INTRODUCTION
Le présent ouvrage est la suite et le complément de celui que j'ai publié, l'année dernière, sous ce titre : La Flandre wallonne
ET LES PAYS DE L'INTENDANCE DE LlLLE SOUS LOUIS XIV.
Je le livre avec confiance aux historiens du droit public et à ceux de la Flandre, souhaitant que les uns et les autres y trouvent d'utiles documents. Je me suis efforcé, comme par le passé, de n'affirmer jamais qu'en vertu de textes précis et décisifs, me gardant de généraliser mal à propos et tâchant aussi à tirer de l'ensemble des faits une morale juste et équitable.
Dans mon précédent livre, j'avais groupé les idées, les faits et les hommes autour d'un personnage dominant : l'Intendant ; — c'est-à-dire, en termes plus modernes, que le pouvoir central m'intéressait plus particulièrement, que j'étudiais son action et ses réactions sur les différents organes de la vie régionale. Je désirais, autant qu'il était possible en Une matière aussi neuve, donner une vue générale et un aperçu synthétique des quarante premières années de la domination française en Flandres. Aussi, me vis-je contraint de laisser dans les cartons, sans les utiliser, des pièces fort nombreuses ; je dus seulement esquisser et parfois même négliger entièrement, faute de place, certaines affaires, qu'il y a profit à connaître. Ces affaires, les voici présentement rapportées : c'est la raison d'être de ce volume. Celle fois, je ne me suis fait aucun scrupule d'entrer dans le détail, même petit. Ce n'est plus de Saint- Germain ni de Versailles que j'ai regardé les choses ; c'est de Lille même, où j'ai tenté l'impossible, pour pénétrer non seulement à l'hôlel de l'Intendance, mais encore à l'Hôtel de Ville, éi la Gouvernance, ci la Bourse de Commerce et jusque dans les maisons particulières. D'autres diront si tant d'indiscrétion peut se justifier par l'intérêt de ce que j'ai rapparié.
J'ai indique, à l'occasion de chaque chapitre, mes références. Les différentes archives communales et les grands dépôts publics m'ont été précieux.
J'ai pu aussi utiliser trois sortes d'archives privées et inédiles. En premier lieu, les papiers de Flandres de M. Michel Le Peletier, sur lesquels fai composé mon précédent ouvrage et qu'un grand seigneur, ami des lettres, a continué à mettre, d'une façon charmante, à ma disposition ; tout ce que j'en extrais celte fois, est, bien entendu, inédit.
En second lieu, les papiers personnels de M. le marquis de Puységur, qui accomplit une importante mission dans les Pays-Bas en 1701, et devint par la suite maréchal de France ; ces intéressants documents m'ont été amicalement communiqués par les descendants de M. le maréchal de Puységur : les comtes Charles de Féligondc et Christian de Lorgeril et j'ai composé, d'après ces papiers, toute la partie de mon ouvrage intitulée Affaires diplomatiques.
En troisième lieu, et grâce ci mon très obligeant ami, M. Paul Petit, de Roubaix, j'ai fait l'heureuse découverte des archives de l'illustre maison de Melun-Epinoy ■; dans celles-ci, je me suis attaché d'abord ci classer ce qui concernait le marquisat de Roubaix, dont les princes d'Epinoy étaient seigneurs et les documents relatifs à la justice roubaisienne, type excellent de justice seigneuriale, m'ont particulièrement retenu ; ils m'ont fourni la matière de tout un chapitre.
Le 19 juin 1683, M. Colberl adressa aux intendants une lettre circulaire, où il leur disait qu'il « serait fort à souhaiter que, dans » toutes les provinces du royaume, il se trouvât quelques hommes » de littérature, qui s'appliquent à l'histoire de chacune province. Le ministre ajoutait même que, s'il ne se trouvait aucune personne avancée en âge, il se satisferait «d'un jeune homme de » 25 à 30 ans, qui eût du talent et de la disposition d'esprit à » s'appliquer à la recherche de tout ce qui pouvait composer l'histoire » d'une province. » (1).