‹ Louis XIV en FlandresChapitre 27 sur 59 · XIII. Maison app* au sieur Denis Van Acker · texte numérisé non relu

XIII. Maison app* au sieur Denis Van Acker

prêtre et au sieur Hubert-François, son frère. 32 1/4 pouces.

XIV. Maison app1 à Damelle Elisabeth Dugardin, veuve de Martin Lefebvre (père du Lefebvre sus-nommé au n° X) et représentée par Gilles de Sallengre, apothicaire. — Occupée par la

femme Jean-François Leleu 40 pouces.

Ce tableau nous renseigne sur la situation des propriétaires du Beauregard ; tous appartiennent aux familles marchandes les plus estimées de la ville ; la plupart des membres de ces

familles ont exercé des charges municipales ; quelques-uns ont rempli des offices soit municipaux (conseiller pensionnaire, petit argentier, etc.), soit même royaux (conseiller secrétaire du Roi, trésorier au bureau des finances, etc.), ce qui était le moyen le plus louable d'acquérir la noblesse. Ces familles sont, sinon toutes riches, du moins aisées, et elles continuent à faire le négoce, tandis que plusieurs des leurs entrent dans la magistrature ou dans l'armée ; et tous, marchands, juges et soldats, sont de bons serviteurs du Roi, en même temps que des bourgeois attachés à leurs privilèges. Ils forment une manière d'aristocratie locale, très largement ouverte et un peu flottante, puisqu'en somme, c'est la situation de commerce et de fortune qui en est le critérium, mais qui a, tout de même, une certaine fixité, car l'on s'y marie, si j'ose dire, entre voisins ; c'est ainsi que les propriétaires du Beauregard sont presque tous parents ou alliés entre eux, comme les Cardon, les Wacrenier, les Fruict, les d'Haffrenghes, les Cambier, les Ghesquière, les Jacops, les de Muyssaërt, toutes familles aujourd'hui éteintes ou bien que la tourmente révolutionnaire a dispersées. C'est dans cette réserve bourgeoise, toujours renouvelée, toujours accrue, que la Cité et l'Etat trouvaient leurs officiers.

Le Magistrat imposa comme modèles celles des maisons, qui étaient nouvellement bâties autour de l'église Saint-Etienne et qui avaient quatre étages, y compris le grenier. Il accorda aux propriétaires la liberté de faire des caves sous la rue, avec des descentes de deux pieds couvertes de planches, et consentit même à détourner, aux frais de la ville, les goulots publics qui, par leur position, empêcheraient les propriétaires de faire les dites caves.

Ces décisions furent rendues en forme d'apostilles couchées sur les requêtes et les propriétaires furent assignés à se présenter par-devant commissaires le 19 août (1686), à trois heures après dîner pour avoir communication de ladite décision et pour être interpellés de répondre, dans les 24 heures, s'ils y acquiesçaient

ou non.

Les assignations furent données par Philippes Collette, sergent à verges d'échevins. Au jour dit, 8 propriétaires se pré-

sentèrent à l'Hôtel de Ville par-devant la commission, ainsi composée : MM. des Wazières, de Beaupré, rewart ; Adrien Gilleman et de la Vallerie, échevins commis aux visitations ; Deflandres, du Conseil, et Bonaventure Herreng, procureur de ville. On leur donna lecture de l'avis prérapporté et on leur dit que, les 24 heures passées sans asquiescement de leur part, il ne serait pas persisté dans les mêmes avantages. Seul des propriétaires présents, Mathieu Delabarge déclara sur le champ qu'il acquiesçait à l'avis ; ce bourgeois appartenait à une famille lilloise très active, très entreprenante, qui établit surtout sa fortune par l'acquisition des terrains à la fin du xvnme siècle et dont plusieurs membres notamment firent de larges profits, en achetant des héritages dans la nouvelle enceinte. Les autres emportèrent copie de l'avis, pour en faire part aux non-comparants. Le lendemain, 20 août, tous les propriétaires vinrent faire leurs déclarations conformes au greffe du procureur de la ville ; un seul propriétaire, Jean-Baptiste Cardon, déclara que son intention n'était point de bâtir.

Les nouvelles maisons. — Les ouvrages furent commencés le 10 mars 1687. L'on rencontra tout aussitôt quelques difficultés, du fait de l'écoulement des eaux. La maison de Michel Lefebvre était traversée par un goulot, où les eaux et les immondices de toutes les maisons du Beauregard venaient se rendre ; Lefebvre prétendit s'affranchir de cette servitude et boucher ledit goulot. Les autres propriétaires se retirèrent alors devant Leurs Seigneuries et leur représentèrent que ce bouchage leur causerait un notable préjudice, ainsi, du reste, qu'aux propriétaires des maisons sises rue des Trois-Couronnes et même de celles du rang de la Grand Place, depuis la Corne de cerf jusqu'à h Treille cVOr. Le Magistrat, les lieux dûment visités, rendit sa décision le 20 mars, en s'inspirant du désir évident d'être agréable à tous et de concilier les intérêts de chacun ; il décida qu'il n'avait déchargé aucun héritage des servitudes, auxquelles il était asservi et que Michel Lefebvre devait donc continuer à subir le goulot litigieux ; mais il ajouta que l'arcade de ce dernier étant haute de 6 à 7 pieds, on pouvait bien la réduire de 3 pieds 1 /2 ; en outre, la maçonnerie du goulot,

qui avait sa pente du côté de la Petite Place, était toute pourrie et même croulée par endroits ; il était donc important, pour la sûreté publique et particulière, de donner quelque petit détour à ce goulot, sans le laisser dans son ancienne situation et de le rétablir en solides matériaux ; cela fut décidé, mais aux dépens de la ville. Ainsi le Magistrat avait, une fois de plus, fait le bon juge de paix et satisfait tout le monde.

Le Conclave prit, en outre, le 26 mai ensuivant, une délibération, portant que les eaux des maisons du Beauregard seraient menées par le derrière, pour rafraîchir le goulot. On voit avec quelle minutieuse exactitude les membres de l'assemblée municipale suivaient ces travaux.

Dès le mois d'avril, les maisons étaient démolies et on s'occupait à les réédifier selon le plan dressé et approuvé par le Magistrat. On avait omis d'insérer dans ce plan de petites fenêtres saillantes, qui faisaient partie des vieilles maisons et qui devaient rendre les cuisines basses des nouvelles maisons plus claires et plus commodes ; car, sans ces fenêtres, ces cuisines auraient été entièrement obscurcies et quasi point habitables. Aussi, les propriétaires obtinrent la permission de faire des petites fenêtres saillantes de 1 pied 1 /2 par le bas, en les diminuant jusqu'à un pied par le haut ; ces fenêtres ne donnaient pas seulement de la lumière ; elles étaient de commodité, pour y mettre des marchandises et des denrées ; c'étaient, si l'on me permet cet anachronisme, les étalages des boutiques.

Un propriétaire récalcitrant. — J'ai dit que tous les propriétaires avaient consenti à réédifier leurs maisons, à la réserve d'un seul : J.-B. Cardon, propriétaire de la seconde maison à partir du coin de la Bourse. Cette situation créa quelques embarras. Le propriétaire de la quatrième maison (à partir du coin de la Bourse), Mathieu Delabarge, avait fait démolir sa maison. Or, il y avait, entre celle-ci et celle du voisin, Nicolas Païelle, une muraille moiturière de l'épaisseur d'une brique seulement et qui était «débile» en divers endroits; il fallait, de toute nécessité, abattre cette muraille, qui était commune et sur l'héritage commun, puis la rétablir à frais communs et

avec l'épaisseur réglementaire d'une brique et demie ; Mathieu Delabarge ne pouvait songer, en effet, à rebâtir sa maison, en l'appuyant sur ce méchant mur. Nicolas Païelle n'en disconvenait pas, mais ajoutait qu'il ne pouvait rien faire ni démolir sa maison, tant que son autre voisin, J.-B. Cardon, ne voudrait rien faire lui-même. Dans ces conditions, Mathieu Delabarge avait fait ajourner Païelle en pleine halle et conclave et le tribunal échevinal, par un interlocutoire du 24 mars 1687, ordonna à J.-B. Cardon d'intervenir dans l'instance et de fournir ses explications.

Le lendemain — (la procédure était en cette matière, on le voit, singulièrement plus expéditive qu'en toute autre), J.-B. Cardon comparut en justice ; il réitéra qu'il n'était point encore intentionné de rebâtir et soutint que la muraille de séparation était encore bonne et pouvait fort bien subsister. Mais Nicolas Païelle répondit que, si l'on rétablissait la muraille moiturière entre lui et Delabarge, tout en laissant subsister la muraille entre lui et Cardon, il en souffrirait grand dommage ; car la maison de ce dernier était attirée par celle formant le coin du Beauregard, laquelle penchait beaucoup du côté de la Bourse.

En présence de ces allégations, Leurs Seigneuries, pour être apaisées de ces faits et pour le bien et l'intérêt publics, aussi bien que pour les intérêts particuliers en cause, ordonnèrent que les lieux seraient visités. Le procès-verbal de visite fut rapporté le jour ensuivant. Les commis remarquèrent que la muraille de séparation d'entre les sieurs Cardon et Païelle, n'avait que l'épaisseur d'une brique et même, par endroits, d'une demi-brique, et qu'elle était débile et pourrie. Ils observèrent aussi que la maison du coin penchait du côté de la Bourse d'environ 11 pouces et qu'elle attirait à elle la maison de Cardon, et celle-ci, celle de Païelle ; car toutes ces maisons étaient liées et ancrées les unes aux autres, de sorte que les sommiers de la maison de Cardon ne reposaient point sur la muraille de séparation, mais sur une poutre posée de travers passé longues années. Pour ces raisons, concluaient les commis, le sieur Païelle serait en droit de refuser à Cardon d'attacher et « amérer » sa maison à la sienne et cela, encore que la muraille de sépa-

ration fut moiturière. Aussi, les commis ne voyaient d'autre moyen de dénouer la situation, que d'obliger le sieur Cardon à rebâtir sa maison selon les ordonnances.

Les échevins rendirent le jour même leur ordonnance : je dois dire que tous les procès n'étaient pas, tant s'en faut, jugés avec la même célérité I Ils ordonnèrent au sieur Cardon de procéder incessamment à la démolition et au rétablissement de sa maison, à péril que, faute de par lui d'y satisfaire, il y serait contraint comme pour deniers et affaires publics.

J'ai cru intéressant de rapporter cette affaire dans le détail, car elle caractérise bien, sur un point précis, les principes du droit public alors en vigueur. J.-B. Cardon invoquait un droit de propriété incontestable et incontesté ; sa maison lui plaisait, telle qu'elle était et il n'éprouvait pas le désir d'y rien changer, à plus forte raison de la démolir, pour la réédifier avec des matériaux, plus coûteux ; sa résistance était des plus légitimes et peut-être, après tout, ne disposait-il pas de la somme d'argent nécessaire. Mais, d'autre part, son refus arrêtait court la réalisation du plan conçu par le Magistrat ; c'était le projet même du Beauregard, qui en était ruiné et il n'y avait nulle apparence que ce projet pût jamais se réaliser ; car il aurait fallu, toujours craindre la résistance d'un des 14 propriétaires intéressés. On aurait pu, il est vrai, l'exproprier et je dois convenir que l'on n'y songea point ; mais la procédure d'expropriation était encore, au xvnme siècle, des plus rudimentaires et puis, pour exproprier, il faut de l'argent et la ville n'en avait pas. Alors le Magistrat, — autorité, je le rappelle, essentiellement bienveillante aux bourgeois et pour eux paternelle, — ne crut pas pouvoir hésiter et fit ce qu'on considérerait aujourd'hui comme une violation flagrante du droit, et ce qui, en effet, en serait une. Il préféra, au droit particulier de J.-B. Cardon, l'intérêt général qu'il y avait à réédifier le Beauregard et l'intérêt particulier des 13 autres propriétaires, et dans leur sentence, les magistrats s'expliquent, là-dessus, très nettement,

Les rentes et reconnaissances. — Les propriétaires du Beauregard, ou du moins la plupart d'entre eux, étaient chargés de rentes, qu'ils devaient à la ville à cause de leurs héritages.

Ces rentes étaient les derniers vestiges d'une propriété communale : la halle des détailleurs de draps, qui se trouvait à front de la Grand'Place et que la ville avait aliénée par bribes et morceaux. Le montant de ces rentes annuelles nous est précisément connu et le voici :

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