‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 155 sur 373 · IbuL, t. CGCX, p · texte numérisé non relu

IbuL, t. CGCX, p

Innocent XI. Ce vénérable évêque était profondément attaché à la faculté de théologie de Paris, dont il était docteur depuis plus de quarante cinq ans. Au fond, il cherchait à se rattacher, autant qu'on pouvait le faire alors sans schisme, à l'ancien gallicanisme; il rejetait l'infaillibilité du pape sous toutes ses formes. La vive et curieuse discussion qu'il eut avec Bossuet sur la prétendue indéfectibilité du siège de Rome, indéfectibilité affirmée par l'évêque de Meaux et niée par lui, montre très bien quelles étaient ses tendances *. C'est évidemment par amour pour la paix qu'il consentit à retirer sa rédaction des quatre articles, pendant l'assemblée de 1682, ce qui facilita le succès de celle de Bossuet. Plus rapproché des idées plus énergiques de l'archevêque de Paris et de Colbert que de celles de Bossuet, il se rangea toutefois, devant l'assemblée même, aux propositions de Bossuet.

Son gallicanisme était donc le gallicanisme dégénéré du xvne siècle; il admettait « la souveraineté du pape comme émanée du droit divin, » ainsi que l'œcuménicité des conciles de Constance et de Bâle. Mais, d'autre part, il repoussait énergiquement la supériorité du pape sur les conciles, à plus forte raison son infaillibilité. Il avait, en conséquence, son franc parler et ne craignait pas de dire que les théologiens de l'Index étaient « mal instruits des affaires ecclésiastiques 2. » Le curé de Malines, Gilles de Witte, ayant démontré que les propositions de l'assemblée de 1682 étaient exemptes de tout soupçon d'erreur, fut attaqué par quelques docteurs de Louvain. L'évêque de Tournai prit sa défense et publia en latin une lettre contre la « témérité » et la « censure injurieuse » de ces docteurs. C'est cette lettre qui fit grand bruit et que Rome condamna. Les dépêches diplomatiques contiennent

1. Fénelon a raconté au long cette discussion dans son traité latin sur l'infaillibilité du pape. M. Emery l'a traduite en français, dans ses Nouveaux opuscules de Fleur y (p. 143-161).

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