CHAPITRE
Comme je l'ai fait remarquer précédemment, la question des bulles ne se limita pas au diocèse de Pamiers. Saisissant avec une ruse consommée l'occasion de la déclaration de l'assemblée de 1682, le pape refusa d'envoyer des bulles aux évoques de Castres et de Clermont, sous prétexte qu'ils avaient signé cette déclaration.
L'évêque nommé de Castres était Auguste de Maupeou, et celui de Clermont Claude de Saint-Georges. Ce dernier était si bien en cour, qu'il fut nommé successivement aux sièges de Clermont, de Bourges et de Tours; mais le pape lui ayant toujours refusé ses bulles, il n'occupa aucun de ces évêchés. En 1693, lors de la réconciliation entre Louis XIV et Innocent XII, il fut nommé archevêque de Lyon, ce siège étant alors vacant par la mort de Camille de Villeroy. « Il y mourut, dit Saint-Simon, prélat pieux, décent, réglé, savant, imposant, résidant et de grande mine avec sa haute taille et ses cheveux blancs. »
Tous les évêques qui avaient pris part à l'assemblée de 1682 furent traités par Innocent XI comme ceux de Castres et de Clermont.
Le lundi 28 septembre, le cardinal d'Estrées fit remarquer au cardinal Cibo qu'admettre le prétexte du refus
allégué par le pape, serait « abolirl'épiscopat en France..., et mettre Sa Majesté dans la nécessité de pourvoir au besoin des peuples et des Églises par d'autres voies, et de reprendre celles qu'on a pratiquées depuis les apôtres par l'espace de tant de siècles; que ce serait obliger les évoques de soutenir leur doctrine par la tradition, et de faire voir que saint Çhrysostôme, saint Cyrille, saint Augustin et autres Pères n'avaient pas parlé de ces matières comme les scol astiques. » En conséquence, le cardinal d'Estrées engagea Louis XIV à fixer au pape, pour l'expédition des bulles refusées, un terme après lequel Sa Majesté agirait comme elle le devrait1.
Parmi les documents de septembre 1682 se trouve un mémoire, envoyé par M. le chancelier à l'occasion des dépêches des d'Estrées. Il y est dit que, d'après le concordat, les évêques nommés doivent être idonei; que leur capacité est constatée par « l'information de vie et mœurs; » qu' « il n'est pas au pouvoir du pape de faire des règles nouvelles pour exclure à sa fantaisie les nommés par Sa Majesté; » que le pape n'a pas le droit d'exclure de l'épiscopat ceux qui professent la doctrine de la déclaration du clergé, cette doctrine ayant été « de tout temps tenue dans le royaume2. »
Le 1er octobre, le duc d'Estrées envoya au roi les graves nouvelles suivantes : « Sire, le pape tint lundi consistoire, où il n'y eut point de promotion ni aucune autre nouveauté, comme nous en avions eu divers avis; mais Sa Sainteté en a commencé une à l'égard des ecclésiastiques qui ont été de l'assemblée du clergé, le cardinal de Luca ayant déclaré, la veille du consistoire, à l'expéditionnaire chargé des bulles des évêchés de Castres et de Clermont, que Sa Sainteté n'en roulait pas donner à ceux qui avaient signé les propositions, dont elle avait tant de
1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXIV, p. 373-384; dépêche du 2 octobre 1682.