Ibid.,t>. 213-246, ch. x
pu l'ignorer à Rome, d'où il n'est venu aucune marque par laquelle on témoignât le trouver mauvais.
» Les jansénistes de Louvain, ayant la cour de Rome favorable, donnèrent un plus grand scandale que jamais. Ce qui obligea le feu archevêque de Malines et l'évêque de Gand ensuite, puis les principaux abbés réguliers des Pays-Bas, et enfin les gouverneurs et les corps de ville de Mons et de Gand, de députer au pape pour lui représenter que les jansénistes faisaient de très grands désordres. L'empereur est entré dans cette affaire, et a ait aussi solliciter fortement Sa Sainteté par le cardinal Pio. Le général des cordeliers ayant représenté au pape, dans une audience, que les choses ne se passaient pas en France et en Flandre comme elle (sic) le pensait, que luimême avait été témoin, dans le cours de ses visites, du mal que cette hérésie causait dans la chrétienté, Sa Sainteté répondit qu'elle reconnaissait pour de très gens de bien ceux qu'on accusait, et que, s'ils avaient un peu trop de rigueur dans leur morale, elle se pourrait corriger. Il est vrai que Sa Sainteté parut ébranlée par les nouvelles instances de ce général; mais cela ne produisit aucun effet.
» Lorsqu'on a convaincu d'erreur et de mauvaise doctrine de certains particuliers comme les PP. Lupus, augustin, et Gabrielis du tiers-ordre, qui avait été cité à Rome par un décret particulier du pape, la sentence ayant été déjà portée contre eux par l'inquisition, Sa Sainteté l'a supprimée, se contentant de les avertir de modérer quelque chose dans leurs écrits. Mais ces Pères, bien loin de le faire, ont imprimé, à Rome même, leurs livres si pleins d'erreurs que le maître du sacré palais en a fait ses plaintes ; et le Père Lupus a été renvoyé en son pays en triomphe, avec dignité.
» Après qu'on a amusé, trois ans durant, ceux qui avaient été députés à Rome des Pays-Bas pour représenter les désordres qu'y causaient les jansénistes, on a commencé ensuite à les maltraiter, en prenant le change et en leur
reprochant qu'ils ne déféraient tant de propositions erronées que pour se venger de ceux qui enseignaient la pure morale. On a dit ensuite qu'il fallait confronter les propositions en Flandre, ce qui a duré six mois. On a voulu après cela les confronter encore à Rome; et enfin, comme on ne réussissait point, par ces lenteurs affectées, à lasser et à dégoûter le zèle de ces députés catholiques, on leur déclara deux choses : la première, que MM. les inquisiteurs se lassaient fort de tout cela; et la seconde, qu'on voyait bien que ces propositions étaient mauvaises, mais qu'il faudrait un concile pour en décider. Les jansénistes n'ont pas manqué de prendre ce refus qu'on a fait de rendre justice à leurs adversaires, pour une approbation de leurs sentiments, dont ils se vantent.
» M. l'évêque de Tournay ayant écrit au pape sur ce que les meilleurs théologiens assuraient, disait-il, qu'ils ne reconnaissaient point d'autre grâce suffisante que l'efficace, la cour dé Rome, après lui avoir donné de grandes louanges, s'est contentée de répondre qu'il se méprenait et n'a pas laissé d'établir une congrégation pour lui donner satisfaction sur ces propositions.
» Monseigneur l'évêque d'Angers ayant écrit au pape une lettre pleine d'invectives contre ceux qui défendent l'Église, et de louanges de la doctrine de Jansénius, et où il se plaint de ce qu'on fait souscrire en Sorbonne la censure de la faculté contre M. Arnaud, cette lettre a été bien reçue du pape; du moins Sa Sainteté ifa-t-elle donné aucune démonstration publique qu'elle la désapprouvât.
» L'université d'Angers a présenté au pape les actes très sages qu'elle a fait imprimer louchant la signature du formulaire, pour les faire approuver de Sa Sainteté, ce qu'elle a refusé.
» Un ecclésiastique d'Evreux, ayant refusé de signer le formulaire, alla à Rome, pour représenter au nom du parti qu'on s'offrait à signer le formulaire d'une manière qui n'obligeât pas ces messieurs à rétracter leur doctrine; il reçut de grands honneurs de toute la cour. M. l'évêque
d'Évreux ayant prié le pape de le faire arrêter comme un hérétique notoire et qui avait déjà fait de grandes cabales à Rome, il ne s'en est rien fait.
» Le dernier internonce de Bruxelles, ayant été cité à Rome comme janséniste, a été honoré, favorisé, caressé à son retour, et M. Favorili lui obtint d'être admis à la prédication du pane, où les personnes de qualité seulement sont reçues.
» L'internonce de Flandre envoya à Rome une entière et parfaite vérification de cent six propositions des docteurs jansénistes de Louvain déférées au pape, et qui contiennent tout le venin des nouvelles opinions, sans qu'on y ait eu aucun égard, non plus qu'à la vérification de tout ce qui est allégué dans le spécimen de la doctrine des mêmes Lovanistes, que le même internonce a aussi envoyé à Rome. »
En outre, le pape parut aussi au cardinal Rospigliosi vouloir favoriser les jansénistes contre leurs adversaires. Le 8 août 1686, il accorda une audience à ce cardinal, qui en fit transmettre le récit au cardinal d'Estrées par le Père Peyra. Or, on lit dans ce récit : « La conversation se porta sur les propositions de Jansénius déjà condamnées par l'Eglise. Le'pape dit qu'il n'y avait plus de jansénistes et que ces propositions n'étaient pas aussi mauvaises. Le cardinal répondit qu'il y avait bel et bien, benissimo,des jansénistes qui soutenaient les propositions condamnées, et il lui en énuméra un grand nombre existant à Rome. Touchant les propositions, il lui dit qu'il ne pouvait pas y en avoir de plus mauvaises, mentre con esecrando biasfema facevano il dîo autore del peccato, e percio crano state dalli papi suoi antecessori ex cathedra dichiarale heretiche e blasfeme. Le pape se montra soprafatto, ne sachant que répliquer sur les susdites propositions, con grande sdegno esagero que les propositions de l'assemblée du clergé étaient plus pernicieuses et pires que celles de Jansénius, e che in Francianon si tralasciava di stampare dottrine heretiche, corne haveva praticato
quel heretico di Maimbourg e quel d'Alessandro*.» D'après le cardinal d'Estrées, on aurait discrédité l'évèque de Beauvais auprès du pape, et l'on aurait ainsi entravé l'affaire de son chapeau, en le représentant à Rome comme étant trop lié avec les jésuites de France et trop violent envers les jansénistes de son diocèse2. Quelques jours après, revenant sur l'entretien du pape et du cardinal Rospigliosi, le cardinal d'Estrées écrivit au roi : « Je ne peux révoquer en doute la vérité des discours du pape au cardinal Rospigliosi, touchant les propositions des jansénistes et qui me furent rapportées par le Père Peyra, puisqu'ils m'ont été confirmés depuis par la propre bouche du cardinal; mais quoiqu'ils soient échappés à Sa Sainteté sur des notions qu'elle n'a pas assez démêlées et qui sont entrées confusément dans son esprit, on ne doit pas craindre qu'il entreprenne de retoucher à une affaire aussi consommée que celle du jansénisme, et qu'il passe au delà de quelques mots jetés au hasard ou inspirés par quelque chagrin. Du reste, il est certain qu'il est plutôt favorable que contraire à des personnes soupçonnées d'adhérer à ces opinions, et nous en verrons peut-être un exemple dans la promotion du vicaire apostolique de Hollande. » On disait, en effet, qu'il choisirait van Heussen, bien que celui-ci fût réprouvé par le comte d'Avaux, et qu'aux yeux du ministre de l'empereur et de rinlernonce de Bruxelles il passât pour capable d'exciter des troubles. Selon le cardinal d'Estrées, « la congrégation ne devait pas concourir à ce choix, mais le cardinal Altieri craignait fort que le pape ne le fit3. »
Le pape, en effet, sous l'influence de Casoni, donna le vicariat apostolique de Hollande à van Heussen. Un aveu du cardinal Cibo au cardinal d'Estrées montre comment ce prélat était jugé par l'entourage du pape. « Il était