‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 120 sur 373 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

CONDAMNATION DU PÈRE MAIMBOURG, JÉSUITE, PAR LA CONGRÉGATION DE LÎ N EX ET PAR UN BREF DU PAPE

Les jugements de Rome n'ont jamais été comme ceux de Dieu, impénétrables, parce qu'il a toujours été facile d'en découvrir la cause et le but, d'en saisir la portée et d'en mesurer la finesse. Rome a suivi souvent des voies détournées; mais, même dans ses détours, elle s'est trahie. Par exemple, lorsqu'elle ne se sentait ni assez forte ni assez hardie pour condamner directement les doctrines officielles des assemblées du clergé, de la Sorbonne ou des parlements, elle côtoyait et tournait la difficulté, en s' attaquant à tel docteur ou à tel ouvrage gallican, coupable d'enseigner ces doctrines. Elle ne frappait le coup que pour porter le contre-coup ; elle ne censurait l'individu que pour atteindre plus haut, le clergé et l'Eglise de France. C'est à ce point de vue que les mises à l'Index, pendant le pontificat d'Innocent XI, présentent une gravité toute particulière. Les dépêches diplomatiques les montrent sous leur vrai jour, en retraçant toutes les intrigues qui les ont provoquées. Commençons par la condamnation du jésuite Louis Maimbourg.

Il était né à Nancy en 1620 et mourut en 1686. Après avoir enseigné les humanités à Rouen, il prêcha, puis se livra à l'étude de l'histoire; ses ouvrages se distinguent par des phrases longues, un style diffus, un ton assez

romanesque et un point de vue beaucoup plus papiste que gallican. Néanmoins il parut encore trop gallican à la camarilla d'Innocent XI, qui voulait d'ailleurs se venger sur les jésuites de France, les punir de leur attachement au roi, et qui, ne pouvant sévir contre le Père de La Chaise même, le frappa dans la personne du PèreMaimbourg. Ce dernier se retira avec une pension de Louis XIV à l'abbaye de Saint-Victor, à Paris. Ses ouvrages, qui forment 14 volumes in-4° ou 26 volumes in-12, comprennent les Histoires de l'arianisme, des iconoclastes, du schisme des Grecs, des croisades, de la décadence de l'empire depuis Charlemagne, de l'Eglise de Rome, de Grégoire le Grand, de saint Léon, du grand schisme d'Occident, de la Ligue, du luthéranisme et du calvinisme, etc.

1 . Ce fut Y Histoire du grand schisme d'Occident qui attira la première les foudres de Rome. On lit, dans une dépêche envoyée de Saint-Germain par Pomponne au duc d'Estrées, le 5 mai 1679 : « Le roi ayant été informé que l'on travaille à Rome pour censurer le livre que le Père Maimbourg, jésuite, a composé sur le schisme d'Occident, Sa Majesté désire que vous employez vos offices pour l'empêcher, et que vous priez M. le cardinal Cybo de faire en sorte que Sa Sainteté ordonne que l'on envoie au Père les propositions que l'on aura remarquées dans son livre, afin que, s'il y a quelque chose qui mérite que l'auteur satisfasse au saint siège, Sa Majesté l'oblige de s'en acquitter avec toute sorte de respect par les moyens les plus convenables, et qu'au contraire, s'il n'y a rien d'essentiel contre la foi ou les bonnes mœurs, on ne flétrisse pas le nom et les écrits d'un homme de beaucoup de savoir et de mérite1. » Le 6 juin, le duc d'Esirées répondit au roi : « J'ai estimé qu'il était à propos d'envoyer à M. le cardinal Cybo le Père Fabri pour en conférer ensemble. Ils sont demeurés d'accord que l'on donnerait au Père Fabri les remarques touchant les endroits du livre du Père

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