‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 357 sur 373 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

siré entraver les projets de Louis XIV relativement aux protestants, il eût certainement refusé son approbation à cette institution de propagande confessionnelle. Or il n'en fut rien. Le 8, il accorda audience au ducd'Estrées, audience dont celui-ci rendit ainsi compte, dans sa dépêche du 9 : « Je commençai par des remerciements que je lui devais faire de la part de Votre Majesté sur la fondation de la maison de Saint-Cyr, et il me dit que Votre Majesté employait à la direction de cette communauté une personne de grande vertu et de grand mérite, en me nommant Madame de Maintenon, que M. le cardinal d'Estrées savaitqu'il avait accordé la chose avec plaisir... Il loua extrêmement le dessein de Votre Majesté, comme il le mérite, et s'y étendit quelque temps '. » Innocent XI louant la grande vertu de madame de Maintenon! Il faut avouer que cela ne manque pas de piquant.

Enfin, et c'est par ce trait que je finis la constatation du fait énoncé au commencement de cette étude, M. de Lavardin manda au roi, le 22 février 1689, qu'Innocent XI était froissé de ce que Sa Majesté laissait dire en France qu'il favorisait les hérétiques et le rétablissement du calvinisme 2.

Un second fait non moins important se rattache à ce premier, c'est que, si Louis XIV frappa les protestants peut-être pour donner à son royaume l'unité religieuse, soutien de l'unité politique, il les frappa certainement aussi pour plaire à Innocent XI, pour émouvoir ses fibres papales, pour l'attendrir et obtenir aussi de lui quelquesunes des faveurs sollicitées. Louis XIV, désordonné dans sa vie privée, avait beaucoup à se faire pardonner auprès

1. Correspondance de Rome, t. CCCI, p. 116-126. 2./6irf., t. CCCXXIV, p. 13-2-150.

de son confesseur et des évêques ; ceux-ci, gallicans dégénérés, détestaient et poursuivaient les jansénistes et les protestants. Il devait donc, pour obtenir leur appui, soutenir le gallicanisme et persécuter le jansénisme et le protestantisme. Rome voulait bien permettre cette double persécution, mais elle condamnait la protection accordée au gallicanisme; en sorte que, du côté de Rome, Louis XIV était entre l'enclume et le marteau. Pour éviter le marteau, il imagina de frapper lui-même sur l'enclume; pour adoucir le pape à l'endroit du gallicanisme, il s'efforça de le charmer à l'endroit du jansénisme et du protestantisme, se persuadant que plus il serait cruel envers les jansénistes et les protestants, plus il aurait droit aux bonnes grâces de la papauté. Pour se faire pardonner son amitié avec un ennemi de Rome, le gallicanisme, il s'efforça d'en immoler deux autres. Rome lui semblait ingrate de ne pas trouver avantage à ce calcul, qui la délivrait de deux adversaires sur trois, et il espérait que tôt ou tard elle se rendrait à cette tactique.

Les dépêches diplomatiques contiennent sur ce point d'histoire des détails très intéressants, dont voici les principaux :

La dépêche du 28 février 1679, que j'ai déjà citée et dans laquelle il est parlé de l'ordre du roi que tous les conseillers et les consuls de la ville de Nîmes devront être désormais catholiques, cette dépêche, dis-je, mentionne que cette communication a été faite au pape par le duc d'Estrées, dans le but de toucher Sa Sainteté et de la porter à accorder à Sa Majesté les choses demandées. — Le 18 août de cette même année, le roi manda de Saint- Germain au duc d'Estrées que, « pour assurer en France l'unité de religion et le repos de l'Église, il voulait extirper ce qui restait de la secte de Jansénius, et que, pour cela, il voulait « rentrer dans son droit de nomination à l'abbaye de Port-Royal des Champs ; » il lui envoya, afin de justifier cette mesure, un mémoire, qu'il devait lire au pape et au cardinal Cibo « pour faire connaître au

pape l'importance de ce changement. » Le duc devait demander en même temps au pape le même secret que pour l'affaire des lovanistes *. Dans une autre lettre du 28 septembre, le roi insista sur l'importance qu'il attachait à ce droit de nomination : « Cette affaire, dit-il, m'est d'une extrême conséquence pour déraciner les nouveautés du dedans de mon royaume 2. » Il espérait sans doute que ces mots : « déraciner les nouveautés, » seraient d'un bon effet à Rome. Il est à remarquer que cette lettre du roi, ainsi que beaucoup d'autres, était de la main de M. Rose, secrétaire du roi, qui parfois imitait singulièrement les idées et le style même du Père de La Chaise.

Le 48 août 1679, le roi écrivit une seconde lettre à son ambassadeur. Celle-ci, relative non plus au jansénisme, mais à l'hérésie en général, est beaucoup plus explicite que la première. Le roi y charge le duc de rappeler au pape tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il fait encore pour le bien de la religion, notamment contre l'hérésie dans son royaume ; de représenter à Sa Sainteté combien tout cela lui donne droit à la grâce qu'il a sollicitée dans l'affaire des urbanistes, combien les raisons du refus de Sa Sainteté sont peu fondées, et comment il ne peut attribuer ce refus « qu'au peu de désir qu'il a de l'obliger. » « Par là, ajoute le roi, il ne doit pas avoir sujet de s'étonner si, dans les rencontres qui s'en présenteront, il ne me trouve pas facile aux choses qu'il souhaitera de moi, lorsque je le trouve si ferme sur celles que j'ai droit d'attendre de lui3. » Tantôt le roi fait valoir son droit, tantôt il fait entendre un commencement de menace; c'est ainsi qu'il se prépare à d'autres habiletés.

Lorsque le duc d'Estrées fitpart à Innocent XI du zèle que le roi avait montré, en envoyant un agent à Genève

1. Correspondance de Rome, t. CCLXII, p. 34. Dans le texte, cette lettre est datée du 12.

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