‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 292 sur 373 · INNOCENT XI ET LES JANSENISTES. — PORT-ROYAL ET ANTOINE ARNAULD · texte numérisé non relu

INNOCENT XI ET LES JANSENISTES. — PORT-ROYAL ET ANTOINE ARNAULD

Depuis la paix de Clément IX, Antoine Arnauld, tout en restant fidèle à ses convictions jansénistes, avait cherché à apaiser de plus en plus la cour de Rome; il s'était acquis l'estime, presque l'admiration, de Clément X, du cardinal Altieri et des cardinaux les plus influents du sacré collège. Il usa du même procédé à l'égard d'Innocent XI, qu'il estima devoir être hostile aux tendances des jésuites; c'est dans ce but qu'il écrivit à ce pape et au cardinal Cibo, et qu'il fit leur éloge au cardinal d'Estrées. Il savait les jésuites de plus en plus puissants à la cour de Louis XIV, et il ne négligea rien pour cherchera les amoindrir auprès de la cour de Rome, afin que la papauté, soustraite à leur influence, ne portât point de nouveaux coups au jansénisme, et que celui-ci pût réparer ses pertes. En cela, il fit acte de diplomatie.

Le 2 novembre 1676, le cardinal d'Estrées vit Innocent XI et lui parla d'Arnauld. « Je pris occasion de lui dire, écrivit-il le lendemain à Pomponne (neveu d'Arnauld), que M. Arnauld, qui passait sa vie dans une grande retraite et sans entretenir aucun commerce, m'avait écrit une lettre admirable sur son exaltation, dont tous les gens de bien et de vertu concevaient des espé-

rances merveilleuses. Cela lui plut, ce me semble, beaucoup l. » Innocent XI y fut, en effet, très sensible, tout en déclarant qu'il se sentait incapable de soutenir celte réputation. — Le 25 janvier, le cardinal d'Estrées entretint encore le pape des mérites d'Arnauld. «Je lui parlai, dit-il, de M. Arnauld et de la belle lettre qu'il lui avait écrite, et du fruit merveilleux de ses ouvrages de controverses. Je l'invitai même à faire traduire le traité des préjugés, que je comparai, comme je le crois comparable, au Commonitorium de Vincent de Lérins. Je l'entretins de ce qui s'était passé dans l'accommodement des évêques de France au temps de Clément IX, où Sa Majesté m'avait fait l'honneur de me faire prendre quelque part. Il me montra un extrême désir que cette paix ne fût pas troublée, et témoigna l'espérer de la vigilance et de l'autorité de Sa Majeslé, désapprouvant l'intempérance des auteurs flamands à retoucher ces matières 2. »

On voit par ces dernières paroles que, tout en désapprouvant les excès de certains Flamands, le pape invitait Louis XIV à exercer sa vigilance et son autorité sur cette question. Les jésuites interprétèrent cette invitation dans un sens hostile aux jansénistes, et Louis XIV crut s'attirer les bonnes grâces de la papauté en dirigeant ses batteries contre eux, notamment contre Arnauld. On sait déjà pourquoi Pomponne fut sacrifié; mais n'anticipons pas. A la fin d'avril 1679, le duc d'Estrées fit une ouverture au pape et au cardinal Cibo ; le 2 mai, il en écrivit en ces termes à Louis XIV, dans une lettre entièrement autographe : « Je parlai aussi au pape et au cardinal Cybo sur le sujet de la mauvaise doctrine de Baïus et de-Jansénius, leur demandant la continuation d'un très grand secret et toute l'application possible pour une matière si importante, et à laquelle Votre Majesté s'intéressait si

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