‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 313 sur 373 · Ibid.,t. CGLXXX · texte numérisé non relu

Ibid.,t. CGLXXX

4. Mémoire de Servient, le 29 avril 1682 (ibid., t. CCLXXX, p. 306 -30 3).

à condamner d'erreur les quatre articles du clergé, touchant la puissance de déposer les rois, l'infaillibilité, la supériorité du concile général. Car le clergé ne manquera pas d'écrivains pour les défendre, au lieu qu'il en manque pour appuyer ses autres injustices. Et cela produira un grand nombre d'écrits de part et d'autre, dont l'effet sera de donner de grands avantages aux hérétiques pour rendre odieuse l'Église romaine, de mettre un obstacle à . la conversion des protestants, et d'être l'occasion d'une persécution plus cruelle contre les pauvres catholiques d'Angleterre. On en voit déjà des commencements, car il paraît ici un livre sous ce titre magnifique : Antigraphum ad cleri gallicani de ecclesiastica potestate declarationem. Optimo, maxime summoque ponlifici Christi Vicario Innocentio XI, urbis et orbis domino, cœlorum, terrarum i?iferor unique janilori unico, fideique oraculo infallibili, humili ter dicat, consecrat, prœsentat Nicolaus Ceroli ex Marchionibus de Carreto, etc. Je ne l'ai point vu, mais M. de Sainte-Marlhe, qui m'en écrit, ajoute : « La suite du livre est proportionnée à la magnificence du titre. Il prétend que Jésus- Christ ayant été roi de toute la terre et le pape étant son vicaire, il a aussi une souveraine puissance sur toute la terre et par conséquent sur tous les souverains. » Je plains le saint-siège d'avoir de tels défenseurs; et c'est un ternfr/ejugemenl de Dieu sur l'Église, si Rome prend cette voie de se défendre contre les évoques de France. »

Donr,, autant Arnauld était ennemi des procédés du roi dans l'affaire de la régale, ainsi que du silence des évêques sur ces procédés1, autantil était hostile àl'ultramontanisme infaillibiliste. Il blâma l'écrit de l'archevêque de Gran contre les doctrines gallicanes. « Voilà, écrivit-il, ce que Rome aura gagné par la censure de cet archevêque. Avant cela, on pouvait douter, dans les pays

1. Voy. sa lettre 367% à Dodart, médecin du roi et ami de Port- Royal.

étrangers, de quel sentiment était la Sorbonne sur ces quatre articles, à cause des brouilleries qui y étaient arrivées à l'occasion de l'enregistrement, mais on n'aura plus garde maintenant d'en douter1. » Amauld écrivit encore à M. du Vaucel : « Selon toutes les nouvelles et publiques et particulières, toules les espérances d'accommodement sont perdues. Et c'est ce qui fait plus craindre qu'on ne fasse, de part et d'autre, des choses qui pourraient rendre la plaie de la division incurable. La condamnation des quatre articles pourrait avoir ce mauvais effet et embarrasser ceux qui travaillent à la conversion des hérétiques; car, si on les avait condamnés comme des erreurs approchantes de l'hérésie, les protestants ne manqueraient pas de dire que les controversistes se moquent d'eux, quand ils leur déclarent qu'on n'oblige point les catholiques de croire que le pape soit infaillible et qu'il puisse déposer les rois; que ce sont des artifices par lesquels on prétend les endormir; mais qu'il faut bien que tous les catholiques qui ont la conscience timorée et qui ont de la vénération pour le saint-siège, croient cela, puisque Rome déclare que le contraire est une erreur qui approche de l'hérésie. De sorte que, s'il arrivait, diront-ils, que le pape entreprît de déposer un roi, la plus grande partie de ses sujets, s'imaginant qu'il a le droit de le faire, se rangeraient de son côté. On sait que c'est ce point qui est la principale cause de la persécution des catholiques d'Angleterre2. »

Donc, évidemment, Arnauld était partisan des quatre articles. Chose curieuse, les religieux antigallicans cherchèrent même à faire croire que l'assemblée du clergé n'avait repoussé l'infaillibilité du pape que pour avoir occasion de sanctifier Jansénius. Louvois, en effet, écrivit le 30 mars 1682 à son frère, l'archevêque de Reims : « Les réguliers continuent à prendre soin d'écrire les dernières résolutions de l'assemblée, et cela

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