‹ Louis XIV en FlandresChapitre 28 sur 59 · Celle d'Elis. Dugardin (la Rose d'Or) 3 fl. 6 s. 9 d · texte numérisé non relu

Celle d'Elis. Dugardin (la Rose d'Or) 3 fl. 6 s. 9 d

Onze maisons sur quatorze étaient donc chargées et payaient, au total, 42 fl. 12 s. 1 den.

En 1692, les propriétaires demandèrent à être déchargés de ces rentes. Le procureur de ville, invité à donner son avis, dit qu'il ne se souvenait pas bien, si >on avait parlé de ces décharges en 1686 ; mais que l'intention des propriétaires avait été alors d'être entièrement déchargés de toutes rentes et que, s'ils l'avaient expressément demandé, on leur aurait accordé cette décharge sans difficulté. Par résolution prise en conclave, le 16 avril 1697, les propriétaires furent bien et valablement déchargés de ces rentes et l'effet de la décharge rétroagit au 20 août 1686. Un seul propriétaire en fut néanmoins excepté et dut continuer à payer les 4 fl. 15 s. 9 den. dont il était chargé : c'était J.-B. Cardon, parce qu'il n'avait pas acquiescé à l'avis de 1686 ; on trouvera cette mesure un peu abusive, puisqu'en fait, J.-B. Cardon avait fini par s'exécuter et avait donc exposé les mêmes frais que les autres.

Les maisons du Beauregard servirent désormais de modèles pour toutes colles qu'on réédifiait. C'est ainsi qu'en 1691, la

fille et les autres enfants de François Cardon, vivant du Magistrat, à qui compétait au Rang à Poteries la maison à l'enseigne : Florence, occupée par Henry Duthoit, souhaitèrent de faire rebâtir leur maison ; ils durent bâtir conformément aux façades du Beauregard et observer que le plancher de la première chambre fût à la même hauteur que celui de VEcu d'Or, maison du Beauregard qui lui faisait vis-à-vis. Et il en fut de même, chaque fois qu'une des maisons de la Petite Place fut rebâtie.

C'est au Beauregard que se trouvaient autrefois les plus belles boutiques de la ville et ces maisons sont restées un pur joyau de l'architecture lilloise. J'espère d'autre part avoir montré que cette petite étude n'était pas indifférente pour l'histoire du droit et que l'autonomie communale était, ici, complète, S'en plaindra-t-on ? Le régime, consacré par la loi du 5 avril 1884. est, on le sait, profondément différent et l'on peut dire que les pouvoirs municipaux y sont quasiment désarmés. Et ces maisons, sait-on que, par l'effet de notre législation, elles sont à la merci d'un propriétaire fantaisiste, spéculateur ou négligent? Jean-Baptiste Cardon, si j'ose donner à son nom une valeur symbolique, prend sa revanche ; il est maître de la situation. Libre à lui d'user, comme il lui plaira, de sa maison, même contre le sentiment de tous, même contre l'intérêt général le plus sagement entendu. Il peut user et abuser. Et c'en sera fait, quand il le voudra, du Beauregard. Il n'existe, en effet, aucune servitude particulière sur ces bâtiments ; seule, l'autorité municipale les protégeait ; le jour qu'elle a croulé, ces pauvres maisons ont été elles-mêmes atteintes et c'est miracle qu'elles soient encore debout. Elles sont maintenant sans défense ; elles crouleront, elles aussi, au premier jour 1

1. Il ne faut pas dire que les lois du 30 mars 1887 et du 21 avril 1906, en permettant de les « classer », les protègent. Car : 1° il faut pour le classement le consentement purement bénévole du propriétaire ; — 2° en cas de fâcheuse entreprise de celui-ci, il n'y a qu'un seul moyen de l'en empêcher : c'est de l'exproprier ; et cela n'est presque jamais réalisable. — D'autre part, s'il est vrai de dire qu'on vient de restaurer avec intelligence la maison de la Rose d'Or, des panneaux disgracieux ou de fâcheux badigeons abîment toutes les autres façades. Pourtant, il suffirait de peu de chose pour faire du Beauregard un des plus beaux ornements de la ville.

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