L'archevêque de Paris
que, quand cette Église imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir plutôt que de rompre la communion avec elle. » L'archevêque de Paris aurait voulu qu'on s'engageât à ne pas rompre avec YÉglise, mais qu'on ne prît pas le même engagement envers l'Église romaine. Il distinguait donc entre les deux, tandis que Bossuet ne voulait pas qu'on fît celle division, tant sa notion du catholicisme ou universalisme était déjà gâtée par le romanisme. El celte corruption de la notion du catholicisme était déjà tellement répandue, que l'archevêque de Paris dut céder.
Bossuet traita cela de chicane, et c'était cependant l'un des points les plus essentiels de la thèse ; évidemment son génie sommeilla ou son énergie faiblit. L'abbé Le Dieu aussi donna tort à l'archevêque et s'exprima ainsi dans ses Mémoires : « Monsieur de Paris en eut de la jalousie (du succès du discours) : il se plaignit que l'orateur ne lui avait pas adressé la parole en particulier, étant dans son diocèse. Les évêques s'en moquèrent et soutinrent le procédé de M. de M eaux, qui avait salué ensemble le corps de l'épiscopat. L'archevêque chicana sur la doctrine du discours, qu'il trouvait trop favorable à Rome. Il en fallut venir à une explication devant le roi, qui fut persuadé des raisons du prédicateur. Le sermon lut approuvé à Rome par le ministère du cardinal d'Estrées; l'assemblée l'approuva encore davantage à Paris; et par délibération M. de Meaux fut prié de le faire imprimer. » Dans son Journal (19 janvier 1700), l'abbé Le Dieu dit encore, à propos des quatre articles : « Au reste, feu de M. de Paris, de Harlay, ne faisait en tout cela que flatter la cour, écouter les ministres, et suivre à l'aveugle leurs volontés comme un valet. » Ce jugement est bien sévère contre de Harlay, mais sans innocenter Bossuet, qui, de fait, eut pour lui Louis XIV et par conséquent le Père de La Chaise.
Le 9 novembre 1683, le cardinal d'Estrées dépêcha à Louis XIV qu'un « gentilhomme boulonais » nommé
Marsili, ami du cardinal Azzolini, avait écrit à ce dernier au mois de mars précédent, pour l'avertir qu'il allait se rendre à Paris et qu'il essaierait volontiers de le réconcilier avec Sa Majesté ; ensuite, « que ce Marsili, étant arrivé à Paris, était allé visiter M. l'archevêque, » à qui il avait fait l'éloge du cardinal Azzolini; que, pour lui prouver les bons sentiments de ce cardinal, il lui avait lu une lettre de Son Eminence ; que l'archevêque lui avait témoigné de l'estime pour le cardinal, et qu'il lui avait même demandé cette lettre dans le but de la montrer au roi; que Marsili étant revenu quelque temps après le visiter de nouveau, l'archevêque lui avait dit « qu'il avait fait voir la lettre à Sa Majesté, et qu'elle avait répondu : Voilà la lettre d'un homme de grand esprit, et avait ajouté en secouant la tête : Ces affaires- là se sont engagées d'une certaine façon. Après quoi, M. de Paris assura l'abbé Marsili qu'il souhaitait avec passion de servir le cardinal Azzolini, » ajoutant que « MM. d'Estrées faisaient les mêmes choses pour brouiller ce cardinal avec le roi qu'ils faisaient pour le ruiner avec le pape. » Le cardinal d'Estrées avertit le roi que ce n'était qu'une tactique de la part d'Azzolini. Il déclara en même temps ne pas croire que l'archevêque de Paris eùtainsi parlé de lui, attendu qu'ils vivaient l'un et l'autre « en bonne intelligence. » « J'ai défendu, ajoutat-il, sa personne, sa doctrine et ses intentions, contre lesquelles on avait tout pratiqué pour aigrir l'esprit de Sa Sainteté avec des excès indignes, avant que je fusse arrivé. Et dans la démangeaison qu'elle avait et que les factieux de France lui inspiraient de l'attaquer personnellement, je me suis servi très utilement du cardinal de Luca dans deux occasions pressantes *. »
Il est à regretter que les détails de ces deux interventions ne nous soient pas connus. Toujours est-il que le