‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 215 sur 373 · Ibid., t. CCLXIX, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXIX, p

en vue de plaire à Louis XIV, qui ne voulait pas de ruplure. Sa lettre du 25 novembre 1681 à Louis XIV trahit cette modération d'une manière évidente i.

Mais il n'aimait pas qu'on lui fît à Paris la réputation d'être mal en cour de Rome, ni qu'on envoyât de Rome à Paris le récit des intrigues ourdies contre lui dans la ville sainte. Comme Servient écrivait à Croissy les nouvelles les plus appétissantes, sur ce sujet comme sur tous les autres, l'archevêque le prit en aversion. Servient s'en plaignit ainsi à Croissy au commencement de 1682 : « M. l'archevêque de Paris a fait connaître à une personne d'importance qu'il était mal intentionné pour moi, parce que, dit-il, j'ai écrit à Votre Excellence une infinité de choses contre lui et que je les ai rassemblées ici. Votre Excellence sait s'il y a quelque vérité dans cette accusation, et si, au contraire, je n'ai pas tâché, par mes soins ici et par mes lettres à la cour, de prévenir les intrigues qu'on faisait contre cet archevêque. Il est donc vrai que j'ai averti qu'on avait envoyé ici au palais des livres imprimés contre lui, que les jansénistes de Flandres en étaient accusés, et que le pape en avait conçu des desseins d'interdiction, d'excommunication et de semblables, et de l'attaquer, quoique injustement, sur sa doctrine et sur ses mœurs. J'en avertis même dans le temps M. le cardinal d'Estrées, qui répara de son côté plusieurs intrigues et les détruisit, et je puis dire que du mien je fis une partie de ce que je devais pour le service du roi, sans avoir jamais eu obligation ni commerce avec M. l'archevêque. Il me semble donc que personne ne peut mieux détruire sa plainte que Votre Excellence, qui est informée du fond et de la vérité des choses 2. »

La nonciature de Paris écrivit à Rome que le Père confesseur pourrait bien sacrifier l'archevêque de Paris comme il avait sacrifié Maimbourg, et que cette mesure

4. Correspondance de Rome, t. CCLXXVII, p. 4-5. 2. Ibid., t. CCLXXX, p.63-64.

contribuerait singulièrement au calme de la religion1, attendu qu'il était avec le Père confesseur le principal auteur de tous les troubles survenus entre les cours de Versailles et de Rome2. Parmi toutes ces correspondances de Lauri avec le pape, corespondances dont le cardinal d'Estrées put quelquefois se procurer la copie, on peut citer surtout celle du 29 juin 1682, ainsi conçue15 : (( L'archevêque de Paris, ayant représenté au roi que ne plus réunir l'assemblée du clergé serait faire croire au peuple qu'il y aurait eu prohibition de la cour de Rome, obtint l'ordre de Sa Majesté qu'elle se réunît mardi passé au lieu ordinaire des augustins; il n'y fut proposé d'autre matière que la manière de ramener à la vraie religion les hérétiques calvinistes qui sont dans le royaume. Ledit archevêque, par cette grande ferveur, cherche sans doute à se décharger la conscience, en suggérant les moyens de rendre au vicaire du Christ quelques sujets sur un si grand nombre que sa conduite schismatique a pu lui enlever; et déjà les hérétiques publient que désormais il n'y a qu'une croyance, la leur et celle des catholiques, en ce qui concerne l'autorité du pontife ; sept ont déjà été exilés par lettres munies du petit sceau du roi ; bien qu'ils ne soient pas encore partis de Paris, ce fait a causé une plainte universelle, et peu s'en est fallu qu'il ne se produisît un soulèvement populaire; il ne se peut comprendre comment la piété du roi se laisse eutraîner à dépareilles démonstrations. Ces exilés sont des docteurs les plus forts et les plus vertueux de la Sorbonne ; trois d'entre eux sont célèbres par leur piété et leur doctrine, et parmi ceux-ci l'abbé Soisel, tout dévoué au saint-siège et à ses ministres. Reste à voir ce qu'opérera cette proscription... A l'audience de la Sorbonne on médite d'entreprendre

1 Correspondance de Rome, t. CCLXXXI, p. 33-31.

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