Lettre
passe jusqu'aux courtisans, et assurent que le pape interdira quelques prélats de l'assemblée pour avoir osé établir une pareille doctrine, de laquelle on n'a parlé à l'assemblée que pour avoir occasion de sanctifier Jansénius, en déclarant que le pape n'est pas infaillible1. » La dépêche duducd'EstréesàLouis XIV, en date du24juin 1682, a touché aussi à cette question. Mais, tout en étant partisan des quatre articles, Arnauld travaillait avec les Gabrielis, les Lupus, les Dorât et les autres chefs de la cabale antirégaliste ultramontaine ; et le but de cette cabale, en excitant le pape contre la régale et contre les quatre articles, était « de porter ensuite des coups irréparables à la cour de Rome. » La dépêche de Servient à Groissy, dépêche datée du 14 décembre 1683 et déjà citée au chapitre des intrigues de la camarilla, jette une vive lumière sur toute cette stratégie janséniste.
Le 1er et le 2 octobre 1682, Servient écrivit à Croissy que l'on disait à Rome qu'Arnauld y écrivait dans le sens de Favoriti contre les vues de Louis XIV ; que le pape devenait ainsi de plus en plus hostile à Sa Majesté; qu'il songeait à excommunier l'archevêque de Paris, et à nommer cardinal Arnauld ou l'évêque de Grenoble, « le doute étant entre eux deux2. » Le mois suivant, le pape, qui s'était montré précédemment hostile à l'archevêque deMalines accusé de jansénisme, accorda, à la prière de ce dernier, un canonicat de Cambrai à un ecclésiastique qui était sans dçyite de son bord en même temps que son parent ; cet ecclésiastique se nommait Jean Rerghes 3. »
Les jésuites de France se conduisirent dans cette affaire avec une ruse digne d'eux. J'ai déjà cité l'aveu de l'un d'eux, aveu consigné dans les documents de 1682, et d'après lequel les jésuites n'auraient enseigné antérieu-
1 . Cité par M. C. Rousset, Histoire de Louvois, t. III, p. 229.