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lique, et il y aura toujours des hérétiques en France, quoi qu'on fasse. La violence qu'on y emploie est monstrueuse, contre l'esprit de l'Evangile, pire que la Saint- Barthélémy, parce que Charles IX n'attaqua que les corps des gens qui se voulaient donner, et que le roi contraint les âmes de ceux qui sont assujettis par une tyrannie toute nouvelle; que plusieurs ont demandé à mourir plutôt que de changer; que plusieurs ont déclaré qu'ils ne se convertissaient qu'en apparence et en attendant le temps plus ibre. » Le pape répondit qu'il devait louer l'extirpation de l'hérésie et y contribuer par ses désirs et ses prières, et il termina son discours en pleurant beaucoup1.
Ce n'est point ici le lieu de rechercher les causes et les agents qui ont préparé et opéré cette révocation de l'édit de Nantes. Notons cependant, parmi les documents de cette correspondance, une lettre du Père de La Chaise au Père Fabri, jésuite résidant à Rome. Cette lettre est datée de Paris, le 25 novembre 1685. Il y est dit que la compagnie des jésuites fournit cinq à six cents missionnaires employés à la conversion des hérétiques; qu'on compte depuis trois mois six à sept cent mille convertis; qu'on bâtit deux cent cinquante églises, « le tout aux dépens du roi, qui n'en sera pas quitte pour deux millions de livides déjà déboursés; » et qu'il y a plus de cent cinquante ministres convertis . Évidemment les jésuites de Paris, qui n'étaient pas en odeur de sainteté à la cour de Rome, voulaient se réhabiliter aux yeux d'Innocent XI et de la curie en se donnant comme les principaux agents de l'extirpation du protestantisme et de la révocation de l'édit de Nantes.
Le 13 novembre, le cardinal d'Estrées assura le roi que lecoup porté aux protestants par la révocation avait « pénétré » le pape; puis il ajouta : « Dans le consistoire que Sa Sainteté tint hier, dès que je m'approchai d'elle,... il
1. Correspondance de Rome, t. CCXCVII, suppl. de 1685, p. 217-220.