Ibid., t. CCCVIII, 1er suppl. de 1687, p
celle de l'État, en transformant les confesseurs du roi en conseillers politico-religieux. Défenseurs d'une doctrine tenue aujourd'hui pour hérétique, ne craignant pas de parler de rupture avec Rome et de prononcer le mot « schisme, » afin d'effrayer le pape et de flatter le roi, ils poussaient en même tem ps le chef de l'Etat à des mesures violentes contre les protestants, contre les jansénistes et même contre la cabale ultramontaine. Celle-ci, en France, affectait surtout d'être antirégaliste et antijésuitique; et, pour réaliser ses projets, elle donnait volontiers la main au parti janséniste. Ce serait une erreur de croire que les gallicans fussent partisans des jésuites; c'était plutôt ceuxci qui étaient obligés de se joindre aux gallicans. Les gallicans détestaient au fond les jésuites, leur ambition, leurs procédés, leur morale; le caractère français ne pouvait sympathiser réellement avec le caractère jésuitique. Mais, en général, les gallicans qui approchaient le roi, soit par aristocratie de famille, soit par position administrative, ceux qui convoitaient des postes supérieurs, des bénéfices ecclésiastiques dont le roi avait la nomination, en un mot les courtisans, de loin ou de près, étaient obligés de plaire aux jésuites confesseurs, surtout au Père de La Chaise, qui avait la haute administration des affaires ecclésiastiques. Mais, on le voit, ce n'était pas là l'amour du jésuitisme, c'était simplement l'ambition. Il n'y avait qu'un lien véritable entre les gallicans et les jésuites, la haine du protestantisme et le désir de l'écraser. Les gallicans, enfermés dans l'étroitesse d'une théologie de décadence, sentaient qu'ils ne pouvaient pas réfuter le protestantisme sans briser avec elle; et, reculant devant une pareille rupture, qui les effrayait, ils voulaient anéantir au plus tôt le monstre menaçant. Les jésuites sentaient de même; c'était là leur seul véritable lien avec les gallicans; les autres points de contact ne tenaient qu'aux circonstances, à la convoitise, à l'ambition et à l'hypocrisie.