous dire qu'on va commencer une approche pour s'attacher" au donjon et v faire une autre mine, qui sera prête h jouer huit jours après l'autre.
IG
Barraux. 31 juillet 1630.
Mon cousin, j'ai commandé à .AL Bouthillier de vous faire savoir tout ce qui se passe ici; c'est pourquoi je ne vous en parlerai davantage. Les Reines m"ont mandé qu'elles font tenir leurs charro'is prêts à marcher: mandez-moi ce que j'en ferai quand ils arriveront ici.
Assurez vous toujours de mon affection, qui sera telle en votre endroit que vous la pouvez désirer, et prierai le bon Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Lettre 15. — Archives de Chantilly.
I. Le fort Barraux fermait la vallée du Graisivaudan. prés de l'ancienne frontière de Savoie et du Dauphiné. — 2. Canteloup, secrétaire du roi.
3. Les régiments étaient désignés, sauf quelque exception, soit par des noms de provinces, soit, le plus souvent, par le nom du colonel propriétaire, qui n'était pas toujours le colonel effectif. — 4. La solde s'appelait montre pour les officiers, et prêt (terme actueP pour les soldats.
5. On dit encore l'attachement du mineur, pour indiquer le commencement des travaux de mine.
Lettre 16. — Archives de Chantillv.
lîarraux ', i*^' août 1630.
Mon cousin, j'ai reçu JTicr votre lettre par ce porteur à 8 heures du soir. Dès aussitôt, je donnai ordre à ce que vous me mandez. Sérigny- part aujourd'hui,
Crouzille - demain et Bligny ■ aussi.
ÎMf^fim'm^'mk^ mf
LE FORT BARRAUX (Isère)
sous LOUIS XIII D'après Claude (-'iiatillox. — Cabinet des Estampes, Riblinthi-que Natinnali'.
A mesure que les autres arriveront, je les enverrai. Assurez-vous toujours de
mon amitié et que je prierai le bon Dieu de tout mon C(eur qu'il vous tienne en sa
sainte garde.
Louis.
Louis XIII était arrivé .i Lyon, le n août i6i<i. La peste étendait ses ravages en Savoie. Il la redoutait beaucoup pour le cardinal-duc, dont la santé était chancelante, et lui manda de venir le reioindre.
Lettre 1;. — .Archives des affaires étrangères, à Paris. — Tiipin.-{XL) I. Fort Barraux Isère). — 2. Régiments désignés par les noms de leurs propriétaires.