Ibid., t. CCLXX, p
Vers le 29 mars, le cardinal Cibo avertit le duc d'Estrées que l'auditeur de la nonciature de Paris, Lauri, avait mandé au pape « que les archevêques et évêques qui étaient à Paris avaient commencé de se remuer sur la condamnation du livre de M. Gerbais ». Le duc lui répondit qu'il ne s'en étonnait pas, attendu que cette condamnation « n'était pas soutenable » *.
L'assemblée extraordinaire du clergé, dans sa séance du 18 mars, s'occupa de cette affaire. L'archevêque de Reims y observa « que cet ouvrage avait été composé par ordre de l'assemblée de 1665; qu'il avait été présenté à celle de 1670, laquelle, sur le rapport avantageux que M. l'archevêque de Paris, lors archevêque de Rouen et président de l'assemblée, en avait fait, avait ordonné qu'il serait remis dans les archives jusqu'cà ce qu'on jugeât à propos de le faire imprimer; que depuis, le livre du Jugement canonique des évêques composé par le sieur David ayant paru en 1671, plusieurs évêques avaient témoigné souhaiter qu'on fît imprimer celui des Causes majeures composé par le sieur Gerbais, pour servir de réponse à celui du sieur David, qui semble contenir plusieurs choses qui sont tout à fait contraires à la doctrine de l'Église de France, ce qui avait obligé le sieur Gerbais de demander au roi un privilège pour le faire imprimer; que, Payant obtenu, il avait fait imprimer son livre en 1679 et l'avait présenté à la dernière assemblée ; qu'on ne pouvait pas dire que le clergé eût donné à ce livre aucune approbation particulière; qu'ainsi on était encore aujourd'hui en état de l'examiner. » Évidemment l'archevêque Le Tellier voulait atténuer l'approbation donnée à ce livre, en gros et en détail, par le clergé. Il pria toutefois l'archevêque président de nommer des commissaires qui seraient chargés de l'examiner
1. Le duc d'Estrées au roi, le 29 mars 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXXI, p. 175-213).
et de présenter leur rapport à l'assemblée l. L'archevêque Le Tellier, les évêques d'Embrun et de Troyes furent désignés. L'assemblée prit le parti de Gerbais, et David se hâta de prévenir la censure du clergé, en déposant une déclaration conforme à la doctrine de l'Église gallicane.
J'ai déjà cité ce que les dépêches contiennent touchant, les Institutions de Droit canonique du jurisconsulte d'Angers, François de Roye; ouvrage où l'on enseigne la supériorité du concile sur le pape, et que la congrégation du saint office, à sa séance du 26 janvier 1684, résolut de condamner.
Le Père Charles Le Gointe, de l'Oratoire, auteur d'une Histoire ecclésiastique de France, mort en 1681, fut aussi l'objet des poursuites de Rome. Le 1er août 1684, le cardinal d'Estrées écrivit, en effet, à Louis XIV : « J'apprends qu'ils deviennent si acharnés sur les livres de France, qu'ils songent aussi à condamner ceux du Père Le Cointe, de l'Oratoire, à cause de la dissertation qu'il y a faite sur la déposition de Childéiïc, où il montre que le pape Zacharie répondit seulement à une consultation que les Français lui firent, et n'agit pas avec autorité ni aucune apparence de supériorité sur le temporel des rois. C'est le premier exemple que cette cour allègue avec quelque couleur pour appuyer ses prétentions. L'ouvrage du Père Le Cointe contient plusieurs volumes et a été imprimé avant la déclaration du clergé ; de sorte qu'on ne pourra traiter en France aucun point douteux de l'histoire sans devenir criminel en ce pays-ci; fat beau leur dire des raisons, la passion leur bouche V entendement et les entraîne, et de plus ils gagnent l'esprit du pape par cette complaisance2. »
Louis-Ellies Du Pin (f 1719) eut aussi l'honneur d'être
1. Procès-verbal envoyé au cardinal d'Estrées le 28 mars 1681 {Correspondance de Rouie, t. CCLXXV, p. 95-101).