‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 279 sur 373 · Mil., t. CCC, p · texte numérisé non relu

Mil., t. CCC, p

griefs contre le Père confesseur. Un jésuite de Rome, le Père Pallavicini, du parti du cardinal Azzolini et conséquemment très hostile à la France, raconta que le pape lui avait fait des plaintes du Père de La Chaise, l'accusant d'avoir empêché le roi de renoncer à la régale et à l'immunité. Le Père Pallavicini lui ayant témoigné l'étonnement d'un homme qui ne pouvait le croire et ayant voulu l'excuser, le pape répondit : « Nous n'en pouvons pas douter, c'est notre nonce qui l'a écrit : nonne potiamo dubitare, ce Va scritto il nostro nunzio. » « Si ce nonce, dit le cardinal d'Estrées, a voulu que le Père de la Chaise le crût de ses amis, il faut avouer qu'il lui en a donné en cette occasion une méchante marque1. » Ce qui est à considérer dans cette circonstance, ce n'est pas tant le mécontentement du pape que l'effort dece jésuite romain, ennemi acharné des doctrines gallicanes et de Louis XIV, pour justifier son confrère le Père de La Chaise, comme si celuici eût travaillé de concert avec les jésuites ultramontains de Rome.

En octobre 1687, le marquis de Lavardin communiqua au Père de La Chaise une consultation de docteurs, concluant à la nullité de l'excommunication dont il était question dans la bulle du pape touchant les immunités des ambassadeurs, et soutenant que le pouvoir du pape ne s'étendait aucunement sur les sujets du roi de France en cause temporelle2 ; et le Père de La Chaise approuva certainement cette doctrine, car Lavardin s'en autorisa. Néanmoins le Père de La Chaise tenait à ce que Lavardin ne froissât pas le pape et à ce qu'il fit sa communion pascale dans sa chapelle seulement, et non dans une église publique, a Je ne fais nul doute, écrivit-il le 11 avril 1G88 à Monsieur (de Croissy), que M. le marquis de Lavardin, étant véritablement ambassadeur du roi, ne satisfasse

1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 29 avril 1687 (Correspondance de Rome, t. CCGIII, p. 366-381).

2. Lavardin au roi, le 20 octobre 1687 (ibid., t. CCCVII, p. 157- 162).

parfaitement au devoir de la communion pascale, eu communiant dans sa chapelle avec madame sa femme et tout son domestique1. »

En septembre 1688, il fut question d'un libelle qui tomba entre les mains du cardinal d'Estrées sous le titre d'une lettre du Père de La Chaise au Père Peters, jésuite et confesseur du roi Jacques II d'Angleterre; le cardinal d'Estrées appelle ce libelle « le plus infâme et le plus exécrable du monde2. »

Tel est le portrait que les dépêches font de ce jésuite célèbre.

Elles contiennent aussi des documents précieux sur les jésuites de France en général, sur leur morale et sur leurs doctrines politico-ecclésiastiques.

Comme il a été dit précédemment, de La Borde, ancien secrétaire de l'évêque de Pamiers, composa, en février 1681, un premier mémoire sur les affaires de Pamiers et de Rome. Or, il y parle incidemment des jésuites dans les termes suivants : « M. du Ferrier3 a écrit à M. de Pamiers que défunt M. Alain de Solminihac, évêque de Cahors, avait chargé M. du Ferrier de dire à messeigneurs d'Alet et de Pamiers que la doctrine des jésuites était un venin pour l 'Eglise, et qu'il ne fallait pas même aller prier Dieu dans leurs églises, parce que cela les autorisait. Cela a été ecritaupapeparM.de Pamiers. — La mère prieure des carmélites de Pamiers4 a dit à M. de Pamiers, et M. de Pamiers l'a écrit â Rome, savoir, qu'un

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