Correspondance de Rome, t. GCLXXXI, p
ments sur la réputation et le caractère du Père de La Chaise. Dans un second mémoire de Desbordes (de La Borde, ancien secrétaire de l'évêque de Pamiers), sur ce qui s'est passé à Rome et à Pamiers touchant l'affaire de la régale, il est dit, au chapitre IX: « On a depuis donné des mémoriaux au pape, dans lesquels on dit à Sa Sainteté que le moyen de faire soumettre la cour de France aux ordres de l'Église, est de presser Sa Majesté, M. de Paris et le R. Père de la Chaise par des censures, et de plus, que Sa Sainteté devait écrire au roi de chasser de sa présence M. l'archevêque de Paris, et commander au général des jésuites de chasser de leur compagnie le R. Père delà Chaise. » Au chapitre X : D'après Favoriti, le pape aurait dit de l'archevêque et du Père de La Chaise : « Il faut que ces personnes aient abandonné leur conscience. » Et encore : « On a assuré au pape... qu'il était à craindre que leR. Père de la Chaise et ceux de sa compagnie n'eussent fait empoisonner M. de Pamiers, parce qu'il était tombé malade dans une maison de campagne d'un président au parlement de Toulouse, qui est fort attaché aux intérêts des RR. PP. jésuites, et que sa maladie avait commencé par un vomissement; que, lorsque le roi congédia, avant les dernières fêtes de Pâques, mademoiselle de Fontanges, le R. Père de la Chaise avait dit à cette dame, en lui mettant la main sur l'épaule : Ne vous affligez pas, madame, votre absence ne sera pas longue, mais il faut garder les apparences. Ce qui fut dit par l'ordre de M. de Pamiers l. » De là la vengeance !
Innocent XI détestait ces « vieillards de Babylone, » comme il les appelait. Aussi lui procurait-on le plaisir de lui faire parvenir le plus souvent possible des papiers où leur réputation était mise en lambeaux; c'est ce qui arriva encore à l'occasion de la censure de la Sorbonne
1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, 3« suppl. de 1682, p. 213-246.
contre l'archevêque de Strigonie. % Sa Béatitude, écrivit Servient le 29 juin 1683, est toujours plus aigrie sur la censure de la Sorbonne contre celle de Strigonie. Elle a un détail de huit pages sur l'intrigue de cette censure, où le Père confesseur et M. l'archevêque de Paris sont déchirés i. »
Pour se réhabiliter auprès du pape et pour l'apaiser, le Père de La Chaise pressait Louis XIV de frapper à coups redoublés sur les protestants. Il joua un grand rôle dans la révocation de l'édit de Nantes. Un mois après cet événement, il écrivit au Père Fabri, un de ses correspondants à Piome, que la compagnie des jésuites fournissait 5 ou 600 missionnaires employés à la conversion des hérétiques ; que l'on comptait depuis trois mois 6 à 700 000 convertis ; que l'on bâtissait 250 églises; « le tout, dit-il, aux dépens du roi, qui n'en sera pas quitte pour deux millions de livres déjà déboursés, » et encore, qu'il y avait plus de 150 ministres convertis, etc2. De tels chiffres ne pouvaient, pensait-il, que réjouir Sa Sainteté, attirer ses bonnes grâces sur lui-même, principal auteur de tous ces hauts faits, et lui faire aimer davantage tous les jésuites de France.
Pendant que le Père de La Chaise s'etforçait d'adoucir ainsi le pape à son endroit, il écrivait une note pour prouver que Sa Sainteté était janséniste. L'original de cette note précieuse estautomeCCXCVII,pages308-309. Si le pape en eut connaissance, il ne dut pas en être flatté. Quoi qu'il en soit, sa colère contre le Père confesseur s'accrut encore en 1686. Dans sa dépêche du 16 juillet de cette année, le cardinal d'Estrées, racontant au roi sa dernière audience et toutes les plaintes que le pape lui avait exprimées contre ce qui se passait en France, dit : « II mêla sur cela des plaintes contre le Père de la
1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXVI, 1er suppl. de 1683, p. 130-133.
2. Lettre du 25 novembre 1685 {ibicl., t. CCXGV1I, suppl. de 1685, p. 222). •
Chaise, vers lequel il semble que son chagrin se soit renouvelé depuis deux mois, par l'inspiration sans doute et les rapports des brouillons qui lui écrivent de ce pays-là ou qui sont auprès de lui i. »
Le 8 août, le cardinal Rospigliosi eut une audience dans laquelle il fut question des conseillers de Louis XIV et notamment du Père de La Chaise. Ce cardinal pria le Père Peyra, à qui il en fit la confidence, d'en faire part au cardinal d'Estrées; le récit du Père Peyra, écrit en italien, se trouve au tome CCC, p. 150-155 : on y voit que le pape traita de Teologasîri les conseillers du roi, qu'il les accusa de r emplir l'esprit de Sa Majesté de fausses doctrines, de corrompre ses bonnes intentions, en sorte que Louis XIV, en croyant être le padrone de ses sujets, usurpait la puissance ecclésiastique et attaquait l'Écriture sainte. Le pape s'éleva notamment contre le Père de La Chaise, et dit que « les jésuites avaient laissé les doctrines de Bellarmin,pour pigliar celles qui plaisaient davantage à la cour... Sa Sainteté applaudit au rituel d'Alet qu'elle supposa condamné avec trop de sévérité, et aux livres de feu l'évêque de Castorie, et à d'autres auteurs modernes qui ont publié des doctrines mauvaises2. »
Le 20 août, le cardinal d'Estrées dépêcha au roi que le pape s'était emporté contre le Père de La Chaise, parce que ce Père s'était excusé de ne pouvoir entretenir le roi d'un sujet que le nonce Ranucci l'avait prié de traiter avec Sa Majesté. « Depuis trois mois, dit-il, on s'est étudié à l'animer contre ce bon religieux; la cabale, qui n'aime pas les jésuites, l'attaque comme le plus considérable d'entre eux3. » En avril 1687, le pape continua ses