ABRAHAM FABERT
MARKCHAL DE FRANCE EX ibsS, MORT EX 1662
D'après le tableau de Ferdinand, grave par Poilly
Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Xationale.
i62 LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU
La Frette, h quoi je ûs de grandes difficultés. Je me rendrai demain à une heure à Rueil pour vous voir, me semblant qu'il y a deux mois que je ne vous ai vu. Je me porte bien et m'en vas voler le merle ^ à Saint-Nom*.
Louis.
Saint-Germain, 25 décembre 1634.
Mon cousin, j'ai parlé au Gras' comme il faut de l'ambassadeur d'Espagne'. Saint-Simon me fait toujours fort le froid depuis l'autre jour, bien que je l'aie recherché. Je me porte très bien, grâce au bon Dieu. J'espère faire demain ma fête, pour prier le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous conserve aussi longtemps que le désire la personne du monde qui vous aime le mieux.
Louis.
('e 29 décembre 1634.
Mon cousin, je viens de recevoir une bonne nouvelle', laquelle vous apprendrez par celui qui me l'a apportée, et qui est un lieutenant de Piémont'- que j'ai nourri dans mes mousquetaires % me remettant sur lui.
Je finirai en vous assurant toujours de mon affection.
Louis.
{Eu marge de haut en bas.) Je vous irai voir demain.
3. Chasse au vol ; le merle se volait, en général, avec desémérillons, oiseaux favoris de Louis XIII.
— 4. Saint-Xom-La Bretéche, prés Saint-Germain et Versailles.
Lettre 149. — Archives de Chantilly.
I. Le Gras; on voit que le roi décline tous les noms propres commençant par Tarticle. — 2. Pour lui faire savoir les représailles qu'on tirerait de tout ce que les Espagnols feraient contre Fabert.
Lettre 150. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.- LXIH
I. La levée par les Impériaux du siège du château de Heidelberg, occupé par les alliés allemands de la France; les assiégeants furent obligés de se rendre aux troupes du maréchal de la Force. —
— 2. Le régiment de Piémont était au siège de Heidelberg. 3. On dirait aujourd'hui « mettre en subsistance ».
Lutte de la maison d Autriche contre la France. — Campagne de Flandre. Victoire de l'armée :\ Av.in. — Départ dr l.ouis XIII pour la Lorraine. Prise de Saint-Mihiel. Défauts des armées françaises. Retour du roi à Paris. — Prise des iles de Lérins par les Espagnols.
L'année i6^s voit se développer la lutte de la maison d'Autriche contre la France. En Flandre, au nord, en Lorraine et en Italie, à l'est, sur les côtes de Provence, comme dans les Pyrénées, au sud, toutes les frontières sont menacées.
Dès le commencement de l'année, les incidents de frontière s'aggravent au nord et à l'est : le roi peut se rendre compte que la guerre était inévitable.
Louis Xlll et Richelieu ont réuni ce qu'ils ont pu de troupes de toute nature, et pressé nos alliés d'agir. Les Espagnols menacent la Picardie; mais si les Hollandais sont fidèles au traité d'alliance, ils les prendront à revers. De même, en Allemagne, les Suédois et les princes protestants confédérés devront agir contre les Impériau.>c et les troupes de -M. de
Lorraine.
Louis Xlll fait solennellement déclarer la guerre à l'Espagne, le 19 mai. Dès le 22, l'armée française défait complètement les Espagnols dans la plaine d'.Vvein, aux Pays-Bas. Ce brillant succès, s'il eut été poursuivi, ruinait la domination espagnole.
Mais la mésintelligence des généraux français, les lenteurs calculées des alliés de Hollande, et surtout la mauvaise organisation des armées françaises laissent aux Espagnols le temps de se réorganiser ; la campagne de Flandre est manquée.
Louis Xlll décide alors de se porter à l'autre frontière, en Lorraine. Richelieu objecte que les armées de renfort ne sont pas prêtes. Le seront-elles jamais? Le roi veut agir, il pousse les opérations militaires, et s'empare de la place forte de Saint-.Mihiel.
Bientôt apparaissent parmi les troupes françaises de Lorraine, et avec plus de gravité encore, les mêmes défauts qu'en Flandre.
La noblesse de province veut bien se battre, mais les obligations du service courant lui répugnent; au terme convenu, ne devant plus rien au roi son suzerain, elle exige de retourner à ses terres. Les levées de province ne donnent que des troupes mal entraînées et mal résistantes. Les soldats de fortune veulent une solde régulière, sinon ils passeront à Fennemi, qui les paiera mieux.
Bref, c'est tout l'ancien système des armées nationales et féodales qui s'écroule.
Pour exécuter les desseins d'une politique royale, il faut une armée royale régulière, bien payée et entretenue, ne dépendant directement que du roi.
Louis XIII et Richelieu, malgré les difficultés de toute nature et surtout la pénurie du trésor, vont préparer cette organisation nouvelle.
Entre temps, les Espagnols qui menaçaient les côtes de la Méditerranée s'étaient emparés,
en septembre, des iles de Lérins, qui constituaient une base d'opération pour envahir la Provence.
En Italie, les opérations militaires traînent un peu: l'intérêt est ailleurs. L'hiver survenu arrête partout les opérations. Chacun prend ses quartiers, et se prépare pour la campagne prochaine, que l'on pressent décisive.
Saint-Germain, ce i" janvier 1635.
-Alon cousin, j'accorde volontiers au fils de Guron' la gratification que vous me demandez pour lui.
Je vous prie que je sache demain ce que les Hollandais'- auront fait.
J'enverrai ce soir Roquemont à Monsieur le Prince\ Je me porte bien grâce à Dieu et suis très gaillard. J'ai de quoi vous faire rire à la première vue': cependant je vous dirai que les ennemis sont si bas, faute de vivres, qu'ils sont réduits à manger des châtaignes", et nous, nous ne vivons que de citrons doux, ce dont quoi ils enragent.
Je vais donner audience aux Nonces*.
Je vous conjure d'avoir toujours soin de votre santé.
Louis.
Saint-Germain, ce 20 janvier 1635.
Mon cousin, j'envoie ce gentilhomme pour savoir de vos nouvelles, en ayant été toujours en peine depuis hier'.
La Reine- ne s'en va que lundi, et moi mardi. Elle s'attend de bien passer son temps à Paris, en mon absence ; elle sera bien attrapée, quand elle me verra arriver. On me dit, hier au soir, qu'elle faisait état d'aller tous les jours répéter le ballet
Lettre 151. — Archives des atïaires étrangères, à Paris. — Topin.-(LXIIL)
I. Guron, conducteur on dirait aujourd'hui introducteur) des ambassadeurs, était mort ce 17 janvier; le cardinal demandait de suite une gratification pour son tils. — 2. Les ambassadeurs de Hollande devaient signer, le 15 janvier, le traité d'alliance avec la France. Grâce à leurs lenteurs, il ne fut signé que le 8 février.