‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 319 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCCX.IV, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCCX.IV, p

veclives et d'une manière diffuse contre le quartier, la régale, l'affaire de Charonne et des urbanistes, celle des Filles de l'Enfance l, enfin contre les parlements et le clergé. Il soutient de toutes ses forces l'excommunication et l'interdit de Saint-Louis par la notoriété alléguée. Il s'embarrasse extrêmement sur les propositions; car il fait ce qu'il peut en plusieurs endroits pour satisfaire le pape par des paroles propres à faire juger qu'il serait làdessus du sentiment de la cour de Rome (ce qui n'est pas). Et il dit d'ailleurs bien positivement que ce n'est point précisément pour les propositions connues pour anciennes propositions de France, qu'on refuse ici les évêchés, mais parce que, dans l'assemblée le 1682, on a attaqué et comme insulté au pape sans besoin et sans aucun respect. Il ne dit pas un mot (si je m'en souviens) de l'appellation au concile, ni de l'acte d'appel de M. de Harlay, de manière que, prenant droit, même sur cet écrit triomphant, on obtiendrait pour le moins du pape que, les propositions et appel demeurant dans leur entier, les évêchés seraient donnés, et qu'on ne pourrait demander de satisfaction qu'à ceux qu'on prouverait d'ailleurs avoir manqué de respect pour le pape, lequel manquement de respect déplairait autant au roi qu'au pape même. Il est émerveillé qu'on trouve à redire à la conduite de Sa Sainteté sur le fait des quiétistes, » et il loue la modération du pape2. »

Dans l'écrit déjà cité et intitulé : « Les sept douleurs de la cour romaine et les sept allégresses du Port- Royal, » étaient exprimées, entre autres, les idées suivantes : — Les jansénistes seront toujours des ennemis irréconciliables du saint-siège; mais ce qui étonne, c'est que la cour de Rome donne dans les pièges de ces messieurs, et qu'elle applaudisse à leurs libelles contre les pré-

t. Cette congrégation, établie à Toulouse, fut supprimée en 1686 par arrêt du conseil; elle était accusée de jansénisme. 2. Correspondance de Rome, t. CCCXVII, p. 236-239.

tentions du roi de France. Les jansénistes attaquent, il est vrai, dans leurs écrits de Hollande, M. Talon, lapolitique de Louis XIV et de ses ministres; mais ils ne disent rien de favorable au pouvoir spirituel des papes. Les jansénistes, eu voyant que Rome les protège eux et leur doctrine, doctrine jadis condamnée, sont dans l'allégresse de constater ainsi que les jugements de Home varient et qu'ils ne sont pas par conséquent infaillibles. Quelle joie pour M. Arnauld, qui n'avait jamais voulu obéir aux constitutions d'Alexandre VII, de se voir néanmoins glorifié par Innocent XI ' !

Or, d'après une dépêche du cardinal d'Estrées à Louis XIV, en date du 29 juin 1688, cet écrit était attribué à Arnauld même; d'après ce même cardinal, il fut réfuté très spirituellement à Rome même2. Lavarriin s'en exprima ainsi dans sa dépêche du même jour : « Sa Sainteté a eu bien du déplaisir de cet écrit qui court et qui est fort commun, des sept allégresses des jansénistes et des sept douleurs de Sa Sainteté, qui en a été touchée vivement. Les vérités que contient cet écrit font fort blessée... Il nous est venu de France3. »

A propos des diverses ramifications de la cabale antirégaliste et janséniste, ramifications qu'il signala à Louis XIV, Lavarriin écrivit le 8 mars 1689 : <c Le pape est au moins fauteur rie l'esprit du jansénisme, s'il n'est atteint entièrement4. »

L'ensemble de tous ces documents montre clairement en quel sens et dans quelle mesure cette dernière accusation de Lavardin était vraie. Innocent XI ne songea jamais à amoindrir aucun des actes précédents du saint siège, ni à rien rétracter de ce que ses prédécesseurs avaient fait contre les jansénistes; son intention fut, au

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