‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 371 sur 373 · IbicL, chap. ix · texte numérisé non relu

IbicL, chap. ix

monstration. Et si le règne brillant de Louis XIV a été suivi du règne honteux de Louis XV et du règne décrépit de Louis XVI, tout cela aboutissant au renversement de la monarchie, ne pourrait-il pas en être de même un jour de la papauté?

Innocent XI a fait tout ce qu'il a pu pour être le Louis XIV de la papauté et le pontife-soleil de l'Église romaine. Il n'y a pas réussi, moins à cause des irrésolutions et des contradictions de sa nature, que parce que le moment psychologique n'en était pas encore venu. C'est à Pie IX, continuateur des idées d'Innocent XI, qu'il était réservé de dire avec toute la force attachée aux dogmes romains: « L'Église, c'est moi. » Mais c'est à l'avenir qu'il appartient de nous faire connaître la suite.

C'est une des lois de l'histoire de la papauté que chacun de ses empiétements, au lieu de lui être un gain, lui est devenu finalement une perte, et que plus elle s'est élevée dans la voie des grandeurs usurpées, plus elle a glissé, presque aussitôt, sur celle d'une décadence méritée. Depuis l'ambitieux Nicolas Ier, dont les fautes ont été suivies des pontificats honteux des Sergius III et des Jean XII à l'époque des Théodora et des Marozie, jusqu'à Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII, etc., il en a été ainsi. Toutes les fois qu'un pape a voulu se faire cime pour dominer les Églises et les nations, il n'a fait qu'attirer la foudre sur ses protégés.

Quoi qu'il en soit, la curie d'Innocent XI ne mérite ni admiration ni même respect. L'immixtion scandaleuse qu'elle a faite de la politique, de la finance, de l'ambition, de l'égoïsme, de l'hypocrisie, du mensonge, dans la religion, ne saurait avoir été un principe de vie morale, encore moins de vie religieuse. Et tôt ou tard il sera, une fois de plus, démontré avec éclat que plus la papauté grandit, plus l'Église et la science diminuent; que plus

la papauté ajoule au credo, plus elle retranche au décalogue; que plus elle étend son ombre sur les peuples qu'elle prétend protéger, plus ceux-ci en souffrent moralement et matériellement; qu'il n'y a, pour une nation et pour un État, aucune paix possible avec elle, sauf celle de la servitude; qu'il n'y a pas à lutter avec elle sur le terrain de la ruse, terrain sur lequel elle sera toujours maîtresse et victorieuse ; enfin, que le seul moyen, soit pour les gouvernements, soit pour les Eglises chrétiennes, de triompher d'elle définitivement, c'est de lui rompre en visière énergiquement, en la dépouillant de tous ses privilèges présents, en la contraignant à réparer tous ses méfaits passés, en la soumettant sans merci au droit commun, et en la traitant exceptionnellement toutes les fois qu'elle agira elle-même exceptionnellement.

Tel fut certainement l'esprit des conseillers les plus sensés, mais les moins écoutés, de Louis XIV. Ce qui a fait, en grande partie, la force d'Innocent XI et le malheur de la France, c'est que les procédés inspirés par le Père de La Chaise et par madame de Maintenon l'ont emporté, dans le gouvernement de Louis XIV, sur les principes et les conseils des Talon et des Lavardin, voire même de l'abbé Servient et du cardinal d'Estrées. La ruse est souvent préférée à la raison, mais elle sera toujours moins forte qu'elle.

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